Epist., iv
Arles.
juin S93.
Lettre de Grégoire à
Childebert et
à Bruuchaul.
der de protéger le prêtre Candide, qu'il chargeait de la gestion des domaines pontificaux en Gaule. * C'est dans une de ces lettres à Brunehaut qu'on rencontre, au sujet de l'éducation qu'elle avait donnée à ses descendants et des autres vertus qu'il lui supposait, ces compliments emphatiques qu'on lui a si souvent reprochés et qui sont si peu d'accord avec tout ce que nous savons de la vie de cette trop fameuse princesse. Mais il faut aussi convenir qu'à côté de ces éloges, empruntés au style adulateur de la cour de Byzance dont il avait trop appris à imiter les formules, Grégoire adressait au jeune Childebert le plus noble langage qui eût encore été adressé par un pontife à un roi. Dans les paroles qu'on va lire, il commençait à faire entendre cette grande voix de la papauté qui devait pendant mille ans être l'organe suprême de la justice et de l'humanité auprès des princes et des peuples : « Autant la dignité royale est au-dessus des autres hommes, autant votre royauté l'emporte sur les autres royautés des nations. C'est peu d'être roi quand d'autres le sont, mais c'est beaucoup d'être catholique , quand d'autres n'ont point de part au même honneur. Comme une grande lampe brille de tout l'éclat de sa lumière dans les ténèbres d'une profonde nuit, ainsi la splendeur de votre foi rayonne au milieu de l'obscurité volontaire des peuples étrangers... Afin donc de surpasser les autres hommes par les œuvres comme par la foi, que Votre Excellence ne cesse
pas de se montrer clémente envers ses sujets. S'il y a des choses qui vous offensent, ne les punissez point sans discussion. Vous commencerez à plaire davantage au Roi des rois, quand, restreignant votre autorité, vous vous croirez moins de droit que de pouvoir1. »
Après la mort prématurée de Childebert II en 596, et pendant la minorité de ses héritiers, Bru- Aoirw «uuons
de Grégoire
nehaut, demeurée récente de ses deux rovaumes, av<* c'est-à-dire de 1 est et du sud-est de la Gaule, eut avec Grégoire des relations de plus en plus intimes et fréquentes. Elle lui demanda le pallium pour l'évêque d'Autun, et il n'accorda cette distinction si enviée au prélat bourguignon qu'en insistant de nouveau auprès de la reine sur la nécessité d'extirper la simonie, de détruire ces restes d'idolâtrie qui se mêlaient encore au christianisme des Francs et des Burgondes, de réformer la vie scandaleuse de certains prêtres qui vivaient avec des femmes, et enfin de mettre un terme à cette invasion de laïques non préparés dans le sacerdoce et jusque dans l'épiscopat, qu'il appelait énergiquement Y hérésie des néophytes 2.
1. Si qua sunt quae ejus animum offendere valeant, ea indiscussa noo sinat. Tune enitn vere Régi re^um... amplius placebit, si, potestatem suam restringens, minus sibi crediderit licere quam potest. Epist., vi, 6. — N'est-ce point là une traduction anticipée de la belle maxime si bien formulé par notre vieux jurisconsulte Bodin : U pouvoir de tout faire n'en donne pas le droit ?