Chef-lieu d'arrondissement, dans la Haute-Vienne
3. In villis amœnis... incumbens lectioni... laborans per agros. alimoniam corpori qu«rcbat... Codices sacros... Multiludo paupcruni velut apes ad alvearium confluebant ad eum. Vita proïuùor, p. k20U.
tique, on visitant tous les lieux que Martin avait sanc tifiés par son séjour; il en rapportait, en guise de remède pour les malades, de l'eau du puits que Martin avait ouvert par son propre travail. C'est là qu'il rencontra l'évvque Grégoire, dont il devint l'iniiine ami, et qui nous a conservé tous ces détails *.
ïl resla d'ailleurs toujours en relation avec les ii iDioni?nt Pinces mérovingiens, et il en usait pour intervenir dcoSinpicns au P1'0^ ^es populations opprimées. Plus d'une teToSoM *°'s> l°rsrP1G 'es tributs et les tailles étaient appli-
fisrales. ayoc ^Q rjgUCur aux vi]Jes Gaules,
d'après les rôles que les rois avaient fait dresser, il courait auprès de ces rois pour leur demander de diminuer cet intolérable fardeau. Un jour que, traversant Paris, il avait voyagé en toute lui te et secrètement jusqu'à Braine, où se trouvait alors le roi Clulpérie, celui-ci, qui était malade d'une grosse lièvre, informé de sou arrivée, le fit aussitôt introduire, espérant qu'il obtiendrait sa guérison parles prières du serviteur de Dieu. Mais Arédius, tout en lui tàlant le pouls, ne songea qu'à l'entretenir de l'objet du voyage. Le roi, touché ou effrayé par ses remontrances, lui livra les rôles des contributions qui pesaient si cruellement sur le pauvre peuple. Alors l'abbé fit allumer un grand feu et brûla de ses propres mains les funestes registres, en présence
t. Beatum sepulcrum orando deosculans... Anno transite, cunctt .circuit, cuncta peragrat... De mh: S. MarL, n, 30. Cf. m, 21.
d'une foule nombreuse. II avait d'avance annoncé n i^ie que le roi guérirait, niais que ses fils mourraient à registre* du lise, sa place"! et c'est ce qui arriva1.
Une autre fois, ayant appris qu'il y avait a Limoges plusieurs condamnés à mort, il quitta son monastère pour se rendre à la ville et aviser aux. moyens de les sauver. Ici la tradition populaire s'empare du souvenir de la compassion dont le cœur du saint abbé était mondé pour tous les genres de malheurs. Elle rapporte que, au moment où il approchait de la prison, les portes roulèrent d'ellesmêmes sur leurs gonds et que toutes les serrures se brisèrent ainsi que les chaînes des captifs, qui purent ainsi prendre la fuite et aller chercher un asile inviolable auprès du tombeau de saint Martial, premier apôtre du Limousin2.
1. Accidit ut populis tributa vcl census a regibus fuissent descripta : qua< couditio universis urbibus per Gallias constitutis summopere est adbtbita. Pro hac se vir revcrenii.s^imus piotate motus ad régis praîsentiam properavit , ut suggestionem darct pro civibus, qui gravi censu publico fucrunt edicto udscripti... Alio quoque tempore, pro hujuscemodi conditione properavit itinerc... Cœpit cum manibus suis palparc... Libros ipsos, quibus inscriptus pro gravi censu populus regni ejus tenebatur afllictus... Jussit prunas parari... Apprcbensos manibus ipsis libres, nuiltis eti.au circunustantibus , incendio concremuvit. Vita proU.rior> p. "203. — Les Bollandi&tes (p. 190) et Huinart pensent que ce roi, qui n'est pas nommé dans le récit contemporain, était Cbilpéric rr, roi de Neu>trie, et fils de Clotaire; mais il est singulier que Grégoire de Tours, qui connaissait si bien Arédius, ne l'ait point nommé en racontant comment Frédégonde et Chilpéric se décidèrent à brûler les rôles d'impôt après la mort de leurs trois tils. llist. Franc. , lib. i, c. 35.
1. Confestim... velut magno ferientis impulsu confracta? sera-,
11 nous reste un monument plus authentique de sa sollicitude pour ses inférieurs, dans son testament rédigé vingt ans avant sa mort et cdh firme à la veille du jour où, plein de jours et de travaux1, il allait paraître devant Dieu. Il y place son monastère avec ses moines, sa villa d'Excideuil avec tous les serfs ou mancipia qui cultivaient ses vignes, et dont il énumère soigneusement les noms et les familles, sous la protection de l'église de Saint-Martin de Tours, qui était alors le sanctuaire le plus vénéré de la Gaule. Il y stipule expressément que certaines femmes vassales qu'il y dénomme ne payeront chaque année qu*un trions par tôle aux moines de son monastère. Enfin, il y désigne par leurs noms une cinquantaine d'hommes et de femmes, y compris une certaine Lucie qui était captive et qu'il avait rachetée : il confie leur liberté à la garde de saint Martin. « Ce sont là, » dit-il dans l'acte. « mes hommes libres et mes femmes libres, dont « les uns m'ont été confiés par mon père de bonne
dissipati cardines ostia carceris patefacta, et omnia vincula compeditorum résolu ta sunt. Vita prolixior, p. 201. — Grégoire de Tours raconte un autre trait qui démontre à quel point, dès lors, Ira religieux étaient regardés comme les protecteurs naturels et efficaces des condamnés. Un criminel avait été condamné à mort; quand il eut été pendu, la corde se rompit, et il tomba à terre sans être blessé. On le pendit de nouveau. A cette nouvelle, l'abbé du monastère le plus voisin courut auprès du comte supplier pour lui, et, après avoir obtenu la vie du coupable, l'emmena au mouastère repcntaut et sauvé. De tnirac. S. Martini, ni, 53.
1. Post labores innumeros viriliterac fortiter tolcratos. Vita prima, n" 13.
« mémoire, dont les autres ont été affranchis par « moi pour le bien de l'âme de mon frère; je « te les donne à défendre à toi, mon seigneur saint « Martin. Et si quelqu'un prétend exiger d'eux « plus qu'ils ne doivent, et les inquiéter ou les op- « primer en quoi que ce soit, c'est à toi, saint Mar- « tin, qu'il appartiendra de les protéger *. »
A la dislance où nous sommes des hommes et des choses du vic siècle, il est facile de sourire de ce vieux moine qui n'imagine pas de meilleure sauvegarde pour la liberté de ses clients que l'intervention d'un saint mort et enterré depuis cent ans. Mais Grégoire de Tours constate la croyance universelle aux nombreux miracles que ce saint opérait pour venger les faibles et punir les tyrans.
Pendant l'agonie de ce bienfaiteur des malheu- &, uml reux et des esclaves, une pauvre femme malade, une possédée, que le saint abbé n'avait pu guérir, s'échappa de la prison où on la tenait enfermée, et
1. Vol uni us at...sub defensione tua, sancte domine Martine, consistant., cum Lucia quam redemimus captivam... Ita liberos et libéras nostras, quos nobis bon» menions geuitor noster Jocundus per testamentum suum commendavit, similitcr et illos quos pro remedio anima» bon» memoriœ fratris nostri Eustadii liberos fecimus tibi, sancte Martine, defensando commendamus. Et si quis eis amplius praeter boc quod eis injunctum et in quolibet inquictarc aut doniinare volucrit, tu, sancte Martine, defendas. Mabilion, Anatecta, p. 200. — L'authenticité de ce testament , mentionné par Grégoire de Tours, publié et annoté comme authentique par Mabillon et Ruinart, a été contestée par Le Cointe. Les Bollandistos le discutent sans se prononcer. Il est trè;>-long, et renferme une foule d-* dispositions qui en font un des documents les plus curieux de l'époque.
se mit à courir jusqu'au monastère en criant : « Ar- « rivez, amis et voisins, et dépêchez- vous; venez d bondir au-devant des martyrs et des confesseurs « qui viennent célébrer les obsèques de notre saint « abbé. Voilà Julien qui arrive de Drives, Martin « de Tours, Martial de notre ville de Limoges, Sa- « turnin de Toulouse, Denys de Paris, et tant « d'autres qui sont au ciel et que vous y invoquez « comme martvrs et comme confesseurs de Dieu. » Arédius avait, quelque temps auparavant, prédit sa mort à son ami Grégoire de Tours et pris congé de lui en déposant un dernier baiser sur la tombe de saint Martin; il mourut plus qu'octogénaire; et la pauvresse possédée fut guérie par son intercession1.
La foi, qui entrouvrait le ciel aux veux de cette pauvresse et lui montrait les apôtres dont le martyre avait opéré la première conversion des Gaules, occupés à serrer leurs rangs pour y recevoir les nouveaux confesseurs enfantés par F Ordre monastique, cette foi ardente et tendre enflammait naturellement le cœur des femmes chrétiennes de la Gaule et leur rendait de plus en plus chers les cloîtres d'où sortaient à la fois tant d'aumônes
I. Di\it nobis m; haud lougwvo tempore adhu.c in hoc niundo relincri... Vulo dicens... gratias agi.-ns quod prius<iuain obiret, sepulcruin B. anti^titis osculari promeruNsct... Currlte, cives; exsilito, ppuli; exitc obviam... Kcce adest Julianus... Martialis ab urbe propria... Dionysius ab urbe Parisiaca... quos vos ut confessorcs et Dci martyres adoratis. Greg. Tl nM x, '20.
et l'exemple de tant île vertus. Celles qui ne se
rangeaient pas sous les lois de !a vie religieuse y
avaient des frères ou des sœurs, mais surtout «les
fils et des filles; et l'amour maternel redoublait
alors leur attachement à l'institution qui résumait
le mieux pour elles les bienfaits et les devoirs du
christianisme. Ce même Grégoire de Tours, qui
nous a laissé des renseignements si inappréciables
sur l'histoire non-seulement des premiers temps de
nos pays, mais encore du cœur humain, raconte un
trait touchant qui se rapporte aux annales de celle
fameuse abbaye d'Agaune (dont nous avons déjà
dit un mot1), élevée en l'honneur de saint Maurice
et des martyrs de la légion Thébéenne, près de
l'embouchure du Rhône dans le lac de Genève, et
métropole monastique du premier royaume de
Bourgogne. Une mère y avait mené son fils unique,
qui y était devenu un religieux instruit et surtout
habile à chanter l'office liturgique : il tomba malade
et mourut; sa mère, au désespoir, vint l'ensevelir,
puis revint chaque jour gémir et pleurer sur sa
tombe. Une nuit, elle vit en rêve saint Maurice qui Lamour maternel
voulut la consoler, mais elle répondait: « Xon, non, cbanl £ôJLti<|ue.
« tant (pie je vivrai, toujours je pleurerai mon fils,
« mon unique enfant. — Mais, » répliqua le saint,
u il ne faut pas le pleurer comme s'il était mort :
« il est avec nous, il jouit de la vie éternelle, et de-
I. Tome I, page 207, et terne II, page 27 #, à l'occa*iou du voyage de saint Maur.
3Ji LES MOINES EN GAULE
<i main, aux matines du monastère, tu entendras « sa voix parmi le chœur des moines, et non-seu- « lement demain, mais tous les jours et tant que tu « vivras. » La mère, s éveillant, se leva aussitôt et attendit avec impatience le premier coup de matines pour courir à l'église des moines. Le chantre ayant entonné le répons, lorsque les moines en chœur eurent repris l'antienne, la mère distingua et reconnut aussitôt la voix, de sou cher enfant. Elle rendit grâces à Dieu , et chaque jour, trompant ainsi sa douleur et sa maternelle tendresse, pendant le reste de sa vie, dès qu'elle s'approchait du chœur, elle entendait la voi\ de son fils bien-aimé se mêler à la douce et sainte harmonie du chant liturgique1. Et nous aussi , il nous semble l'entendre retentira travers les Ages, cette voix enchanteresse, cette voix de l'enfant, vocem infantuli, de toutes les mélodies que l'oreille humaine puisse recueillir, la plus pure, la plus chère, la plus voisine du ciel.
1. Cucurrit mater orbata ad obsequium funeris plangens...per die* singulos vcniebat, et super sepulcrum nati sui... ejulabat... « Dum « advixero, semper deflebo unicum meum, ncc unquam migrabor a h lacrymis, donec oculos corporis hujus... mors roncludat. — Scias u eum nobiscum habitare et sedentcm vîUk pcrennis consortio nostro « pcrfrui... Surge crastina die ad matutinum, et audies vocem ejus « intcr choros psallentium monachorum. » Surgit mulier, longaquc ducit suspiria, ncc obdormit in strato suo, donec signum ad consurgendum commovcatur a monachis... Ubi cantator responsorium , antiphonam catcrva suscepit monachorum. atidit gcnitrii, parvuli vocem cognoscit, et gratias agît Deo... Implclum est ut omnibus dicbus vitie suai vocem audiret infantuli inter reliqua modulaniina voeu m. Grkg. TtnM De ghr. Marlyrum, c. 70.
La légende armoricaine, elle aussi, sait faire vibrer cette môme corde de l'amour maternel. Elle nous raconte comment la mère du barde chrétien, du jeune aveugle Hervé, après avoir consenti pendant sept ans à le laisser vivre loin d'elle dans un cloître, où il apprit à exceller dans le chant, alla le rejoindre, et disait en approchant: « Je vois une « procession de moines qui s'avance, et j'entends o la voix de mon fils; il y en aurait mille, chantant « tous à la fois, que je distinguerais celle de mon « Hervé. Je vois mon fils habillé de gris avec une « corde de crin pour ceinture. Dieu soit avec vous, « mon fils, le clerc! quand, avec l'aide de Dieu, je « monterai au ciel, vous serez prévenu, vous en- « tendrez chanter les anges. » Et le soir même de ce bienheureux revoir, elle mourut; et son fils, le chantre et le barde monastique, entendit les anges qui célébraient ses obsèques dans le ciel1.
Le noble Àrédius, dont la mort nous a valu ce retour dans le domaine de la légende, ne sortait pas seulement du cloître pour prier sur le tombeau de saint Martin ou pour aller implorer, en faveur des peuples pressurés, les rois mérovingiens. 11 allait encore tous les ans visiter, dans un monastère de Poitiers, la plus illustre des religieuses de ce siècle, la reine Radegonde.