‹ Les moines d'Occident 1863. 658 pChapitre 26 sur 177 · Si me diligitis, plangitt'... Epist., i · texte numérisé non relu

Si me diligitis, plangitt'... Epist., i

4. Quorum syathica- spatha- sunt, et gratia pœna. Ecce ubi patrocinia vestra nie perduxerunt. Epist. , i, 31.

qu'il s'était toujours complu à emprunter à la vie maritime, il dit à son intime ami Léandre, évêque de Séville, qu'il avait rencontré à Constantinople : « Je suis ici tellement battu des flots de ce monde , que je désespère de pouvoir conduire au port ce vieux navire pourri dont Dieu m'a chargé... 11 me faut tenir le gouvernail au milieu de mille adversités... J'entends déjà sonnerla cloche du naufrage... Je pleure en me rappelant le paisible rivage que j'ai quitté , et je soupire en apercevant de loin celui où je ne puis aborder1. »

Longtemps après, un jour que, plus accablé que jamais par le poids des affaires séculières, il s'était retiré dans un lieu secret pour s'y livrer dans un long silence à sa tristesse, il y fut rejoint par le diacre Pierre, son élève, son ami d'enfance et le compagnon de ses chères études. « Vous est-il donc « arrivé quelque chagrin nouveau, » lui dit le jeune homme, « pour que vous soyez ainsi plus triste qu'à « l'ordinaire? » — « Mon chagrin, » lui répondit le pontife, « est celui de tous mes jours, toujours « vieux par l'usage, et toujours nouveau par sa « croissance quotidienne2. Ma pauvre âme se rap-

1. Vetustam ac putrcsccntcm navim... Flens reminiscor quod perdidi mea* placidum littus quietis... F.pist., i, 43.

2. Quadam die... secrctum locum petii amicum mœroris... Dilectissimus filius meus Petrus... mihi a priminvo Juventutis flore amicitiis familiariter obstrictus... Nu m quidquam novi... Mœror, Pctre,

« pelle ce qu'elle était autrefois dans notre monas- « 1ère, quand elle planait sur tout ce qui passe, sur « tout ce qui change ; quand elle ne songeait qu'au « ciel ; quand elle franchissait p;ir la contemplation « le cloître de ce corps qui l'enserre; quand elle « aimait d'avance la mort comme l'entrée de la vie. « Et maintenant il lui faut, à cause de ma charge « pastorale, supporter les mille affaires des hommes « du siècle et se souiller dans cette poussière. Et « quand, après s'être ainsi répandue au dehors, « elle veut retrouver sa retraite intérieure, elle n'y « revient qu'amoindrie. Je médite sur tout ce que « je souffre et sur tout ce que j'ai perdu. Me voici « battu par l'océan et tout brisé par la tempête. « Quand je pense à ma vie d'autrefois, il me " semble regarder en arrière vers le rivage. Et ce « qu'il y a de plus triste, c'est qu'ainsi ballotté par « l'orage, je puis à peine entrevoir le port que j'ai « quitté1. »

qucm quotidie patior, et scmper mihi pcr usum vêtus est, et semper per augmentum novus. Prœfat. ad Dialog.

i. InlVlix an i m us meus occupation»» su» pulsatus vulnere mcminit qualis aliquando in monasterio fuit, quomodo ei labentia rnncta subter erant... Quod etiam retentus corpore ipsa jam carnis claustra contemplationem transibat, quod mortem quoque, qu» pene cunctis pœna est, videlicet ut ingtessum vit» et laboris pra-mium araabat. At nunc... et post tam pulcbram quietis su» spcciem terre ni actus pulvere fœdatur... Ecce etenim nunc magni maris fluctibus quatior, atque in navi multis tempestatis valid» procellis inlidor; et cum prions vit» recolo, quasi post tergum reductis oculis viso littore suspiro... vix jam portum valeo videre quem reliqui... Proœm. ad Dialog.

Ces cris d'une si profonde douleur nous disent tout ce qu'on a besoin de savoir sur l'influence de celte v ie du cloître qui dominait a un tel point l'âme sainte du plus grand homme de ce siècle.

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