‹ Les moines d'Occident 1863. 658 pChapitre 114 sur 177 · Haud constat, dit Mabillo.x, Aun. Bened., lib. vw, c. Ci · texte numérisé non relu

Haud constat, dit Mabillo.x, Aun. Bened., lib. vw, c. Ci

son àme demeura toujours supérieure à sa fortune et même à son talent. Sans perdre de vue le respect profond que les traditions de sa famille et ses prédilections romaines lui inspiraient pour la puissance souveraine, il n'hésita jamais à tenir téte, quand il le fallait, aux petits-fils de Clovis et surtout à ce Chilpéric, qu'il appelle l'IIérode et le Néron de son siècle; tyran atroce et ridicule, qui rêvait, entre tous ses forfaits , d'augmenter le nombre des lettres de l'alphabet et de réduire celui des personnes de la Trinité.

Grégoire travailla de son mieux, non pas à une unité monarchique que nul ne rêvait alors, mais à l'union des princes de la race mérovingienne, seul moyen de consolider et de justifier la domination franque dans les Gaules. L'histoire de France a inspiré peu de pages plus belles que ce préambule de son cinquième livre où, s'adressant à tous ces princes sans frein dans la férocité comme dans la mollesse, il s'écrie :

« Je suis las de raconter toutes les vicissitudes de ces guerres civiles qui dévastent la nation et le royaume des Francs... Que faites-vous donc, ô rois! Que voulez-vous? que cherchez-vous? que vous manque-t-il? Vous habitez des maisons de délices, vos celliers regorgent de vin, de blé, d'huile, et vos cofTres d'or et d'argent. Une seule chose vous manque, la grâce de Dieu, parce que vous ne voulez pas la paix. Pourquoi toujours prendre ou convoiter

M'H>ES D'OCC. 11. il

le bien d'aulrui ?... Si la guerre civile fait tes délices, o roi! livre-toi donc à celle que l'Apôtre nous révèle dans le cœur de l'homme . à la guerre de l'esprit contre la chair; fais vaincre tes vices partes vertus : el alors, affranchi, tu serviras librement le Christ, qui est ton chef, après avoir été l'esclave enchaîné du mal *. »

Du sein des récils si vivants et si variés du père de notre histoire, il serait facile de glaner des faits qui se rattachent à notre sujet, et de montrer parmi les petits-fils de Clovis , les uns, comme Contran de Bourgogne2 et Sigebert d'Austrasie, amis des

1. Si te, o rex! bellum civile dclcctat, illnd quod Apostolus in liomincm api meminit, ex.rcc, ut spiritus conctipiscat a'trersus rarnem {Calât., v, 17,, et vitia virtntibus cédant ; et tu, liber, cnpiti tuo, id e*l. Christ \ servias, qui quondam radici malorum servieras compeditus. Lib. v, Prologus.

2. Gontran, fils de Clotaire Ier, roi d'Orléans, puis de Bourgogne, fonda, vers .777, h la porte de sa nouvelle capitale de Chàlon-sur- Saônc, une abbaye célèbre sous l'invocation de saint Marcel, an lieu même où ce martyr fut immolé par les Romains, et où il resta pendant trois jours vivant, à moitié enterré dans uno fosse, priant pour ses bourreaux et pour cette terre de Bourgogne qu'il fécondait de son sang. Dans son dij lome de fondation , Gontran dit : « Je vois avec « douleur qu'en punition de vos péchés les églises fondées pour le « service de Dieu dépérissent par l'ambition démesurée des prince* « et la trop grande négligence des prélat*... »» Il voulut que la nouvelle abbaye Tût réglée sur le modèle d'Agaunc, le grand monastf-rv du royaume burgondc qui avait précédé la Bourgogne mérovingienne, et il y introduisit par conséquent la Psalmodie perpétuelle . 11 fit de mémo à Saint -Bénigne, monastère élevé à Dijon sur la tombe d'un autre apotre et martyr de la Bourgogne. Contran se fit enterrer dans l'ubbaye qu'il avait fondée, comme l'avaient été son père Clotaire à Saint-Médard , et son oncle Cbildebert à Saint-G< r-

SOUS LES PREMIERS MÉROVINGIENS. 3ii

moines et créateurs de nouveaux monastères ; les autrcs, comme Chilpéric et son fils, abandonnant dans leurs incursions au midi de la Loire les sanctuaires monastiques aux flammes, les moines à la mort ou à l'exil , et les religieuses à la brutale luxure de leurs soldats1. Mieux vaut toutefois suspendre une trop aride nomenclature, pour nous arrêter un moment sur la noble attitude d'un moine gallo-romain2, que Grégoire avait beaucoup connu, dont il nous a raconté la vie, et chez qui la vie religieuse semble avoir développé une vive et tendre sollicitude pour les misères de ses concitoyens.

Arédius, né à Limoges d'une très-noble famille, avait été recommandé ou confié, dès son enfance, Arédius,

chance. icr

comme otage ou comme page , au roi franc Théo- d,î 'rwodcu-n, debert, à celui-là môme que Ton a vu si bien accueillir les fils de saint Benoit à Glanfeuil. Il se fit bientôt remarquer de ce prince, qui le prit pour secrétaire ou , comme on disait déjà, pour chance-

main-des-Prés. Saint-Marcel, réduit en prieuré de l'Ordre de Cluny en KKiO, a été depuis célèbre par la retraite et la mort d'Abailard.

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