‹ Les moines d'Occident 1863. 658 pChapitre 142 sur 177 · La YiLLtu wiqi t, Légende celtique p · texte numérisé non relu

La YiLLtu wiqi t, Légende celtique p

très pour être transmises aux soldats du tyran, je ne dis pas à mes concitoyens ni aux concitoyens des saints de Rome, mais aux compatriotes du diable, aux apostats scots et pietés qui vivent dans la mort et qui viennent s'engraisser du sang des chrétiens innocents que j'ai enfantés à mon Dieu... La miséricorde divine que j'aime ne m'oblige-t-elle pas à en agir ainsi, pour défendre ceux-là mêmes • qui naguère m'ont fait moi-même captif et qui ont massacré les serviteurs et les servantes de mon père1? » Ailleurs il vante l'intrépidité des jeunes esclaves qu'il avait converties, et qui défendaient, contre des maîtres indignes, leur pudeur et leur foi avec l'héroïque chasteté qui a toujours été l'apanage des filles de l'Irlande2.

La traite des hommes et des femmes se pratiquait alors chez toutes les nations celtiques comme au siècle dernier sur la cote d'Afrique; et, il faut bien le dire, comme au plus beau temps de l'antiquité grecque et romaine. Chez elles l'esclavage et le commerce des esclaves furent bien aulre-

I. lotcr barbaras gentes proselytus et perfuga, ob amorcm Dei. . Non dico civibus meis ufque ciwbus sanctorum roinanorum, sed civibusd»moiiorum...S<KÏi Scotorum atque Pictorum apostatarum... Illam geutem qua? me aliquando cepit, et devastavit servos et ancillas patris mci. Epistola ad christ ianos Corolici tyranni subditos, ap. Bolmxd., d. 17 Mart., p. 538. — Ailleurs il dit : Ibi venumdati ingenui bomines christiani in servitutem redacti sunt, prnpsertim indigrmMtnorum , pessimorumque atque apostatarum Pictorum.

'2. Sed et ilhe maxime laborant, qune servitio dttinentur, usque ad terrores et minas assidue perferunt. Bou,., p. 530.

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Itrigilie ♦'7-325

mont difficiles à déraciner que le paganisme1. El cependant la foi chrétienne était éclose en Irlande sous l'égide de deux esclaves! Au nom de Patrice >ainie s'associe par un lien éternel celui de Brigitte, fille, selon la légende, d'un barde et d'une belle captive que son maître avait chassée, comme Agar, à Ja suggestion de sa femme. Née dans la douleur et la honte, elle fut recueillie et baptisée, ainsi (pie sa mère, par les disciples de saint Patrice. En vain son père la veut-il reprendre et la marier, lorsque sa beauté et sa sagesse l'eurent fait remarquer. Elle se dévoue a Dieu et aux pauvres, et va vivre dans un bois de chênes naguère consacré aux faux dieux. Ses guérisons miraculeuses attirent la foule, et bientôt elle y fonde le premier monastère de femmes que l'Irlande ait connu, sous le nom de Kildare. la Cellule du Chêne. Elle y meurt septuagénaire, après toute une vie de travail et d'amour. Sur sa tombe s'alluma aussitôt cette flamme inextinguible qu'on appela le Feu de sainte Brif/ilte2, que ses religieuses entretinrent toujours, que surveillèrent pendant mille ans l'amour et la foi d'un peuple mal-

1. \ja commerce des esclaves était encore en pleine activité* au \r sitVIe entre l'Angleterre et l'Irlandr>. < t le port de Bristol en <nit l'entrepôt principal.

2. Apnd Kildariam ore.-rret ijnh Murtw BrvjUhJS , quem iuettin- «niibilem vocant; non quod extingui non posset , std quod t.mi s Ilicite moniales et sancUr niulieres ignem, suppetente materia, foveat r t nutriunt, ut a tempore virinnis per VA annorum currirnla semper mansit ineMiiirtiK. r.icAi.n. C\mi„. ,}e Mirabii. Hibern., dis |. 2, c. 'U.

SAINT COLOMBAX

heureux, comme le fanal de la patrie, jusqu'au triomphe d'une réforme sacrilège, et que de nos jours encore a rallumé la muse nationale1. D'innombrahles couvents de femmes font remonter leur origine à labbesse de Kildare; partout où les moines irlandais ont pénétré, à Cologne comme à Séville, des églises se sont élevées en son honneur; et partout où de nos jours encore se répand l'émigration britannique, le nom de Brigitte signale la femme de race irlandaise 2. Privés par la persécution et la misère des movens de construire des

monuments de pierre, ils témoignent de leur inébranlable dévotion à cette chère mémoire en donnant son nom a leurs filles. Noble et touchant hommage d'une race, toujours infortunée et toujours fidèle, à la sainte qui fut comme elle esclave et comme elle catholique. Il y a des gloires plus retentissantes et plus splendides; mais en trouverait-on beaucoup qui fassent plus honneur à la naturehuma ine3?

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