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lomban, était venu un jour se donner, lui et tous Tennuvc ses biens, à Luxeuil. Admis parmi les moines, il comrenu.ûi., avait bientôt manifesté le désir d'aller, comme Eus- qJ*^ taise, prêcher la foi aux païens. En vain l'abbé, qui ne lui reconnaissait aucune qualité apostolique, essava-t-il de contenir ce faux zèle. Il fallut le laisser partir. II alla rechercher les traces d'Eustaise en Bavière, mais n'y fit aucun bien, et passa «le là en Istrie et en Lombardie, où il embrassa le schisme des Trois Chapitres, qui avait déjà risqué de compromettre saint Colomban avec le Saint-Siège. Mais l'autorité du souverain pontife n'avait pas tardé à exercer tout son légitime empire sur les disciples italiens du grand moine irlandais; et quand Agrestin essaya d'engager le second abbé de Bobbio, Attale, dans le schisme, il fut si mal accueilli qu'il se crut permis d'adresser au successeur de Colornban une épître pleine d'invectives et de calomnies. Il revint de là à Luxeuil, où il essaya de corrompre ses anciens confrères. Eustaise se souvint alors de ce que Colomban exilé leur avait écrit, dans sa lettre de Nantes, au moment de s'embarquer : « S'il y a parmi vous quelqu'un qui n'ait pas le « même sentiment que les autres, chassez-le1; » et il ordonna à Agrestin de quitter la communauté. Pour se venger, le schismatique se mit à aboyer, dit l'annaliste contemporain, en colportant çà cl
1. Tuntum intor vos non sit qui un uni non sit... quicnmque ««in t rebelles foras exeant. Epist. ad Fralres.
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là des imputations injurieuses contre cette Règle même de saint Colomban qu'il avait professée, et dont le succès ne pouvait manquer d'exciter la jalousie et l'hostilité. Un évéque, Abellinus de Genève, accueillit ses dénonciations et s'efforça de faire partager aux prélats voisins son antipathie. Le roi Clotaire, averti et toujours plein de sollicitude pour Luxeuil, fit réunir en concile à Màcon la plupart des évèques du royaume de Bourgogne. Eustaise y fut appelé et l'accusateur invité à exposer ses griefs contre la règle de Luxeuil. Il ne dit rien de la célébration de la PAque selon l'usage d'Irlande, ce qui prouve que Colomban ou ses disciples avaient définitivement renoncé à cette prétention; rien non plus des pénalités sévères que renfermait le Pénitentiel. Tous ses reproches roulaient sur quelques singularités insignifiantes, qu'il qualifiait de superflues, contraires aux canons, ou entachées d'esprit particulier, « J'ai découvert, » disait-il, « que Colomban a établi des usages qui ne sont pas « ceux de toute l'Église. » Et là-dessus il reprochait à ses anciens confrères, comme autant d'hérésies, de faire le signe de la croix, en mangeant, sur leurs cuillers ; de demander la bénédiction en entrant et en sortant de chaque bâtiment monastique; de multiplier les oraisons à la messe. Il insistait surtout contre la tonsure à l'irlandaise, que Colomban avait introduite en France, et qui consistait à se raser seulement le devant de la tète.
d'une oreille à l'autre, sans toucher aux cheveux lj tonsure sur la partie postérieure, taudis que les Grecs se landaise, rasaient la tète entière, et que les Romains ne se dépouillaient que le sommet du crâne, en laissant les cheveux en forme de couronne autour du bas de la tête. C'est ce dernier usage, comme l'on sait, qui a fini par prévaloir chez tous les ordres reli-" gieu\ de l'Occident 4.
Eustaise n'eut pas de peine à justifier les usages de Luxeuil et à confondre les violences de son accusateur. Mais comme Agrestin revenait toujours à la charge, l'abbé lui dit : « En présence de ces
1. Se hue illucque vcrlit... Canino dente garriensac veluti coenosa sus... Ait superflua quiedam et canoniœ institution!' aliéna... Coclileam quam tomberont crebro crucis signo signari... Prorupit dicens se scire Columbanum a cœtororum more desciscere.. . Jonas , Vita S. Euslas., c. 9-10. — La tonsure avait été reconnue, dès les temps apostoliques, comme symbole du vœu religieux, ainsi que le constate le texte sacré relatif au juif Aquila, qui fut l'hùte de saint Paul à Corinthe : Navigavit in Syrjam et cum co Priscilla et Aquila, qui sibi totonderat in Cenchris caput : habebat enim votum. Act., xviii, 18. — Quelques années après le synode de Maçon, le concile de Tolède (Mi régla la forme de la tonsure et de ce cercle de cheveux courts autour de la tète, appelé corona clericalis. — Il paraît que les religieuses n'étaient pas toujours astreintes, comme les moines, à faire le sacrifice de leur longue chevelure. C'est ce que démontre le trait urieux rapporté par Ilildegaire, évéque de Meaux au ix« siècle, dans la vie de son prédécesseur, saint Faron. Le saint évèque ayant voulu revoir sa femme, dont il avait dù se séparer pour devenir évèque, et qui observait la vie religieuse dans une villa de son patrimoine, celleci, de peur d'exciter un regret coupable dans rame de son époux, se loUmdit totam cœsariem capitis , in quo consistebat ornamentum pulchrius corporis. \a précaution réussit si bien, que Faron, en la revoyant ainsi tondue, ainarissimu tœdio e.rhorrnit. Act. SS.O.S. R.,
t. il , p. :m.
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« évèques, moi, le disciple et le successeur de celui « dont tu condamnes l'Institut, je te cite à compa- « raitre dans Tannée avec lui au tribunal de Dieu. « pour y plaider ta cause contre lui, et pour y « apprendre à connaître la justice de Celui dont tu « essaies de calomnier le serviteur. » La solennité de cet appel émut mémo les prélats qui penchaient du côté d'Agrestin : ils le pressèrent de se réconcilier avec son ancien abbé, et celui-ci, qui était la douceur même, consentit à lui donner le baiser de paix. Mais Agrestin ne sut pas profiler de cette grâce. Désespérant de réussir à Luxeuil même, il alla semer la révolte et la calomnie dans d'autres monastères, issus, comme Luxeuil, du génie colonisateur de Colomban, à Remi remont et à Faremoutier. Mais avant l'expiration de l'année il fut tué d'un coup de hache par son esclave, dont on croit qu'il avait voulu déshonorer la femme1.
Les évêques du concile de Maçon, et celui de Genève plus que tous les autres, devinrent dès lors les partisans et les protecteurs de l'Institut de saint Colomban ; comme eux, beaucoup d'autres prélats des Gaules se signalèrent par leur empressement à fonder ou à protéger de nouveaux monastères destinés à propager et à pratiquer la règle irlandaise. La gloire de Colomban et de Luxeuil sortit donc intacte et accrue de cette épreuve. Et cependant,