‹ Les moines d'Occident 1863. 658 pChapitre 131 sur 177 · Ozanam, Études germaniques, t. II, p · texte numérisé non relu

Ozanam, Études germaniques, t. II, p

Sites ûm monastères

par les L>ètes.

s'en désolèrent et résolurent d'imposer à Magloire l'échange de cette moitié contre celle qu'il avait déjà reçue. Mais, réchange fait, oiseaux et poissoos aussitôt de suivre M agi oi te, allant et venant de manière à se trouver toujours dans la part des moines4.

Ailleurs c'étaient encore les animaux qui indiquaient spontanément les sites prédestinés à de grandes fondations monastiques. En racontant l'histoire de saint Léger, le moine martyr, nous verrons sur la plage neustrienne l'emplacement de Fécamp, qui lui servit de prison et d'asile, signalé au duc Anségise par le cerf qu'il poursuivait à la chasse.

On se redisait en Champagne que quand Théo-

l':i^lc blanc, dcric, fils d'un fameux bandit, mais lui-même aumônier et secrétaire du grand apôtre des Francs, saint Remi, voulut fonder une maison qui pût lui servir de retraite, comme il en cherchait remplacement, il vit un aigle blanc qui se mit à planer dans les airs et sembla marquer, par son vol circulaire et ralenti, l'enceinte future du monastère : après la construction de la fameuse abbaye, qui prit le nom de Saint -Thierry, cet

1. Cornes valdc divitiarum opibus obsitus... qui multam in medîos erogaverat substantiam... Multitudo copiosa avium mire magnitudinis et pulchre... captura ingens piscium congeries... partem S. Maglorii, ipsius pnosentiœ ac si Domioo suo débit» senritati» obsequium pnestans, expetiit. Mabilloh. Act. SS. 0. S. B., t. 1, p. 212.

aigle miraculeux apparaissait tous les ans au même lieu *.

Dans le siècle suivant, comme saint Nivard, archevêque de Reims, visitait son diocèse à pied, étant arrivé sur la belle côte qui domine le cours de la Marne, en face d'Epernay, et se trouvant fatigué, il s'endormit sur les genoux de son compagnon Berchaire et à l'ombre d'un grand hêtre : pendant son sommeil, il vit une colombe descendre du ciel sur cet arbre, puis marquer trois fois le même circuit par son vol et remonter au ciel. Berchaire, qui ne dormait point, eut la même vision. Ils convinrent d'y bâtir une abbaye, qui s'appela Hautvillers; Berchaire en fut le premier abbé ; et le maître-autel s'éleva sur le lieu même de l'arbre où la colombe avait posé2, comme un doux symbole de la tranquille innocence qui allait y régner.

Mais il y a encore, entre le moine et la nature Domestication animée, tout un autre ordre de relations qui remplit les annales de ces premiers siècles. Innombrables sont les légendes qui nous montrent les bêtes fauves obéissant à la voix des moines, réduites à une sorte

FoudiiliOll

de

Hantvillers.

des bêtes fauves

par les moines.

1. Mittitur de sublimibus aliger in sirailitudtnem aquilœ Angélus... Intelligunt devoti cultorcs Dei continuodivinum esse missum... Act. SS. O. S. B., sœc. /,t. I, p. 597. Cf. Frouoard, Hist. Iiemens., I, 2i. Bakgier, Mémoires hist. de Champagne, t. I, p. 32.

2. Act. SS. O. S. B., sœc. Il, t. H, p. 802. Baigier, p. 48.— On rapporte des traits analogues sur la fondation de Montfauconet d'Avenay dans le môme canton. Ce Berchaire est le môme moine de Luxeuil «jui fonda ensuite Moutier-en-Der, au midi de la Champagne.

42i LES MOINES ET LA NATURE.

de domesticité par les hommes de Dieu, obligées de les servir et de les suivre. Nous aurons à dire, d'après les récits contemporains, comment l'illustre fondateur de Luxeuil, saint Colomban, en traversant les forêts des Vosges méridionales, voyait les écureuils descendre des arbres pour se poser sur ses mains et se cacher dans les plis de sa coule; comment aussi il se faisait obéir par les ours; comment enûn il traversait impunément les bandes de loups qui frôlaient ses vêtements sans oser le toucher1.

Nous retrouverons tout cela sur les rivages de l'Armorique, comme aux bords du Danube. Ici saint ojrbinicn c'est Corbinien, le moine franc qui fonda révêché M>u ours, de Freysingen et qui , en franchissant les monts du Tyrol pour aller à Rome, force Tours qui avait tué un de ses chevaux de bût à prendre sur son dos la charge de la victime et à le suivre ainsi jusqu'à trémies Rome2. Là c'est Samson, le métropolitain de Dol, cotres. quj^ vovant ges reiigioux importunés par les cris

• des oiseaux sauvages, réunit tous ces volatiles, une nuit, dans une cour du monastère, où il leur impose

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