‹ Les moines d'Occident 1863. 658 pChapitre 161 sur 177 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

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famille. Mais avant d embrasser l'état ecclésiastique, il s'illustra à la guerre, et prit une très-grande part à la campagne victorieuse de Clotaire II contre les Saxons. On sait comment, selon la tradition ordinairement reçue, Clotaire déshonora sa victoire enfaisant massacrer tous les prisonniers saxons dont PJU la taille dépassait la hauteur de son épée. Faron enviés avait pu au moins dérober à la cruauté de son roi les envoyés du roi saxon, chargés d'une mission insolente pour le roi des Francs et que celui-ci avait ordonné de mettre à mort. Faron les fit baptiser, et dit ensuite au roi : « Ce ne sont plus des Saxons, « ce sont des chrétiens, » sur quoi Clotaire leur fit grâce. S'il faut en croire un de ses successeurs sur le siège de Meaux, qui à écrit sa biographie deux siècles plus tard , la gloire de Faron éclipsait celle de Clotaire lui-même, comme il était arrivé à David du temps de Saul , dans les chants populaires que les paysans et les femmes même répétaient à l'envi !.

i. Ex qua Victoria carmen publicum juxta rusticitatcm per omnium pene volitabat ora ita cancntium, femimeque choros inde plaudendo componebant :

Do Clothario est canere Rego Francorum ,

Qui ivit pugnare in gentom Satonum ,

Quam gTaviter provenisset raissis Saxonum ,

Si non fuisset inclytus Faro do gente Burgundionum.

Et in fine hujus carminis :

Quando veniunt Missi Saxonum in terrain Francorum Faro ubi erat princeps,

Instinctu Dei transeunt par urbera Meldorum , No interficiantur a Rogo Francorum.

HiLDEGAnn Mkld. Episcop., Vita S. Faronisy c. 72-78. Cf. Rettbekc, t. II, p. 394.

Le généreux Faron eut encore, selon le même auteur, à lutter contre Clotaire, dans une occasion qui dut laisser de longs souvenirs dans le cœur reconnaissant du petit peuple. Un jour que le « che- •valier de Dieu » accompagnait le roi à la chasse, une pauvre femme sortit du bois et se mit à poursuivre le roi de ses plaintes en lui exposant sa grande détresse. Clotaire, importuné, s'éloigna au n.utrrcédc galop. Faron, tout en l'escortant, lui tint un lanuiu- iwuvrrsse gage où . l'on voit coiiimentla noble liberté des ,k- (Sut h mœurs germaines s'employait au service de la chaqïïs^lii rite et de la vérité : « Ce n'est pas pour elle que ..laduase. jnip|ore cette pauvresse, mais pour vous-

<« même. Sa misère pèse lourdement sur elle ; mais u la responsabilité de la royauté qui vous est con- « liée pèse plus encore sur vous. Elle vous confie u ses intérêts, comme vous confiez les vôtres à ' Dieu. Elle vous demande bien peu de chose « auprès de tout ce que vous demandez chaque « jour à Dieu. Comment pensez-vous qu'il vous u écoulera, alors que vous détournez l'oreille de < sa pauvre petite créature qu'il a commise a voire « garde?» Le roi répliqua: «Tous les jours et « dans tous les recoins , je suis pourchassé par des 1» cris pareils : mes oreilles en sont étourdies; j'en « suis tout dégoûté et exténué. » Là-dessus, il se lança sous bois , et se mit à sonner du cor de toutes ses forces pour exciter ses chiens. Mais au bout de quelques instants son cheval s'abattit, et le mi se

SAINT COLOMBAN. ft99

blessa gravement au pied. II reconnut alors qu'il avait eu tort. Le leude qui lui parlait avec une si chrétienne franchise était bien fait pour être évêque. Aussi renonça-t-il bientôt à sa femme1 et au monde, et, devenu évêque de Meaux, il consacra son patrimoine à fonder des monastères pour y recueillir les Anglo-Saxons qui, récemment convertis à la foi chrétienne, commençaient a affluer chez les Francs , et dont les tilles venaient en grand nombre prendre le voile à Faremoutier. H fit de même pour les Scots ou Irlandais, qu'il avait en dévotion particulière, et en qui il honorait sans doute, par une tradition domestique, la mémoire de leur compatriote Colomban 2.

A qui voudrait étudier plus avant la double action des émigrés irlandais et des colonies de Luxeuil dans cette partie de la Gaule franque qui s'est depuis appelée l'Ile de France et la Champagne, il faudrait montrer, parmi les Hibernois recueillis

A olres colonies

de Luxeuil

Cluaipagne.

1. Voir plus haut, page 5i<i,dans la note sur la tonsure, la curieuse anecdote sur cette femme et ses cheveux.

2. Miles Christi cum eo equitans.... Non hœc paupercula tristi dolore clamât pro se, sed pro te. Quamvis illa angustetur lacrymubili corde, tibi aogustandum est potiu» pro commisso regimine. Illa in te spem ponit huinili prece pro se, et tu de propriis rébus in Deo pro te... Quomodo enim Maximus... quando su» tibi commissae pauperculaî nec etiam curas attendere... Ad haec rex : Omnium dierum accessus et subrecossus tali meas sollicitant aures nausea fréquenter diverberatas , et ad tucc curandum continue animus sopitur lassatu*. Tune cornu curvo plenis buccis anheliter latratus canum atuit. lÏH.bF.f.Aims. c. 81-82, ap. Act. SS. O. S. B., t. II, p. M>1.

coo

L'Irlandais saini Fiacre.

Oii>-OTO.

par saint Faron , saint Fiacre, que nous avons déjà vu occupé à transformer en jardins les clairières du bois que lui avait donné l'évéque de Meaux , et à y cultiver pour les pauvres ces légumes qui lui ont valu d'être proclamé jusqu'à nos jours le patron des jardiniers 4. Nou loin de lui on trouverait un sai.u Fur**, aulre Irlandais , saint Fursy, venant se reposer.

comme premier abbé de Lagny-sur-Marne, des fatigues d'une vie aussi usée par la prédication que troublée par cette fameuse vision de l'enfer et du ciel, qui figure à juste titre parmi les nombreuses légendes du moyen âge, avant-courrières de la Divine Comédie-, et dont il était sorti avec la mission spéciale de dénoncer, comme les causes principales de la perte des Ames, la négligence des pasteurs et les exemples des mauvais princes a. Il faudrait encore visiter, aux porles de Troyes. sai.u Froivn Moutier-Ia-Celle , construit dans une île maréca- Mnmier-ia -oiie geuse plus propre à porter des reptiles que des hommes, par l'abbé Frobert, si simple et si enfantin, qu'il excitait les moqueries de ses confrères à Luxeuil, mais assez intelligent et assez généreux pour consacrer tout son riche patrimoine à fonder le sanctuaire construit près de sa ville

près Troyes.

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