Epist. ad Ageruihiam, t. IV, p. 748; édit
2. Plus d'un siècle après Clovis , on trouve encore des païens parmi les Francs du rang le plus élevé. Saint Loup, évèque de Sens, exilé par Clotairc II vers 01 ô, fut conlié à la parde d'un duc nommé Boson qui était encore païen, et qui occupait les bords de l'Oise : « ubi crant lempla piianatioa a deeurionibus culta... pwdictum ducem vitali tinxit in lavacro, plurimumquc Franconim ejtrcitum, qui adhuc erroris detinebatur laqueis, illuininavit per baptisnium. » Act. SS. Bolulnd., t. 1 SepU, p. 259. — Le deuxième successeur de
SOCS IFS PREMIERS MÉROVINGIENS. Ml
Ils restèrent, longtemps après leur conversion, sauvages, avides et cruels comme auparavant. Ils ne se transformèrent pas en un jour. Deux siècles de guerres fratricides entre les rois mérovingiens ne le démontrent que trop, en même temps qu'elles constatent l'espèce de vénération superstitieuse, d'idolâtrie païenne que les Francs professaient pour cette dynastie aux longs cheveux, dont ils déposaient, dont ils égorgeaient en détail les rejetons, mais en dehors de laquelle nul ne s'avisait encore de chercher des chefs d'un autre sang.
Il ne faut donc pas nier leur barbarie; il faut non-seulement croire tout ce que les historiens en
Cararirrc
rapportent, mais bien se dire que, comme pendant
la (liiuiiiialion
toute l'antiquité, leurs récils sont loin d'atteindre emmur. tout ce qu'il y eut « de tyrannies ignorées, de spoliations impunies, de ruines sans vengeurs1. » Mais il ne faut pas croire que les Francs fussent, comme on l'a prétendu, moins civilisés, moins humains, plus oppresseurs que les autres Barbares. A aucun point de vue, on n'a le droit de les placer au-dessous des Visigoths ou des Burgondes. Ils avaient notamment tout autant de goût et d'attrait pour la culture des lettres et de l'esprit. La chapelle que
saint Cnlomban à Bobbio, l'abbé Bertulfe, mort en 640, était païen de naissance, quoique proche parent de saint Arnoul, évéque dv Metz. On verra plus loin que les Francs établis en Belgique restèrent t'n grand nombre idolâtres jusque dans le vm* siècle. I. O/anam, Èhtdex German., t. Il, p. 50'2.
Éducation palatine les rois mérovingiens instituèrent dès les premiers jeune uobiesM. temps de leur conversion, et l'école qui y fut aussitôt attachée, comme une dépendance inséparable de la résidence royale, devinrent promptement une pépinière de clercs instruits et zélés, où la jeune Doblesse franque et gallo-romaine puisait l'instruction la mieux adaptée au temps et aux mœurs d'alors. Les charges importantes de l'Eglise et de la cour se donnaient à ceux qui s'y étaient distingués1. Toutes les biographies de saints sont unanimes à constater ce fait; et Grégoire de Tours le confirme en parlant de Ycrvdidon palatine comme d'une sorte de noviciat ecclésiastique et politique, en pleine activité sous les petits-fils de Clovis2. Il est encore plus certain que l'oppression des Epiui. nos Francs Gallo-Romains par les Francs ne fut jamais systédes Gaulois, matique, ni surtout aussi cruelle, aussi complète que le veut une théorie habilement préconisée de nos jours, mais démentie par tous les mémoires contemporains. Sans doute, dans la région du nordest, qui fut la première occupée par les Francs, encore complètement païens, la population romaine fut cruellement spoliée et maltraitée, sinon entièrement exterminée. Mais après leur conversion, à
1. On trouvera a ce sujet des détails nombreux et précis dans V Histoire de saint /.r'j/er, pardom Prrn\, p. 11 4, et Appendice. — On sait que ce mot de chapelle, comme synonyme d'oratoire, dérive, f*lon Ducange, de la petite cape ou chape do saint Martin, qui c->t la plus insigne des reliques mérovingiennes.
k2. Vita S. Arcilii Abbatis, c. '.).
>gle
mesure qu'ils s'approchèrent de la Loire, et surtout lorsqu'ils se répandirent au midi de ce fleuve, on voit les Gallo-Romains conserver toutes leurs propriétés et jouir absolument des mêmes droits que les conquérants. On voit, parmi les Francs comme parmi les Gaulois, des pauvres, des artisans, des esclaves, en même temps que des nobles et des riches. Les nobles gaulois, les membres des familles qualiûées de sénatoriales, occupent le même rang que sous l'empire romain et s'associent, dans la cour et dans le cortège militaire des rois mérovingiens, aux leudes et aux antrustions de race franque. On trouve partout des Gallo-Romains aux premiers rangs, et non-seulement dans l'Église, où ils possèdent presque exclusivement les évêchés jusqu'à la fin du vi* siècle, mais parmi les convives du roi, parmi les ducs et les comtes, à la tête des armées et même dans les offices de la domesticité royale, qui sembleraient avoir dû être exclusivement réservés aux compagnons et aux compatriotes du prince.
11 faut toutefois signaler la différence qu'établit la loi salique dans le prix de competisalion du pour les meurtres commis sur les Francs ou sur les Romains, et d'après laquelle on apprend que la vie du Romain n'était estimée que la moitié de celle du Franc. Hormis cette seule disposition, où survit l'orgueil naturel du vainqueur, on ne trouve aucune trace de distinction radicale entre la race
conquérante et la race conquise. Le Gallo-Romain conserve son droit privé, niais il est soumis aux mêmes lois et il obtient les mêmes garanties que le Franc. Quant au droit public, comme le Barbare, mais pas plus que lui, l'indigène est exposé aux violences atroces qui éclataient chaque jour dans la société d'alors, et qu'il commettait à son tour et aussi souvent que le Franc ou le Burgonde1. Car il y avait des Gallo-Komains tout aussi imbus que les Barbares de la férocité qu'inspire la possession de la force et de la richesse sans contrôle. On les trouve de moitié dans presque tous les forfaits et toutes les perfidies qu'en umèrent les annales de cette malheureuse époque. On l'a dit avec raison : « Le plus grand mal de la domination barbare était peut-être l'influence des Romains avides et corrompus qui s'insinuaient auprès des nouveaux contact funeste maîtres2. » C'est surtout à eux que l'on doit attribarbarlc'îanqae mier ces raffinements de débauche et de perfidie u dn.Nvaiion °iue l°n vo^ avec surprise se produire au sein de la brutalité sauvage des hommes de race germanique. Ils enseignaient à ceux-ci l'art d'opprimer et de dégrader leurs compatriotes par des moyens que la
1. Rotb et Léo, dans les ouvrages déjà cités, et Waitz f [hulscht Verfassungs Geschirhte,, ont démontré sans réplique cette identité de position entre la noblesse franque et gauloise sous la domination mérovingienne : l'abbé Dubos en avait Tait la base de son système absurde sur l'absence de toute conquête.
k2. Henm Marti*, t. I, p. 394. — Cf. Aicustin Thifrry, mérov., t. II, p. 45, et Alrfrt Du Boys, Histoire du droit criminel.
aux (*|iNV; gallo-romaine
grossièreté naturelle des Goths ou des Teutons ne leur eût jamais inspirés. Il s en faut bien que tout ait été profit pour les Barbares dans leur contact avec le monde romain, dépravé sous l'empire. Ils lui apportaient des vertus viriles dont il avait perdu le souvenir, mais ils lui empruntaient en même temps des vices abjects et infects dont le monde germanique n'avait pas idée. Ils y rencontrèrent le christianisme; mais, avant d'en subir la bienfaisante influence , ils eurent le temps de se tremper dans toutes les bassesses et tous les débordements d'une civilisation corrompue longtemps avant d'être vaincue. Le régime patriarcal qui caractérisait les anciens Germains dans leurs rapports avec leurs enfants, leurs esclaves, comme avec leurs chefs, tomba en ruine au contact de cette dépravation contagieuse.
Plus tard, lorsque l'esprit chrétien eut établi son empire, et lorsque tous les vieux débris romains eurent été absorbés et transformés par l'élément germain, sous les premiers Carlovingiens, le mal s'atténua, et s'il ne disparut pas complètement, du moins toutes les nations de la chrétienté purent se constituer sous des lois et des mœurs dont il n'y avait ni à rougir ni à se plaindre. Mais à l'époque où nous sommes, rien de plus triste que cette première fusion de la barbarie germanique avec la corruption romaine. Tous les excès de l'état sauvage s'y combinent avec les vices d'une civilisation sa-
vamment dépravée. C'est de cette origine perverse et fatale que découlent ces abus révoltants du droit seigneurial qui, conservés et développés à travers les siècles, ont si cruellement affaibli et dépopularisé la féodalité. Et c'est là qu'il faut chercher le secret de ces exemples monstrueux de trahison et de férocité qui, en se reproduisant presque à chaque page du récit de Grégoire de Tours, projettent une si sanglante lueur sur les premiers temps de notre histoire.
De là aussi ces tentatives des rois mérovingiens us rois penchent Pour rétablir, en l'aggravant, la fiscalité romaine, rau^aiie Tantôt c'est aux églises qu'ils veulent faire paver le °\lLoi»cTe tiers de leurs revenus1; tantôt c'est la capitatîon qu'ils veulent établir, non plus comme chez les Romains, sur les plébéiens sans propriétés foncières, mais sur tout le monde, et sur les Francs tous les premiers. Mais ici le vieux droit germanique reprit le dessus. Même en l'absence des assemblées nationales qui semblent avoir été suspendues pendant le règne de Glovis et de ses successeurs immédiats2, la résistance fut énergique et triomphante. Les rois mérovingiens eurent beau mani- , fester un penchant précoce à imiter l'autocratie des
la nuliles.se * »
»ic»d«iu ra<ts. empereurs romains, ils eurent toujours à compter avec les nobles francs, qui u'entendaient pas renoncer sur le sol conquis par eux aux libertés de