‹ Les moines d'Occident 1863. 658 pChapitre 49 sur 177 · Moral., 1. xx, c · texte numérisé non relu

Moral., 1. xx, c

2. Neque enim volo, dum in hac carne sum, si qua dixisse me contigit, ca facile hominibus innotesci. — EpisL, xii, 24.

effusions qui révèlent les douleurs de ce grand cœur Homélie et les cuisantes sollicitudes de sa vie, en même u miLoa

du

temps que la nature ascétique de son éloquence : prédicateur. « A celui que Dieu envoie pour prêcher, le prophète donne cet avertissement : Monte sur la haute montagne, 6 toi qui évangélises Sion*. C'est-à-dire : que celui qui accepte la mission de prêcher s'élève au plus haut de l'âme, à la hauteur du bien ; qu'il plane au-dessus des œuvres de tous ceux qui lui sont confiés, afin de juger leur vie de toute l'élévation dont il dépasse les choses terrestres qu'il contemple à ses pieds. Oh ! combien ce que je viens de dire là retombe sur moi-même! car c'est moi que je frappe en parlant ainsi, moi dont la parole est si impuissante à prêcher comme il faudrait et dont la vie ne répond pas même à la parole! moi qui me perds si souvent en discours oiseux et qui mets tant de torpeur et de négligence à édifier le prochain! moi qui suis en présence de Dieu à la fois verbeux et muet : muet quand il faudrait parler, verbeux quand je devrais me taire. Mais voici que la parole de Dieu sur la vie des prédicateurs me contraint de parler. Je ne puis plus me taire et je tremble encore de me frapper moi-même en parlant. Parlons pourtant, parlons afin que le glaive de la parole divine aille percer le cœur du prochain en traversant le mien. Parlons, parlons, afin

1, Super montem excelsum ascende,qui ovangelizasSion.Is., il, 9.

que le discours de Dieu reten lisse contre moi-même par ma propre voix. Ah ! je ne nie pas que je sois coupable; je vois ma torpeur et ma négligence. Peut-être l'aveu de ma faute obtiendra-t-il mon pardon de la pitié de mon juge. Aussi bien, quand je vivais encore dans mon cher monastère, je savais contenir ma langue et m'appliquer presque continuellement à l'oraison. Mais depuis que mon cœur porte le joug de la charge pontificale, mon esprit, morcelé entre mille soucis divers, ne peut plus se recueillir. Il me faut juger les causes tantôt des églises, tanlôt des monastères; peser souvent la vie et les actes de chacun ; aujourd'hui prendre sur moi les affaires de la cité, demain gémir sur les assauts sanglants des Barbares et redouter pour mon troupeau les embûches des loups ; puis encore ne rien négliger pour venir au secours de ceux que leur règle enchaîne; ici, supporter tranquillement les spoliateurs, et là, leur résister sans blesser la charité. Quand donc ma pauvre âme, déchirée et comme écartelée par de si graves et si nombreuses préoccupations, quand pourra-t-elle rentrer en elle-même afin de se concentrer dans la prédication et de ne pas déserter le ministère de la parole?... Hélas! quelle sorte de prédicateur suis-je donc? Au lieu d'être debout sur la montagne des bonnes œuvres, me voici gisant dans la vallée des infirmités! Mais le Créateur et le Rédempteur du genre humain peut donner à mon indignité et l'élé-

vation de la vie et l'efficacité de la parole; et pour l'amour de lui, je ne veux pas m'épargner. Disons donc que la vie du prédicateur doit être toujours haute et toujours circonspecte : toujours haute, afin de ne jamais succomber à l'amour des choses de la terre; toujours et partout circonspecte, afin d'échapper aux traits de l'ennemi caché. Mais il ne lui suffit pas de vivre en haut; il faut encore que sa parole attire en haut ses auditeurs et allume en eux l'amour de la céleste patrie. Il ne peut réussir que si sa parole est embrasée par la flamme qui consume sa vie ; car une lumière qui ne brûle pas en elle-même ne saurait allumer ce qui l'approche. La Vérité a dit de saint Jean qu'il était un flambeau brûlant et lumineux : brûlant par le désir du ciel, lumineux par l'éclat du Verbe. La vérité de la prédication commande donc la hauteur de la vie1.»

On reconnaît bien, dans ces paroles enflammées, l'humilité passionnée du ponlife qui, en

i. O quam dura mihi sunt ista qua» loquorî quia mcmctipsum loqucndo ferio... Mutus in neccssariis, verbosus in otiosis... Dicam, dicam, ut etiam contra me sermoDei sonct per me... Et quidem in monasterio positus, valebam et ab otiosis linguam restringere, et in intentione orationis peno continue mentem tenerc. At postquam cordis hnmprum narcinw pastorali supposai... Coyor nanique modo eedesiarum, modo monasteriorum causas discutere... modo rerum enram sumere, ne desint subsidia eis ipsis quibus disciplina? régula tenetur... Scissaac ditaniata mens... Qnis ergo vel qualis speculator sum , qui non in monte sto , sed ad hue in valle infirmitatis jaceo... Tune haec recto aget,cum lingoa cjus ex vita arserit... Ut ergo servetur veritas pra-dirandi, teneatur necesse est altitudo vivendi. HumiL in Ezechiel, 1. i, //om. A7.

voyant un abbé persan se prosterner à ses pieds, s'agenouilla lui-même devant cet Oriental pour l'en empêcher1.

On y reconnaît aussi l'humilité du moine; ce

11 w™i»eioors ^ nous raPPe^e que c est avant lout Ie moine qu'il nous appartient de montrer dans le grand

pape, dont nous avons peut-être parlé trop longuement. D'ailleurs tout dans sa vie publique, dans son règne immortel, dans ses écrits. surtout, porte l'empreinte ineffaçable de son éducation et de son esprit monastique. Il ne nous reste qu'à dire ce qu'il fit pour régler et accroître le progrès de l'Ordre dont il fut, après saint Benoît, le principal ornement, le second législateur et, selon quelquesuns, le véritable fondateur en Occident.

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