‹ Les moines d'Occident 1863. 658 pChapitre 30 sur 177 · Homil · texte numérisé non relu

Homil

u fortune; il n'y reste plus de puissance pour « opprimer les petits... Rome est vide, et Tinte cendie est dans ce désert. Après que les hommes « ont manqué , les édifices tombent. Encore une « fois, où sont ceux qui se réjouissaient parmi les « monuments de sa gloire? où est leur pompe? où « est leur orgueil ? où sont les plaisirs effrénés qui « se renouvelaient chaque jour dans son enceinte? « Il lui est arrivé ce que le prophète a dit de la a Judée : Tu seras chauve comme l'aigle. Rome « ressemble à un vieil aigle tout chauve, qui n'a « plus ni plumes ni ailes , ces ailes qui lui serti vaient naguère à s'élancer sur sa proie... Méu prisons donc de tout notre cœur ce siècle comme a un flambeau éteint, et ensevelissons nos désirs o mondains dans la mort du monde *. » Enfin il annonce qu'il interrompt sa prédication : « Que « nul ne me reprenne si je mets fin à ce discours. « Vous voyez tous comme nos tribulations s'aca croissent. Partout le glaive, partout la mort. « Les uns nous reviennent les mains coupées, avec « la nouvelle que les autres ont été pris ou égorgés. « Il faut me taire, parce que mon âme est lasse de « la vie2. »>

1. CalTitiam ergo suum sicut aquila dilatât... Alarum quoque penoa? ecciderunt cura quibus volare ad praedam consueverat... Dcspiciamus ergo ex toto animo prœsens sa;culura vel extinctum : flniamus mundi desideria saltcm cum mundi fine.

2. Undique gladiis... undique mortis poriculum... Alii detruncatis manibus... Tardot animam meara vitaî meœ. Homil.xdt. in Esechiel.

H6 SAINT G llfeGOIRE LE GRAND.

Cependant Agilulfe, on ne sait trop pourquoi, ne réussit pas à prendre Rome. Tous les environs furent encore une fois dévastés, et c'est de cette époque que datent l'irréparable désolation, la stérilité malsaine de la campagne de Rome; mais la ville même fut épargnée. Grégoire put constater la vérité de la prophétie de saint Benoît, qui avait prédit que Rome, condamnée aux plus cruelles épreuves, s'affaisserait sur elle-même, mais ne serait pas détruite1. 11 put donc continuer à veiller sur ces murailles croulantes, ces palais renversés, ces édiûces fatigués d'une si longue vieillesse 2. Mais, pour prix de ses utiles et généreux efforts, il ne recueillit que de nouvelles dénonciations de l'exarque, et une réprimande de l'empereur qui lui reprochait, en termes insultants, sa simplicité : « Je « comprends, » lui répondit la pape, « ce que veut « dire ce langage de vos sérénissimes missives : « vous trouvez que j'ai agi comme un sot, et vous « avez raison. Si je n'avais pas agi comme un sol, je « n'aurais jamais supporté tout ce que j'ai supporté « pour vous entre les glaives des Lombards5. »

1. Roma a gentilibus non cxterminabitur, scd... in scmctipsa marcescet. Dial.y n, 15.

2. Dissoluta mœnia, eversas domos... sedificia longo senio lasaata. tbid. ■

3. In sercnissimis jussionibus dominorum pietas... urbana? simplicitatis vocabulo me fatuum appellat... Simples denuncior : constat procul dubio quia fatuus appellor... quod ita cssc ego quoque confiteor... Epist.% vt 40.

et

1 heodclinde.

Il réussit enfin, après neuf ans d'efforts, à triompher de la répugnance des Byzantins à reconnaître un droit quelconque aux Lombards, et il parvint à ^auca conclure entre les deux puissances une paix qui fit Bjiànce tressaillir de joie toute l'Italie, épuisée par trente |CS ans de guerres et de brigandages. Elle ne fut que trop courte; mais lorsque les hostilités recommencèrent, il entra en négociation directe avec le roi Agilulfe, et obtint de ce prince une trêve spéciale pour Rome et son territoire. Il avait d'ailleurs trouvé auprès du roi des Lombards une médiatrice puissante en la personne de l'illustre reine Théodelinde, qui fut la Clotildede ces derniers conquérants de l'Italie. Cette princesse, Bavaroise et catholique de naissance, veuve en premières noces du roi Autharis, avait tellement gagné le cœur des Lombards qu'ils l'investirent du droit de désigner son successeur en se remariant à celui de ceux qu'elle jugerait le plus digne de régner sur eux. Elle avait ainsi donné sa main et la couronne au duc Agilulfe, sso. en l'année même où Grégoire était monté sur le Saint-Siège. Ces deux nobles cœurs s'entendirent facilement. La reine fut toujours l'amie fidèle du pape; elle servit d'intermédiaire entre lui et son mari. On ne sait trop si elle réussit à convertir celui-ci1, mais elle amena peu à peu, par sa douce cohwsïod influence, toute la nation des Lombards de l'ana-

I. Saint Colomban, dans une lettre écrite en 607, parle encore de lui cjmme d'un arien.

418 SAINT GRÊGOIHtë LE G II AND.

nisme à la foi catholique. Grégoire avait, dès les premiers jours de son pontificat, exhorté tous les évêques d'Italie à se préoccuper surtout de la conversion de ces formidables ennemis de l'orthodoxie1. On croit que la reine fut puissamment aidée dans cette œuvre par les Dialogues que Grégoire avait composés d'après les récits recueillis de la bouche des premiers disciples et successeurs de saint Benoît, et où il raconte la vie de ce patriarche de l'Ordre Monastique, et les merveilles de ferveur et de pénitence qui avaient éclaté parmi les moines imbus de son esprit. Il les envoya à la reine des Lombards, comme pour la mettre à même d'offrir aux dévastateurs de l'Italie les preuves de la sainteté et de la grandeur morale que la foi orthodoxe pouvait seule inspirer aux vaincus.

C'est ainsi que Grégoire arracha Rome au joug de la conquête. Il ne la préserva pas seulement des Lombards, il la mit en outre à l'abri des violences de tous les petits tyranneaux du voisinage qui s'élevaient du sein de la confusion universelle. Mais son âme était consumée, dit un de ses historiens, par le feu de ses alarmes perpétuelles sur le sort de ses fils et de cette terre sacrée qu'il regardait comme leur héritage2. On comprend maintenant comment le patriotisme des papes tels que

Page 1