‹ Les moines d'Occident 1863. 658 pChapitre 80 sur 177 · S. IIildephossi De virib. illustr., c · texte numérisé non relu

S. IIildephossi De virib. illustr., c

il créa la grande école que ses successeurs développèrent à l'envi.

Ildefonse, né à Tolède d'une famille alliée au sang royal, reçut d'abord à Séville, pendant douze

Saint i!d<f,.n«e, . s

moine d ABaii, ans, les leçons d Isidore, puis, revenu près de son

évoque

de Toicde, berceau, et malgré les violentes résistances de sa famille, se fit moine à Agali. Il fallut une autre violence, celle de la voix unanime du clergé et du peuple de Tolède, pour l'en arracher et le placer sur le siège métropolitain. Lui aussi cultiva avec succès l'histoire et la poésie; ses écrits ascétiques marquent honorablement dans la littérature religieuse de son temps. Mais ce qui lui a valu surtout la première place dans l'amour et la mémoire du peuple espagnol, ce fut son ardente dévotion à la sainte Vierge, dont il défendit la virginité perpéic pias populaire tuelle contre l'hérésie des Helvidiens. Les visions cu'LpIIÏic. miraculeuses qui témoignent de la reconnaissance de Marie pour les efforts de son zélé défenseur1, et les reliques qu'il en laissa à l'église de Tolède, après avoir longtemps enflammé la dévotion des Espagnols pour leur grand saint Alonzo, ont reçu,

1 . Pondant la nuit do la fête do VExpeciatio par tus D. M. V., sainte Léocadio, dont il avait découvert les reliques, lui apparut et lui dit: Olldefanse! per te vivit domina mea, quœ cœli culmina teiiet. Pour avoir un gage palpable do cotte vision, il saisit l'épéc du roi Heceswinthe, qui l'accompagnait, et coupa une portion du voile de la sainte, laquelle devint ensuite une relique très-vénérée. Drcviar. Ruman. in propr. Cleri Bornant, ad 23 Januar. — Une autre nuit, il vit, dans l'abside do sa métropole illuminée par cette présence, la sainte Vierge elle-même assise sur le trône épiscopa!,où il n'osa plus jamais siéger.

raille ans après sa mort, une consécration nouvelle, grâce au génie de Calderon1.

Léandre, Isidore, Ildefonse, furent les illustres représentants de la vie intellectuelle dans un temps où elle semblait presque partout éteinte. Ces pontifes laborieux, instruits, éloquents, pleins de zèle pour la science et l'étude en même temps que pour la religion, assurèrent en Espagne l'avenir des lettres chrétiennes et la durée de la tradition littéraire, partout ailleurs interrompue ou menacée par les orages de l'invasion et de l'établissement des Barbares. Ils firent de leur patrie la lumière intellectuelle du monde chrétien au vu0 siècle.

Après eux, il faut encore admirer tous ces évêques et ces moines, issus du sang ou de la famille spirituelle de ces trois grands hommes, et qui furent, comme ils l'avaient été eux-mêmes, l'âme des fameux conciles de Tolède. On sait assez que ces 1^^,^ conciles constituèrent la force et la gloire de l'Espagne gothique, et que de leur sein sortit, épurée par l'esprit sacerdotal, cette législation des Visigoths que la science moderne a noblement vengée2, et qu'elle a placée au premier rang des lois de l'antique chrétienté, pour la hardiesse, la profondeur et l'équité de ses conceptions.

\. Voir le drame de Calderon, intitulé : Ia, Virgen del Saerario.

2. GeizoT, Ilist. de la civilisation , U I; Hist. des origines du gouvernement représentatif, 1er. 25, et Hevue Française de novembre 1*28.

de Tolède et

lfurs canons

Léandre et Isidore, ces deux illustres frères, donnèrent à ces assemblées le caractère politique et législatif qu'elles conservèrent pendant un siècle et qui a fixé sur elles l'attention spéciale des historiens1. Sans doute, dans les dix-huit assemblées

1. Voici l'indication chronologique des conciles qui furent tenus à Tolède depuis la conversion des Visigoths jusqu'à la conquête de l'Espagne par les Maures. (Ceux qui portent le chiffre i et n sont antérieurs, et datent le premier de 400 et le second de 53t.)

Le m», en 589, composé de 05 évèques, présidé par Léandre, publia 23 décrets ou canons.

Deux conciles tenus en 597 et 010, et dont les décrets ont été d'abord publiés par Garcia Loasia au xvF siècle, n'ont pas été compris dans la numération ordinaire, pour ne pas déranger l'ordre traditionnel.

Le rv% en 633 : 62 évoques ; 75 canons. Saintlsidore signe le premier.

Le v% en G36 : 20 évoques; 9 canons.

Lo iv«, en 638 : 52 évOques; 19 canons. Le vir\ en 6 16 : 28 évoques; 6 canons.

Lo vin-, en 653 : 52 évoques, 10 abbés, parmi lesquels Ildefonse, abbé d'Agali; 12 canons.

Le i\r, en 655 : 16 évoques, 6 abbés, parmi lesquels Ildefon**; 17 canons.

Le x', en 656 : 20 évoques, parmi lesquels le moine saint Fructueux, métropolitain de Braga, dont on parlera plus loin; 7 canons. Le xi*, en 675 : 19 évoques, 6 abbés; 16 canons. I/) xir, en 681 : 35 évoques, 4 abbés; 13 canons. Le xnr, en 683 ; 48 évoques, 5 abbés; 13 canons. Le xiv», en 684 : 17 évèques, 6 abbés; 12 canons. Le xv*, en 688 : 61 évoques, 8 abbés. Le xvr, en 693 : 59 évoques, 5 abbés; 13 canons. Le xvir, en 694 : 8 canons; pas de signatures. Le xviir et dernier, en 701.

Beaucoup de ces évèques sortaient de l'Ordre monastique ou y finirent leurs jours (Yepes, centuria n). On voit en outre dans la collection des Conciles la signature des fondés de pouvoirs des évoques absents et celle d'une foule de comtes et de proceres laïques.

tenues à Tolède depuis la conversion des Visigoths jusqu'à la conquête de Y Espagne par les Maures, les matières religieuses occupèrent toujours la première place. Les questions touchant le dogme, la hiérarchie et la discipline ecclésiastiques, l'indépendance et la régularité des monastères1, l'ensemble et le détail des intérêts spirituels, forment le sujet de la plupart des décrets rendus par ces conciles. Sans doute aussi les évêques y jouaient un rôle prépondérant par le nombre comme par l'autorité. Mais les seigneurs et les dignitaires laïques y figuraient aussi : entrés une première fois avec le roi, qui prenait presque toujours l'initiative des questions à traiter, ces laïques sortaient avec lui ; mais, après avoir laissé trois jours aux évêques pour discuter seuls les afFaires spirituelles, ils revenaient prendre part aux délibérations définitives. Ils y assistaient en vertu d'un droit reconnu; ils signaient les décrets comme les évêques. En outre, le consentement de ce qu'on appelait alors le peuple, c'est-à-dire de toute la noblesse militaire de la nation gothique, semble avoir été souvent requis et

1. Le iv% tenu en 633, sous la présidence d'Isidore, se montra surtout zélé pour la liberté des moines, garantissant aux clercs la liberté d'embrasser la vie religieuse, interdisant aux évêques toute vexation ou usurpation au détriment des monastères, et prohibant le retour au siècle de tout moine profès.

Le ix% tenu en 655, se vit obligé de mettre un frein à la munificence des évoques envers les monastères, en leur interdisant de disposer en faveur de ces fondations de plus du cinquantième du patrimoine épiscopal.

Rôle prépondérant des évoques, intertention efllcare des laïques.

exprimé pour valider les décisions rendues par le roi, les évêques et les proceresi.

Ainsi constituées, ces mémorables assemblées exercent la plénitude du pouvoir spirituel et tem-

Décreis

et doctrines porel, |>olitique et civil, législatif et judiciaire.

sur

u royauie. Toutes les grandes affaires du royaume y sont débattues : et ce royaume ne comprenait pas seulement toute l'Espagne, que les Yisigoths avaient réussi à purger des derniers vestiges de la domination gréco-romaine, mais encore la Gaule Narbonnaise, dont les évêques venaient siéger à Tolède avec ceux de la péninsule. Elles font les lois et les rois. Elles règlent les conditions de la royauté élective, trop souvent méconnues dans la pratique par la violence sanguinaire des prétendants ou des successeurs désignés au trône. Et quoique les faits accomplis qu'elles trouvaient bon de sanctionner aient trop souvent substitué la violence au droit, elles proscrivent toujours en principe tout candidat dont les droits ne se fonderaient pas sur l'élection faite par la noblesse et le clergé, sur la pureto ' de son origine gothique et sur la probité de ses mœurs 2.

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