Son traité D* fide catholka
son frère lui appliquait avec une énergie trop fréquente1, s enfuit de l'école de Séville. Après avoir erré quelque temps dans la campagne, exténué de soif et de faligue, l'enfant s'assit auprès d'un puits et se mit à regarder avec curiosité les sillons qui en creusaient la margelle. Il se demandait d'où provenait ce travail, lorsqu'une femme qui venait chercher de l'eau au puits, et que frappèrent vivement la beauté et l'humble innocence de l'écolier, lui expliqua que les gouttes d'eau, en tombant sans cesse sur le même endroit, avaient creuse la pierre. Alors l'enfant rentra en lui-même et se dit que si la dureté de la pierre se laissait ainsi creuser goutte à goutte par l'eau, son esprit finirait bien aussi par subir l'empreinte de renseignement2. Il retourna auprès de son frère et acheva son éducation de façon à posséder bientôt le latin, le grec et l'hébreu, et à devenir le collaborateur actif de Léandre dans l'œuvre de la conversion des ariens.
Il vécut longtemps dans une cellule où son frère le tint renfermé, pour l'empêcher de se trop répandre au dehors, en lui donnant les plus savants maîtres du temps. II n'est pas absolument démon-
1. Non parcebat virais > et laudatu* est in illo... Pucrili permotu* t'more, verbera magistri metuens. Ldcas Tudeksis, Vit, S. hùL, ap. Boi.laxd., t. I, Apr.y p. 331.
2. Aspexit pra»grandc saxum tortuosU foramînibus perforatum.. . Millier super pulchritudine pueri admodum mi rata... Qui* vel ad qnid lapidis hujus foraniina... Et si lapi* durissimus mollis aqu* frequenti instillatione cavatur, quanto magis vpo liomo! Ibid.
tré qu'il ait été moine, comme plusieurs l'ont soutenu. Mais il est difficile d'en douter quand on lit la Règle qu'il a écrite en vingt-trois chapitres à l'usage des religieux de son pays, et qui n'est guère qu'un extrait de la Règle bénédictine dont son frère Léandre avait dû le pénétrer.
On y remarque toutefois, comme dans un autre écrit de lui sur le Devoir des moines, de curieux ses tcru*
monastique!
détails sur la façon dont l'Ordre se recrutait dans les rangs les plus divers et dans les conditions les plus infimes. Ce renseignement nous est donné dans de hautes et sages paroles, où respire, avec plus de précision et d'éloquence que partout ailleurs, la doctrine de l'égalité des âmes devant Dieu et devant l'Église, mais aussi où se révèle le frein imposé par la justice et la raison à l'orgueil des nouveaux émancipés. « Notre sainte milice, » dit Isidore, « ne i/rpuié se recrute pas seulement parmi les hommes libres, eMw. mais surtout parmi ceux de condition servile qui, dans le cloître, viennent chercher la liberté. Il en vient aussi du sein de la vie rustique et des professions ouvrières et du labeur plébéien, et avec d'aulant plus d'avantage qu'ils sont mieux dressés au travail . Ce serait un grave délit que de ne pas les admettre. » — « Il ne faut pas chercher, » ajoute-t-il, « si le novice est riche ou pauvre, esclave ou libre, jeune ou vieux. Ni l'âge ni la condition n'importent chez les moines; car Dieu ne fait aucune différence entre l'âme de l'esclave et celle de l'homme libre,..
MO Cl ES D'OCC. tt. 15
Beaucoup de plébéiens ont brillé par d'éclatantes vertus et ont mérité d'être élevés au-dessus des nobles... Mais que ceux qui sortent de la pauvreté pour venir au monastère ne se laissent pas gonfler par l'orgueil en se voyant les égaux de ceux qui paraissaient être quelque chose dans le siècle. Il serait indigne que, là où les riches, en abdiquant toute hauteur mondaine, descendent à l'humilité, les pauvres se laissassent aller à l'arrogance. Il leur faut, au contraire, déposer toute vanité, comprendre humblement leur nouvelle position, et ne jamais perdre la mémoire de leur ancienne misère1. »
Moine ou non, Isidore se signala par son zèle pour les intérêts monastiques lorsqu'à la mort de Léandre il devint évêque de Séville et l'oracle de l'Église d'Espagne2. Il présidait ce concile de Séville qui, en 619, prononça l'anathème contre les évê-
1. Veniunt non solum liberi, sed plerumque ex conditione servili vel propter hoc polius Iiberandi. Veniunt quoque ex vita rustica, et ex opificum exercitationc... et ex plebeio labore, tanto utique felicius, qiianto fortius educati... S. Isidori De offlc. eccles., c 15; De motiach.% c. 5. — Quia in ter servi et liberi aniinam nulla est apud Deum diflerentia... Non extollantur in superbiam, quia se ibi a-quales aspiciunt iis qui aliquid in saeculo videbantur. Régula, c. 4. — Du reste Isidore interdit, dans sa Règle, de recevoir au monastère des esclaves que leurs maîtres n'auraieut point affranchis.
2. Cf. Boixand., loc. cit., et Mabillon, Act. SS. O. It. sœc. II in Prœtermissis. — Monastici quoque instituti per Hispaniam promotor, et ampliticator eximius, plura construxit monasteria. Offic. Sanctorum in Brev. Rom. ad usum Hispaniœ. Matr. 1708 t die 4 april.
ques et les prêtres qui essaieraient de tfrôllbler oti de dépouiller les monastères1.
Pendant quarante ans d'épiscopat, sa science, son zèle, son autorité, consolidèrent l'heureuse ,"ndlls révolution et la renaissance reli gieuse et littéraire et! l'Espace, dont son frère avait été le premier auteur. Il acheva de détruire l'arianisme, étouffa la nouvelle hérésie des Acéphales, continua, fortifia et agrandit le vaste système d'éducation dont Séville était le foyer, et qu'il fit étendre par le quatrième concile de Tolède à toutes les Églises épiscopales d'Espagne, en prescrivant partout l'étude du grec et de l'hébreu. Il fut en outre le créateur de cette liturgie espagnole si poétique et si imposante, qui, sous le nom de Mozarabe, survécut à la ruine de l'Église visigothe et mérita d'être ressuscitée par le grand Ximenès.
Écrivain fécond, infatigable et prodigieusement érudit, il rédigea, entre tant d'autres travaux, l'histoire des Goths, de leurs conquêtes et de leur domination en Espagne. 11 a fait connaître Aristote aux peuples nouveaux de l'Occident longtemps avant que les Arabes vinssent le remettre en vogue. Il nous a surtout conservé une foule de fragments classiques qui eussent à jamais péri sans lui, en condensant toute la science de l'antiquité et de son temps, les sept arts libéraux, la tradition philolo-