Par exemple, Ébreuil, en Auvergne
dans leur vie quotidienne à une superstition semipaïenne, et en lisant leurs sanglantes biographies, que traversent à peine quelques lueurs passagères de foi et d'humilité, Ton est tenté de croire qu'en embrassant le christianisme, ils n'avaient ni abdiqué un seul des vices païens, ni adopté une seule des vertus chrétiennes.
C'est contre cette barbarie des âmes, bien plus épouvantable encore que la grossièreté et la violence des mœurs, que l'Église va triomphalement lutter. C'est au milieu de ces désordres sanglants, de ce double courant de corruption et de férocité, que va se lever la pure et resplendissante lumière de la sainteté chrétienne. Mais le clergé séculier, luimême atteint par la démoralisation commune aux deux races, ne saurait suffire à cette tûche1. 11 lui
faut le concours puissant et bientôt prépondérant tiennent adorer
l'influence
de l'armée monastique. Il ne lui manquera pas : civiiuaince l'Église et la France lui devront la victoire définitive i é«»sc. de la civilisation chrétienne sur une race bien autrement difficile à réduire que les sujets dégénérés de Rome ou de Byzance. Pendant que les Francs venus du nord achèvent d'assujettir la Gaule , les Bénédictins vont l'aborder par le midi, et superposer à
1. Léo (op. cit.) a très-justement remarqué que, grâce aux désordres du clergé indigène, la conversion définitive des Francs avait astreint les apôtres ecclésiastiques et monastiques de la Gaule à une tâche bien plus longue et plus rude que ne le fut la conversion de l'Angleterre ou môme de l'Allemagne, où tout se fit presque d'un seul coup par un corps de missionnaires étrangers et réguliers.
27î LES MOINES EN GAULE
la conquête barbare une domination pacifique et bienfaisante. C'est la rencontre et l'entente de ces deux forces si inégalement civilisatrices qui va exercer l'influence souveraine sur l'avenir de notre patrie.