Cf. Bollaï!D., Act. SS. Martii, 1. 1, p
3. A Brèves, en 519, et à Victoria en 526. Les expressions de Ricemarch, sur ce dernier synode, méritent d'être remarquées, parce qu'elles constatent la présence des abbés à côté des évêques du concile, et la reconnaissance incontestée de l'autorité romaine. Reste à savoir si cet écrivain du onzième siècle n'a point attribué les usages de son temps à une époque antérieure, « Alia synodus. . . in qua collecta episcoporum, sacerdotum, abbatum turba.., cunctorum consensu... omnium ordinum totius Britanniae gentis archiepiscopus constitutus... Ex his duabus synodis omnes nostrœ patriae ecclesiœ modum et régulant Romana auctoritate receperunt. »
David.
gienne qui s'était ranimée depuis les missions de :;,9. saint Germain,
L'un de ces conciles reconnut en son honneur un Droit d'utie droit d'asile, signalé, par les anciens auteurs, comme en ttour de le plus respecté et le plus complet qui existât en Bretagne, et qui créait pour tous les délinquants poursuivis un refuge inviolable partout où il y avait un champ donné à David1. C'est un des premiers exemples, conféré à un établissement monastique, du droit d'asile, depuis trop répandu, et à la fin du moyen âge si scandaleusement abusif, mais, à cette époque reculée, si précieux et si tutélaire. Qui ne comprend combien les poursuites criminelles étaient alors irrégulières et brutales ; combien de viles et violentes passions en usurpaient les dehors ; et combien la justice elle-même et l'humanité avaient à se réjouir de voir la religion étendre ses mains maternelles sur un innocent éperdu, et même sur un coupable digne d'excuse ou d'indulgence !
1. Dederuntque universi episcopi manus et monarchiam, et bragminaîionem David agio, et consenserunt omnes licitum esse refugium ejus ut daret illud omni stupro et homicide et peccatori, omnique maligno fugienti de loco ad locum pro omni sancto ac regibus et hominibus totiusBritannise insulse in omni regno, et in unaquaque regione in qua sit ager consecratus David agio. Et nulli reges neque seniores. neque satrapœ, sed neque episcopi principesve ac sancti audeant prae David agio refugium dare ; ipse vero refugium ducit ante unumquemque hominem , et nemo ante ipsum , quia ipse est caput et previus ac bragmaticus omnibus Brittonibus. Et statuerunt omnes sancti anathema esset et maledictum, quisquis non servaverit illud decretum scilicet refugium sancti David. Ricemarcb, p. 140.
David reprit ensuite le cours de ses fondations monastiques et ecclésiastiques1, et releva une première fois de ses ruines l'église de Glastonbury, de façon qu'elle pût servir de sépulture à son cousin le roi su. Arthur4. Lui-même mourut plus que centenaire, entouré d'hommages et chef réel de la nation bretonne*. Il fut enterré dans le monastère de Menevia, qu'il avait construit à l'extrémité méridionale du pays de Galles, en face de l'Irlande, sur un site qu'avait désigné, trente ans auparavant, saint Patrice, l'apôtre de cette île. C'était de toutes ses fondations la plus chère, et il y avait établi le siège d'un diocèse, qui a pris et gardé son nom. Le «eu Après sa mort, la tombe monastique du grand
de Sdev1enttu,c évêque, du grand chef breton, devint un lieu de pèle «atSnâi11* lerinage très-fréquenté. Ce ne furent pas seulement les Gallois, les Bretons, les Hibernois et autres chrétiens de race celtique qu'on y vit affluer : trois rois anglo-normands, Guillaume le Conquérant, Henri II et Edouard Ier, y vinrent à leur tour. David fut canonisé par le pape Calixte H, en 1120, à une époque où le pays de Galles maintenait encore son indépendance. Il devint à partir de ce moment et il est resté jusqu'à nos jours le patron de laCambrie. Un groupe d'édifices religieux à moitié ruinés, mais qui forment un
1. Per cuncta totius patriae loca monasteria construxerefratres... quanta monachorum examina seminavit.
2. RicrafARCH, p. 123. Dogdajle, t. I, p. 1 à 7. Bollakd., IôC. cU.
3. Omni? Britanni© pentis canut et patrire honor. Rees, p. 140.
de la Cambrie.
des ensembles les plus solennels et les moins visités de l'Europe, entoure encore la vieille cathédrale qui porte son nom; elle couronne le promontoire imposant qui s'avance comme un bec d'aigle au sud-ouest de la principauté de Galles et qui mériterait encore mieux que les deux caps analogues en Gornouaille et en Armorique le nom de Finistère4.
Aussitôt après la période remplie dans les annales Uf«de de la Gambrie par le roi Arthur et le moine-évéque ***"< <***, David, on voit s'élever un autre saint monastique et »t-5W patriotique, lui aussi, longtemps populaire chez les Bretons du pays de Galles et qui l'est resté jusqu'à nos jours chez les Bretons d'Armorique. C'est saint Gadoc ou Kadok, personnage chez qui il serait trèsdifficile de distinguer exactement la part de l'histoire et celle de la légende, mais dont la vie a laissé dans les races celtiques une trace assez profonde pour nous permettre de lui emprunter divers traits, propres à nous représenter la foi et les mœurs de ces races et de ces temps1. Son père, Gundliew ou Guen-Liou, surnommé le Guerrier, l'un des roitelets de la Gambrie méridionale, ayant entendu vanter la beauté de la fille d'un chef voisin, l'avait fait enlever
1. Un groupe de rochers qui avoisinent ce promontoire s'appelle encore VÉvêque et ses clercs. On y est à peu de distance au nord de la célèbre rade de Milford-Haven et des grands chantiers de la marine anglaise à Pembroke.
2. Vita S. Cadoci, ap. Rees, op. cit., p. 22-96. — Hersabt de la Villemarqué, la î/gende celtique, p. 127 à 227.
par une bande de trois cents vassaux au milieu de
ses sœurs et devant la porte de sa chambre dans le
château de son père1. Le père courut à la rescousse
ai» de sa fille avec tous ses vassaux et alliés, et atteignit
d'une princesse # .
enlevée bientôt Guen-Liou qui chevauchait avec la jeune
et d'un roitelet # * /
pillard. princesse en croupe, mais en marchant à petits pas afin de ne pas la fatiguer. La rencontre ne lui fut pas favorable : deux cents des siens y périrent, mais il réussit à s'en tirer sain et sauf, ainsi que sa belle, dont il lui fallut ensuite dérober les attraits à la passion du roi Arthur* ; car ce grand roi est loin de jouer dans toutes les légendes monastiques le rôle chevaleresque et désintéressé que lui attribua plus tard le cycle des traditions nationales et européennes dont il est le héros. De ce rude guerrier et de cette belle prisonnière devait naître celui qu'on a appelé le docteur de la race cambrienne et qui a fondé le grand établissement monastique dont le nom s'est déjà trouvé sous notre plume. La nuit même de sa naissance, les
1. Talgarth, à neuf milles de la ville actuelle de Brecknock. La belle princesse s'appelait Gwladys, dont on a fait en latin Glafasa, et son père Brychan ou Brachan.
2. Puellam eleganti quidem specie, sed et forma valde decoram... Virginem ante conclavis suœ januam cum ipsius sororibus sedentem pudicisque sermonibus vacantem... statim vi capientes obstinato cursu regrediuntur... Gundlaus... jussit puellam atterri... haud fugtendo, sed pedetentim secum gestàns adolescentulam in equo... Ubi corpore incommis cum pnenotata virgine... terminos su» terne attigisset... ecce Artburus:... Scitote me vehementer in concupiscentiam puelUe hujus quam ille miles equitando devehit accendi. Vita S. Cadoci, ap. Rus, p. 23.
soldats, ou pour parler comme la légende, les voleurs (latrones) du roi son père, que celui-ci envoyait à droite et à gauche pour piller ses voisins, avaient volé la vache laitière d'un saint religieux irlandais, lequel n'avait, lui et ses douze disciples, pour toute nourriture, que le lait abondant de cette vache. Informé de ce vol nocturne, il se lève, se chausse en toute hâte, et court ré* clamer sa vache chez le roi qui dormait encore. Celui-ci profite de l'occasion pour faire baptiser le nouveau-né par le pieux solitaire, et, de plus, lui fait promettre de se charger de l'éducation et de la vocation future de l'enfant. L'Irlandais lui donna le nom de Cadoc, ce qui, en celtique, signifiait le Belliqueux ; puis, ayant récupéré sa vache, il s'en alla attendre dans sa cellule le fils du roi, qui ne lui fut envoyé qu'à l'âge de sept ans, et déjà initié aux exercices de la guerre et de la chasse1.
Le jeune prince passa douze ans auprès du moine irlandais dont il allumait le feu, dont il faisait la cuisine, et qui lui enseignait la grammaire d'après Priscien et Donat*. Préférant au trône de son père
1 . Satellites suos ssepius ad rapinam et latrocinia instigabat. . . Quidam ex Gundleii latronibus ad quoddara oppidum... furandi causa pervenerunt, quos prenotatus Gundleius rei fures diligebat, eosque saepius ad latrocinia instigabat... Surge velociter... et calcia caligas tuas, nam bos tua a furibus exstat ablata... ad triclinium in quo dormierat rex... adepta proedicta bove. Rees, p. 85, 25, 27.
2. Tibi filium meura commendo... utiluim liberalibus artibus divinisque dogmatibus erudias... Illum Donato, Priscianoque, neenon aliis artibus, per annos duodecim diligentius instruxit. P. 28.
iieré la vie solitaire, il alla s'y former en Irlande, pen- ^Mudais!™ dant trois ans, à Lismore, école monastique déjà célèbre; puis revint en Cambrie, pour y continuer ses études, auprès d'un fameux rhéteur breton, nouvellement arrivé d'Italie, qui enseignait le latin et les arts libéraux d'après les bonnes méthodes de Rome1. Ce docteur avait plus d'élèves que d'argent : la famine régnait dans son école. Un jour le pauvre Gadoc, qui était sans doute à jeun, apprenait sa leçon dans sa cellule assis devant une petite table et la tête entre ses deux mains : tout à coup une souris blanche, sortant d'un trou du mur, sauta sur la table et y déposa un grain de blé; puis, ne pouvant attirer l'attention de l'écolier, elle revint avec un second grain, puis un troisième, puis un quatrième et en déposa ainsi jusqu'à sept sous les yeux de l'étudiant. Alors Gadoc se levant suivit la souris dans un caveau où était déposé un énorme monceau de blé". Ge froment, présent de la Providence, servit à la nourriture du maître et de ses disciples, et, selon le vœu de Gadoc, fut partagé avec tous ceux qui souffraient de la faim.
Bientôt résolu à embrasser la vie monastique, il alla s'enfoncer dans une forêt, où, après avoir manqué d'être assassiné par le pâtre armé qui y gardait
1. Ab illo Romano more latinitate doceri non minimum optavit. Vit a, c. 8.
2. Mus septies eundo et redeundo totidem triticea in suo volumine abdidit, aniraadvertens indicio divinam sibi adesse miserationem. Ibid
monastique pays de Galto.
les porcs d'un chef voisin, il vit, auprès d'une fontaine oubliée, un énorme sanglier devenu tout blanc par Page, sortir de sa bauge, faire trois bonds l'un uJ^J^ après l'autre, s'arrétant chaque fois pour se retour* **£?$?* ner et regarder d'un air furieux l'étranger qui ve- * d" J*1** nait troubler son gîte. Gadoc marqua avec trois •JJJJJJ^JJ^ branches l'emplacement des trois bonds du sanglier qui devinrent plus tard le site de l'église, des dortoirs et du réfectoire de la grande abbaye de Llancarvan , dont Gadoc Ait le fondateur. Elle tire son nom (Ecclesia Cervorum) de la légende célèbre dont nous avons déjà parlé l, et d'après laquelle deux cerfs de la forêt voisine étaient venus un jour remplacer deux moines paresseux et indociles qui avaient refusé de se rendre au travail exigé pour la construction du monastère, en disant : « Sommesnous donc des bœufs, pour qu'on nous attelle ainsi à des chariots et qu'on nous fesse traîner des poutres»? »
Llancarvan ne fut pas seulement un grand atelier où de nombreux religieux, assujettis à une règle très-sévère, courbaient leurs corps sous le joug d'une fatigue continuelle en défrichant les forêts et en cultivant les champs ainsi défrichés. C'était encore une grande école religieuse et littéraire où l'on menait de front l'étude et la transcription de l'Écriture