Henri Maiitin, II
'2. Super quercus putrcfacUc truncum librum legens residebat... Pater mi... ut communem debcllet hostem. Jo\as, 57.
par la mort de Théodebert, entre les mains de Brunehaut et de Thierry, et les bords du Rhin supérieur, où leur victime avait trouvé un refuge , dépendaient du royaume austrasien. En outre, les habitants des environs de Bregentz, toujours irrités de la destruction violente de leurs idoles , se plaignaient au duc de la province que ces étrangers effarouchaient le gibier de la chasse royale en infestant les forets de leur présence. On leur volait leurs vaches. On alla même jusqu'à tuer deux des religieux dans une embuscade. Il fallait partir. Colomban dit : « Nous avons trouvé une coupe « d'or, mais elle est pleine de serpents. Le Dieu « que nous servons nous conduira ailleurs. » Il voulait depuis longtemps passer en Italie, et comptait trouver bon accueil auprès du roi des Lombards. Au moment du départ, le fougueux Gall, pris de c»h
■ se sépare
la fièvre, demanda à rester. Colomban fut irrité de de im. cette mollesse : « Ah ! mon frère, » dit-il, « te voilà « donc déjà dégoûté des travaux que je t'ai fait « endurer? Mais, puisque tu veux te séparer de « moi, je te défends tant que je vivrai de dire la « messe1. » Le pauvre Gall ne méritait pas ces reproches : il ne restait en Helvétie, comme on le verra, que pour redoubler de zèle dans ses travaux
I . Diccntes venationcm publicam propter illorum infestationem peregrinorum esse turbatam... Invenimus... concham auream, soi venenatis serpentibu» plenam... Scio, frater, jam tibî onerosum esse tanUs pro me laboribus fatigari. Vita S. Gaili, c. 8, 9.
Colomban traverse le> Alj»es et passe en
LowUardie.
apostoliques et y fonder l'un des plus célèbres monastères de la chrétienté.
Colomban ne garde avec lui qu'un seul disciple. Attale, et n'en poursuit pas moins son voyage à travers les Alpes. Quand on se représente les fatigues et les dangers d'un pareil trajet, à l'époque où vivait Colomban, on se figure que c'est le souvenir de cette course qui lui a inspiré ce début d'une des instructions adressées à ses moines, où l'infatigable voyageur compare la vie à un voyage :
« O vie mortelle î combien tu en as trompé, séduit, aveuglé ! Tu fuis et tu n'es rien ; tu apparais et tu n'es qu'une ombre; tu montes et tu n'es qu'une fumée; tu fuis chaque jour et chaque jour lu viens; tu fuis en venant et tu viens en fuyant, semblable au point de départ, différente au terme; douce aux insensés , amère aux sages : ceux qui t'aiment ne te connaissent pas, et ceux-là seuls te connaissent qui le méprisent. Qu'es-lu donc, ô vie humaine? Tu es la voie des mortels et non leur vie; tu commences au péché et tu finis à la mort. Tu es donc la voie de la vie et non la vie. Tu n'es qu'un chemin, et inégal encore, long pour les uns. court pour les autres; large pour ceux-ci, étroit pour ceux-là; joyeux pour quelques-uns, triste pour d'autres, mais pour tous également rapide et sans retour. Il faut donc, ô misérable vie humaine! te sonder, l'interroger, mais ne pas se fier à loi.
Il faut lo traverser sans séjourner. Nul ne demeure sur un grand chemin : on ne doit qu'y marcher, alin d'atteindre la patrie1. »
Le roi des Lombards était cet Agilulfe dont nous avons déjà parlé a l'occasion de saint Grégoire le Grand; il avait pour Comme Théodelinde, la noble Agiiuifc.
roi
rivale de Clotilde. Il reçut le vénérable exilé avec des Lombards, respect et confiance; et Colomban, à peine arrivé à Tbeo<ieiinde. Milan, se mit aussitôt à écrire contre les ariens, car cette Cuneste hérésie dominait encore parmi les Lombards ; ceux qui n'étaient pas restés païens, les nobles surtout, demeuraient en proie à l'arianisme. L'apôtre irlandais trouvait donc un nouvel aliment pour son zèle de missionnaire, et put s'y livrer avec succès sans renoncer à son amour de la solitude. Agilulfe lui fit don d'un territoire du nom de Bob- Fondation bio, situé dans une gorge reculée de l'Apennin, Bobii... entre Gènes et Milan, non loin de ces bords fameux de la Trebbia, où Annibal avait campé et vaincu les Romains. Il y avait là une vieille église dédiée à saint Pierre; Colomban se chargea de la restaurer et d'y adjoindre un monastère. Malgré son âge, il
1. Nullus enim in via habitat , sed ambulut : ut qui ambulant in via habitent in patria. (Instructio Y.) Quwl prœsens vita non sit dkenda vila, sed via. — J'emprunte cette traduction, en la complétant, à la l'îe des Saints de Fraïu he-Cumtc, t. II, p. 91.
voulut partager les travaux des ouvriers, et courba ses vieilles épaules sous le poids d'énormes poutres de sapin qu'il semblait impossible de transporter a travers les précipices et les sentiers à pic de cvs montagnes. Cette abbaye de Bobbio fut sa dernière étape. Il en fit la citadelle de l'orthodoxie contre les ariens, 1 1 y alluma un foyer de science et d'enseignement qui en fit pendant longtemps le flambeau de l'Ilalie septentrionale1. Après douze siècles écoulés et du fond des cendres amoncelées du passé, un dernier rayon de cette gloire intellectuelle a resplendi de nos jours sur la dernière fondation de saint Colomban. Le palimpseste de la Vaticane, d'où le génie de la patience, personnifié dans le cardinal Maï, a tiré le De Republicâ de Cicéron, provenait de cette bibliothèque, et cet illustre parchemin porte encore l'inscription : Liber sancli Columbani de Bobbio2.
Ce nom et ce souvenir de Cicéron n'ont rien qui répugne au souvenir de Colomban, car à Bobbio, comme partout et pendant toute sa vie, notre saint continuait à cultiver les études littéraires qui avaient charmé sa jeunesse. A soixante-huit ans, il adresse
1. Tum per prœrupta saxorum scopula trabes ex abictibus in ter densa saltus locis inaccessibilibus oederentur... Suis ac suomni humeris immanc pondus imponebat. Joîus, c. GO. — L'école et la bibliothèque de Bobbio comptèrent parmi les plus célèbres du Moyen Age. Muratori a donné le catalogue des 700 manuscrits qu'on y possédait au xc siècle.