CHAPITRE fil
Luttes contre les Grecs
Conflit avec Jean le Jeûneur, patriarche de Constantinople, sur le titre d'évèque universel : il ne veut pour lui que le titre de serviteur des serviteurs de Dieu. — Conflit avec l'empereur Maurice : loi contre l'admission des soldats dans les monastères ; lettre célèbre à Maurice. — Maurice détrôné et égorgé par Phocaa : félicitations de Grégoire au nouvel empereur; contraste avec son courage et sa droiture habituelle.
Ses luttes politiques et religieuse* avec
les empereurs.
Il lui fallait encore plus de constance et de courage pour lutter contre les Grecs, contre cet empire d'Orient, représenté par des fonctionnaires dont les exactions odieuses désespéraient les peuples au moins autant que les ravages des Barbares, et dont la malice était plus redoutable, a-t-il écrit, que l'épée des Lombards : « Ceux-ci ne font que tuer nos corps, tandis que les juges impériaux dévorent nos âmes par leurs rapines et leurs fraudes1. » Ailleurs il dénonce à l'impératrice les olficiers qui, en Sardaigne, vendaient à prix d'argent aux païens le
!. Ejus in nos malitia gladios Lo:igobardorum vicit , ita ut benigniores videantur hostes, qui nos interimunt, quam Reipublica> judices, qui nos... rapinis atquc fallaciis in cogitatione cousumuot. Ept st., v, 42.
SAINT GRÉGOIRE LK GRAND \î\
droit de sacrifier aux idoles, puis continuaient à prélever cet impôt sur ceux qui se faisaient baptiser, et qui, en Corse, accablaient de telles charges les habitants, qu'ils en étaient réduits h vendre leurs enfants et allaient chercher un refuge chez les Lombards 4. Il en était de même en Sicile, et les revenus provenant de ces extorsions devaient être employés à défendre l'Italie. Mais, disait Grégoire à l'impératrice : « On pourrait suggérer à l'empereur qu'il vaudrait mieux supprimer quelques dépenses en Italie, afin de supprimer les larmes des opprimés en Sicile2. Je dis ceci brièvement, mais afin que le Juge suprême ne me fasse pas un crime de mon silence. »
Toute la vie de Grégoire fut donc une lutte avec l'esprit byzantin, avec le patriarche de Constanti- En££"|enl nople qui tendait à supplanter le pontife romain, que sa vie. comme avec l'empereur qui voulait dominer l'Italie sans la défendre, et régenter l'Église comme si elle n'eût été qu'une province de son empire. Dieu lavait conduit à Constantinople, avant son pontificat, comme pour mieux explorer le champ de bataille 5 où il devait remporter pour l'Eglise plus d une laborieuse victoire.
Parmi tant de conflits, où Grégoire sut toujours