Voir tome II, p
furent engloutis par la terre enlr'ouvcrle sous leurs pas. Illud, effrayé par cette leçon et conseillé par l'abbé Cadoc, se consacra au service de Dieu dans la solitude, bien qu'il fût marié et fort épris de sa jeune et belle femme. Celle-ci voulut d'abord le suivre dans sa retraite et partager avec lui la hutte de roseaux qu'il s'était construite au bord de la Tavc, dans le comté de Glamorgan. « Eh quoi I » lui dit un ange qui lui h «i poursuivi apparut en songe ; « toi aussi, l'amour d'une femme safcï£ra6 t'enchaîne. . . Certes, ton épouse est belle, mais la chas- ^ 4ÏÏ r»« télé est plus belle encore. » Docile à cette voix d'en cou*",,r haut, il abandonna sa femme ainsi que ses chevaux " conYer,lonet ses écuyers, s'enfonça dans une épaisse forêt et y bâtit un oratoire que l'afQuence des disciples changea bientôt en monastère. Il y partageait sa vie entre de grands travaux agricoles et de fréquentes luttes contre les rois et les chefs pillards de la contrée d'alentour. II se signala surtout en construisant des digues immenses contre les inondations dont le pays de Galles semble avoir eu tant à souffrir. Sa femme le poursuivit jusque dans cette nouvelle solitude ; mais en le découvrant au fond d'un fossé qu'il creusait luimême, le corps et le visage tout couverts de bouc, elle vit bien que ce n'était plus son beau chevalier d'autrefois, et renonça désormais à le visiter, pour ne pas déplaire à Dieu et à l'ami de Dieu. Plus tard, il s'enferma dans une caverne, où il n'avait pour Ht qu'une froide pierre. Il jouit avec délices de ce gîte solitaire pendant quatre années entières, et n'en
Saint David moine
et évèque.
sortit que deux fois pour aller protéger son monastère contre les violences et les spoliations. Il vint mourir à Dol, dans cette Àrmorique qu'il avait toujours aimée et où il se plaisait à envoyer en temps de disette, pour le soulagement de ses compatriotes bretons d'outre-mer, des convois de grains que lui fournissaient les travaux de sa communauté galloise l. David est beaucoup plus connu que son condisciple Iltut ; il est resté populaire chez les habitants des pays de Galles, et Shakspeare nous apprend que, même depuis la Réforme, les Gallois ont conservé l'habitude de porter une feuille de poireau dans la coiffure le jour de sa fête*. Son histoire a été souvent
1. Princeps militise et tribunus... miles olim celeberrimus... Accipitrem per volatiles instigabat... Astabat Angélus ammonens : Te quoque muliebris amor occupât... uxor est décora sed castimonia est melior. . Uxore consociante et armigeris... composuit tegmen ex arundineto ut non plueret super lectura... Mulier licet induta finxit se frigescere cum tremulo pectore, quatenus posset in lecto denuo collateralis jacere... Operatus est immensam fossam limo et lapidibus mixtam, quam retruderet irruentem undam . . Ubi operosum vidit fossorem per assidua fossura lutulentum peri'aciens .. inquisivit ab eo suave colloquium .. Conspexit illa vilem habitum... non sicut antea viderat militem speciosum... Remansit itaque... nunquam amplius visitans eum, quse nolehat displicere Deo et Dei dilectissimo... Tota nocte jacebat super frigidampetram... quasi diceret:
Hoc lapis in lecto positus sub pectore nostro, Hec mea dulcedo : jaceam pro Numine sumroo. Mollis erit merccs ventura beala beato, Que manet in cœlo michi débita, quando redibo.
[Vita S. Ittuti, ap. Rees, op. cit., p. 45, 161-182 )
1 . Pistoi.. — Art thou of Cornish crew? King Henry. — No, I'm a Welshman.
Pistol. — Know'st thou Fluellen?
écrite l, el à travers les transformations de la légende il est facile d'y reconnaître l'empire salutaire d'un grand religieux et d'un grand évoque sur les âmes d'un peuple croyant, mais encore aux prises avec les instincts sauvages et sensuels qui ne se retrouvent que trop chez tous les hommes et tous les peuples, au centre de la civilisation comme au sortir de la barbarie. L'origine même du saint patron de la Cambrie, comme celle de sainte Brigitte, patronne de Tirlande, offre une preuve saisissante des ces mœurs à la fois violentes et corrompues. Il était Bis d'une religieuse que le roi du pays, un neveu du grand Arthur, avait rencontrée sur le grand chemin, qui l'avait ébloui par sa beauté et dont il avait fait sur
Kwg. — Yes.
Pistol. — Tell him, NI knock his leek about fais pâte, Upon Saint Davy's day.
Et ailleurs :
Fluellen . — I do believe, your majesty takes no scorn to wear The leek upon saint Davy's day.
Knrc. — I wear it for a mémorable honour :
For I am Welsh, you know, good coimtryman. (Ring Henry V.)
1. Notamment par un anonyme, dont le franciscain Colgan a publié une première version dans ses Acta sanctorum Bibernix, t. I. Ricemareb, successeur de David comme évêque de Menevia vers 1085, a fait de cette première vie une version beaucoup plus complète, que Rees a publiée dans ses JJves of Cambro-British saints. Un autre de ses successeurs, le fameux Giraldus Cambrensis, a aussi écrit une vie de saint David, laquelle se trouve dans Wharton, Anglia Sacra, t. II. Il règne une grande incertitude sur la date et la durée de la vie de ce saint; selon Usserius, elle se placerait entre 472 et 554 ; selon les Bollandistes, entre 447 et 544 ; selon d'autres, entre 484 et 566.
moines u'occ. ui. 4
Pheure la proie de sa passion1. Ce crime est raconté par tous les biographes, si prodigues d'épithètes laudatives ou vitupératives, sans la moindre expression de surprise ou d'indignation. Le scribe Paulinus, dont le nom indique une origine romaine et que l'on sait avoir été disciple de saint Germain d'Àuxerre, fut chargé de l'éducation du jeune David, qui fut aussi prolongée etaussi complète que possible1. 11 sortit de ses mains revêtu du sacerdoce et voué à une sorte de vie monastique qui n'excluait ni des voyages perpétuels, ni une grande action sur les hommes et ii est les choses du dehors. On constate la double influence
le
Benoit qu'il sut exercer sur ses compatriotes, en dirigeant ia cambrie. les uns vers la viecénobitique, en armant les autres des vertus et des enseignements propres à les faire triompher des dangers de la vie séculière. C'est par ce dernier côté qu'il diffère de son illustre contemporain saint Benoît, dont il se rapproche par tant d'autres traits. Comme Benoît, il fonde, presque à la fois, douze monastères ; comme Benoît, il voit des femmes éhontées provoquer, par leurs voluptueux ébats, la chute de ses jeunes disciples ; comme Benoît, des
1. Invenit rex obviam sibi sanctaui monialem, Nonnitam virginem, puellam pulcbram nimis et decoram, quamconcupiscens tetigit vi oppressant. Ricemaucii, éd. Rees, p. 119. — In quara ut oculos injecit, in cupidinem ejus medullilus exardens, statim equo dilapsus, virgineis amplexibus est delectatus. Gibalmts, p. 629.
2. Qui que eura docuit in tribus partibus lectionis, donec fuit scriba ; mansit ibi multis annis legendo, implendoque quod legebet. Ricemarcbj p. 122.
traîtres, au sein même de sa propre communauté, tentent de l'empoisonner1. Enfin, comme Benoît, il impose à ses religieux une règle qui proscrit sévèrement le pécule et fait une obligation stricte du travail manuel et intellectuel. Le travail agricole était si rigoureux, que les moines gallois devaient non-seulement scier le bois et bêcher la terre, mais même labourer eux-mêmes, attelés à la charrue, sans l'aide de bœufs. Chacun doit être à soi-même son bœuf, dit l'historien. À peine ce labourage terminé, ils rentraient dans leurs cellules pour y passer le reste du jour à lire ou à écrire ; et là encore, il fallait savoir s'arrêter avant même de terminer une lettre commencée, pour répondre au premier coup de cloche qui annonçait l'office1.
Au milieu de ces rudes labeurs l'abbé David
i. Gonvocatis ancillis : Ite, inquit uxor satrapae, ad flumen Alum, et, nudatis corporibus, in conspectu sanctorum ludite... Andllae obediunt... impudicos exercent ludos... concubitus simulant Uandos... monaehorum mentes quorumdam ad libidines protrahunt, quorumdam molestant. Cuncti vero discipuli ejus dixerunt David : Fugiamus ex hoc loco, quia non possumus hic habitare propter molestiam muliercularum malignantium. Diaconus qui pani ministrare consuluerat, panem veneno confectum mensa imponit, oui coquus et œconomus oonsenserant. Ricbmaacii, p. 125, 131.
2. Pede manuque laborant, jugum ponunt in numéro, suflbssarias verangasqueinvicto brachio terre defigunt, sarculos serrasquead succi* dendum sanctis ferunt manibus... Boum nuila ad arandum cura introducitur. Quisque sibi et fratribus divitise, quisque et bos... Peracto rurali opère, totam ad vesperam pervagabant diem aut legendo aut scribendoaut orando... vespere cum nolepulsus audiebatur, quisquis studium detexebat, si enim auribus cujuscumque puisus resonaret, scripto tune litere apice vel etiam dinridia ejusdem litere, figura citius
était sans cesse en lutte avec les satrapes et les mage*, ce qui veut dire sans doute avec les chefs de clan et les druides, qui n'avaient pas été anéantis en Bretagne, comme en Gaule, par la conquête romaine1 et dont les derniers survivants ne pouvaient voir qu'avec répugnance le progrès des institutions monastiques . Mais la sphère de son influence et de son activité devait s'étendre au delà de celle de ses preti va miers travaux. Ayant été en pèlerinage aux lieux
à Jérusalem
et en revient saints, il en revint avec * le caractère archiépis-
archevéqne.
copal, qui lui avait été conféré par le patriarche de Jérusalem*. De retour dans sa patrie, il y fut reconnu pour métropolitain de toute la partie de l'île que les Saxons n'avaient point encore envahie, dans deux conciles très -nombreux8, où il eut l'honneur de porter le dernier coup à l'hérésie pela-
assurgentes... ecclesiam petunt, eam incompletam dimittebant. » Ibid., p. 127. Je reproduis littéralement le latin, souvent très-singulier, de l'évèque Ricemarch. On le verra plus loin y ajouter du grec de sa façon.