La Viuemarqcé, Poèmes des Bardes bretons^ 1850, p
légendes.
Le barde, tout en composant son poème, se réfugia dans l'étage supérieur de l'église, puis sur le toit : il montait de poutre en poutre, toujours poursuivi par les eaux, mais toujours aussi en improvisant ses vers et en puisant dans le danger l'inspiration qui lui avait failli jusque-là. Quand l'inondation s'écoula, depuis la tombe de l'anachorète jusqu'à la Saverne, il ne restait plus d'autre être en vie que le barde, ni d'autre édifice debout que l'église où il avait improvisé ses refrains populaires1.
Dans cet océan des légendes celtiques où les ana- ce qui surnage chronismes et les fables ne sauraient obscurcir la ^d^ *" vigoureuse et constante affirmation de la foi catholique et du patriotisme breton, quelques noms de fondateurs et de missionnaires monastiques ont surnagé. Ils ont été dérobés à l'oubli, non-seulement par l'érudition rajeunie des archéologues cambriens, mais aussi par la fidélité des souvenirs populaires, même depuis l'extinction lamentable et complète du catholicisme dans le pays de Galles1.
1 . Britannus quidem versificator Britannice versiOcans, composuit carmina a gente sua... Nondum eadem finita erant a compositore... Marina undositas contexit campestria, submergit habita tores et sedificia : equi cura bobus natant in aqua : maires tenebant ûiios prae manibus... fiunt cadavera. Cum viderit undositatem altissimam imminere, suseepitcomponere quartam partem carminum. Dum incepisset, impieta est fluctibus : post haec ascendit trabes superius, et secutus est iteruro tumens fluctus tertio super tectum, nec cessât ille fungi laudibus. Iliis finitis Britannus poeta evasit, domus fulciens stabiiivit. VitaS. Gundleii, c. 11, ap. Rbes, p. 15.
2. On peut consulter avec fruit l'important recueil intitulé : Lioet
Action réciproque
de la Cambrie, de l'Irlande
et de
l'Armorique
les unes
sur les autres.
En effleurant leur vie, comme en considérant l'ensemble des légendes et des institutions monastiques qui s'y rattachent, on reconnaît tout d'abord l'existence d'un double courant qui entraîne sans cesse les regards et les pas des Gallois de leurs montagnes natales vers l'Armorique au Midi et vers l'Irlande à l'Ouest; comme aussi on distingue la réaction constante de ces deux contrées vers la Grande-Bretagne, d'où leur étaient venus leurs premiers missionnaires, et dont la vie religieuse et nationale se concentrait de plus en plus dans la Cambrie.
L'invasion saxonne, on l'a déjà vu1, avait jeté sur les plages de la Gaule une foule de fugitifs qui, transformés en missionnaires, avaient créé une nouvelle Bretagne invinciblement chrétienne et catholique aux portes de la France mérovingienne. Les plus
ofthe Cambro-Brilish saints, ofthe Fiphand immédiate successive centuries, from ancrent Welsh and ÏMin Mss... by the Rev. W. Rees, M. A., etc. Llandovery, 1853. i vol. gr. in-8° ; ouvrage auquel il ne manque qu'un commentaire historique et géographique approprié aux lecteurs étrangers. Il est tout à fait distinct de l'ouvrage très-vanté par Walter sous le titre de Essay on tlie Welsh saints, by the Rev. Rice Rees, 183C, in-8°, que je n'ai pas pu rencontrer.
Les biographies publiées par Rees, d'après les manuscrits de la bibliothèque cottonienne, sont quelques-unes en gallois, les autres en latin ; elles ont dû être non pas composées, mais retouchées à une époque postérieure à la date qu'on est d'abord tenté de leur attribuer. A côté de détails évidemment contemporains et locaux, on retrouve des traces d'interpolations déclamatoires qui doivent être l'œuvre d'une postérité moins éprise que nous de la couleur locale et de l'authenticité historique.