Panégyrique de saint Benoit
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son austérité éveilla contre lui une envie homicide. Un méchant prêtre du voisinage essaya d'abord de le décrier, puis de l'empoisonner. N'ayant réusbi ni à l'un ni à l'autre, il voulut au moins l'atteindre dans l'ohjet de sa plus tendre sollicitude, dans l'Ame de ses jeunes disciples. A cel effet, il envoya jusque dans le jardin du monastère qu'habitait Benoît et où travaillaient les religieux sept malheureuses filles dont les gestes, les jeux et la scandaleuse nudité, devaient provoquer les jeunes moines à une chute certaine. Qui ne reconnaîtrait à ce trait le mé'ange de rudesse barbare et de corruption effrénée qui caractérise les siècles de décadence et de transition? Quand Benoît vit du seuil de sa cellule ces effrontées, il désespéra de son œuvre1. Il reconnut que Pintéret de ses chers enfants lui commandait de désarmer par sa retraite une si cruelle inimili ;. Il assigna des supérieurs aux douze monastères qu'il avait fondés, et emmenant avec lui un petit nombre de disciples, il quitta pour toujours ces gorges sauvages de Subiaco qu'il avait habitées pendant trente-cinq ans.
Sans s'éloigner de la région montueusequi s'étend sur le versant occidental de l'Apennin, Benoît se
1. Vicinte eccksiœ pre»byter Florentius nomine, hujus no tri subdiaconi Florentii avus... Ita ut in horto cellie... ante eorum oculos nudaa sept- m puellas mitteret, quie coram eis sibi invicem matins tendon tes et diutius ludenlcs, illorum mentes ud pcrveràitatem libidioia inflamma-ent. Quod vir sanctus de cella prospiciens... S. Ghegor. c. 8.
Moi^rs d'occ ii.
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s>i> «iep;irt dirige vers le midi en longeant les Ahruzzes, et ie Moui"-assit, pénètre dans eette Terre de Labour dont le nom vis». semlile convenir naturellement au sol destiné à être le berceau des hommes les plus laborieux que le monde ait connus. Il s'arrête dans un site tout différent de celui de Subiaco, mais d'une grandeur et d'une majesté incomparables. IJi, sur les confins du Samnium et de la Campanie, au centre d'un large bassin à demi entouré d'abruptes et pittoresques hauteurs, se dresse un mont isolé, escarpé, dont la cime vaste et arrondie domine à la fois le coin s du Liris encore voisin de sa source, la plaine ondulée qui s'étend au midi vers les plages de la Méditerranée et les \ allées étroites qui s'enfoncent au nord, à i'esl et au couchant, dans les plis de l'horizon montagneux : c'est le Monl-Cassin. Au pied de ce roc, Benoit rencontrait un amphithéâtre du temps des Césars, au milieu des ruines de la ville de Casmum qu'avait illustrée le plus savant et le plus pieux des Romains, Varron, ce bénédictin païen, dont les lils de Benoit se plurent longtemps à honorer la mémoire et la science1. Du sommet,
.1. Varro ... sancti*simus et integerrimus. C.ictno, Phil., n. — Casinen>is arcis sublimit s tanto olim culmine viguit, ut Romani colsitudo imperii pliil<sophiris studiis ilîain in a-vum dicaret. Hanc M. T. Varro omnium Homanorum doctissimus in^ultiit. PhTn. nue, De vir. illusl. Cas in.
Nymphis'iuo habita ta rura Casini.
SlL. ITAI.ll'., i, 12.
Cette vill«», restaurée par les moines, porte aujourd'hui le nom de
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ses yeux pouvaient se porter tour à tour vers Arpinum, où naquit le prince des orateurs romains, et sur Aquinum, déjà c élèbre pour avoir donné le jour à Juvénal, avant d'être la patrie du Docteur angéhquc, qui devait popular iser chez tous les chrétiens le nom de cette bourgade.
Ce fut au centre de ces nobles souvenirs, de cette nature solennelle, et sur cette cime prédestinée, que le patriarche des moines d'Occident fonda la capitale de l'Ordre monastique. Il y trouva le paganisme encore vivant. Deu\ cents ans après Constantin, en pleine chrétienté, si près de Home, il y avait là un très-ancien temple d'Apollon et un bois sacré où une multitude de paysans venaient sacrifier aux dieux et aux démons1. Benoît prêcha la foi du Christ aces populations oublies; il leur persuada d'abattre le bois, de renverser le tomple et l'idole. Écoutons Dante, qui a traduit à sa fa-
San-Germano, en l'honneur d'un saint évéque de Capouo, contemporain de B.moit. Entre la ville et le monastère, sur un mamelon détaché de la montagne, on voit encore ce vaste château de Kocca Janula, construit au Moyen Age, inhabité, mais non ruiné, avec ses tours et se* remparts crénel-'s, que deux longues murailles relient à l'enceinte de San-Germaiio. Mien de plus complet et de plus frappant que l'ensemble de la sainte montagne. Au pied, la ville moderne avec son amphithéâtre romain; à mi-cote, la forteresse féodale, au sommet, le monastère immortel, toujours imposant et majestueux, malgré les altérations qu'a subies son architecture.
i. \efustis>imum fanum... in quo ex antiquorum more g ntilium a stulto rusficorum popul » Anollo cohmatur cireumquaque in cultu daemonh.rum luci succreverunt. . . Infidelium insana multitude.. S. Grigor., c. 8.
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çon le récit de saint Grégoire, dans ce magnifique chant du Paradis, où les enseignements de Béatrice sont interrompus et complétés par l'apparition du patriarche des moines d'Occident :
Quel monte, a eui Cassino e nella costa, Fu frcquentato g h in su la cima Dalla génie ingannata e mal disposta ;
Ed io son quel che su vi portai prima L ) nome di colui chu'n terra adusse La verità, clic tanto ci sublima:
E tanta grazia sovra me rilusse Ch' io ritrassi le ville circonstanli Dali' empio colto, che' I mondo sedusse.
Sur ces débris, Benoit construisit deux oratoires, l'un consacré à saint Jean-Baptiste, le premier des solitaires de la vie nouvelle, l'autre à saint Martin, ce grand moine-évèque, dont les vertus ascétiques l archi- et l,onliJicales avaient édifié la Gaule et retenti jus- ...onaM,n qU'en Italie. Autour de ces chapelles s'éleva le molont-ca^i,. nastère qui allait devenir le plus puissant et le plus célèbre de l'univers catholique, célèbre surtout parce que ce fut là que Benoît écrivit sa règle et créa en môme temps le type qui devait servir de modèle aux innombrables communautés soumises à ce code souverain. C'est pourquoi les pontifes, les princes et les peuples ont vanté, doté, visité à l'envi le sanctuaire d'où la religion monastique, selon l'expression du pape Urbain II, « a découlé du cœur de Benoît comme de la source du
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Paradis1, » et qu'un autre pape2, sorti du Mont- Cassin pour monter sur le siège apostolique, n'a pas craint de comparer au Sinaï, dans ces vers d'une fière et rude simplicité qu'il grava sur l'autel du saint patriarche :
H«rc domus est similis Sinaï sacra jura ferenti , t't Ipx dcmonstrat hic qurc fuit édita quondam. Lex liine e\i\it, mentes qua3 ducit ab imis, Et vulgata dédit lumen per climata savli \
Benoît acheva sa vie au Mont-Cassin, où il se- 530-5». journa pendant quatorze années, occupé d'abord
1. Ipse omnium monachorum pater, et Casinensc monasterium caput omnium perpetuo habeatur et inerito, nam ex eodem loco de Bencdicti poctore monastici ordinis religio qua i de Paradisi fonte emanavit. Huila Ubbanu II. ad cale. Chron. Casincn.
Didier, abbé du Mont-Cassin, successeur de saint Grégoire VII sous le nom de Victor III.