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ions les deux le même jour.
Obsèques et testament
de
elle quitté le monde pour la solitude, et qui maintenait, par le ciment de la chanté, une troupe nombreuse de moines sous la règle que le disciple chéri de saint Benoit venait d'apporter en Gaule. Digne émule de la charité de Radegonde, il entretenait à grands frais des troupeaux et de riches bassescours, afin de donner aux pauvres paysans des attelages pour la culture, des vêtements, des œufs et des fromages, et jusqu'à des volailles pour les malades. Il ne portait pas d'autres vêtements que les habits de laine que la reine filait pour lui. Ils étaient convenus de prier l'un pour l'autre après leur mon : ils moururent le même jour, à la même heure, et les messagers qui partirent à la fois de Sainte-Croi\ de Poitiers et du cloître habité par Junien se rencontrèrent à moitié chemin avec la même funèbre nouvelle *.
Grégoire de Tours vint célébrer les obsèques de la sainte reine et nous a raconté comment jusque dans le cercueil sa beauté l'éblouissait encore. Autour de ce cercueil, les deux cents religieuses
1. Sub B. Benedicti régula... Tanto cbaritatis gîutino onincm monachorum catervam constrinxerat... Quem S. Radegundis saaificiis suis fovcbat... Nec aliud tegminis babuit, nisi quod ab illa conficiebaiur... Sed et illa sanctissima catenam ferri ab illo sanctissimo viro accepit... Déclarât mandatum ut statim cum a sœculo migrai nuntiaretur B. Badegundis... Wixmis Êrisc , Vit. S. Juniani, ap- Labbe, iVor. Btbl. MS., t. II , p. 572. — Il ue faut pas confondre ce Junie , abbé de Maire en Poitou, avec un autre saint Junien, ermite, qui a donné son nom à la ville de ce nom en Limousin. Cf. Boluxd., tom. III Aug., p. 32, et tom. VII OctobrM p. 841.
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qu'elle avait retirées du monde pour les donner à Dieu psalmodiaient une sorte d'églogue plaintive où elles célébraient les vertus de leur ahbesse et l'amour qu'elle leur inspirait, mais qu'interrompait sans cesse l'explosion de leur douleur. Puis, lorsque Grégoire conduisit le corps au cimetière, où la sévère clôture prescrite par Radegonde d'après la règle de Saint-Césaire interdisait aux religieuses de le suivre, il les vit se presser aux fenêtres, sur les murs et les créneaux du monastère et supplier, à grands cris, qu'on laissât reposer un moment ce cher cercueil au bas d'une tour de l'enceinte pendant que leurs lamentations, leurs sanglots et leurs battements de mains étouffaient la voix des chantres et rendaient un dernier hommage à la royale fondatrice1. Avant de mourir, elle avait dressé une sorte de testament où elle ne prenait d'autre qualification que celle de Radegonde, pécheresse, et où elle mettait son cher monastère sous la protection de saint Martin et de saint Hilaire, en conjurant les évêques et les rois de traiter
1. Reperimus eam jaccntem in feretro, cujus s an c ta faciès ita fulgebat ut liliorum rosarumque spernerct pulehritudinem... Transeuntibus nobis sub muro, iterura caterva virginum per foncstras turrium et ipsa quoque mûri propugnacula... ita ut inter sonos fletuum atque conlisiones palmarum... De Gloria confessée. 106.— Tota congregatio circa ejus thorum stans psallebat : ubi psallcntium vol paululum quiescebat, intolerabilis planctus aderat... Quia instituerat, ut nulla rivens foris monasterii januam egrederctur... Rogaverunt desursum ut subtus turrim repausaretur feretrum... Bacdomvia, c. 37, 38. —
Cf. Magxik, 1. c.
comme spoliateurs et persécuteurs des pauvres ceux qui tenteraient de troubler la communauté, d'en changer la règle ou d'en déposséder Pab-
Mais c'était plutôt des désordres intérieurs que •ou niooftstère. des ennemis du dehors qu'il eût fallu pouvoir préserver son œuvre. De son vivant déjà, une des recluses avait sauté par-dessus le mur de l'abbaye et s'était allée réfugier dans l'église de Saint-Hilaire en vomissant mille calomnies contre l'abbesse. On l'avait fait rentrer en la hissant avec des cordes à l'endroit même du rempart par où elle était descendue, et elle avait reconnu la fausseté de ses accusations contre Agnès et Radegonde 4.
Hcvoiio Après leur mort ce fut bien pis. Parmi les princes religieuses 1 1 r
sous cesses franques qu'elle avait attirées ou recueillies
deux priuresies n
da à l'ombre du sanctuaire de Sainte-Croix , il y en
sang mérovingien.
avait deux qui avaient conservé toute la fougue barbare, et qui, bien loin de profiter des exemples de la veuve de Clotaire, ne se montrèrent que trop fidèles au sang de leur aïeul. C'était Chrodielde, fille du roi Caribert, et l'infortunée Basine, fille du roi Chilpéric et de la reine Audovère, que Frédegonde, son infâme belle-mère, avait jetée dans le cloître après l'avoir fait déshonorer par ses valets 2. A la mort de l'abbesse Agnès, qui suivit de près sa bicn-