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CHAPITRE II

Columba émigré en Calédonie. — L'île sainte d'Iona.

Aspect de l'archipel des Hébrides. — Columba débarque d'abord à Oronsay, mais s'en éloigne parce qu'il peut encore apercevoir l'Irlande. — Description diona. — Premières constructions du nouveau monastère. — Ce qu'il en reste. — Enthousiasme de Johnson en y débarquant au dix-huitième siècle. — Columba regrette amèrement sa patrie. — Élégies passionnées sur les douleurs de l'exil. — Note sur le poème de V Al tus. — Preuves de la persévérance de ce regret patriotique dans sa biographie. — La cigogne venue d'Irlande à Iona.

Qui n'a pas vu les îles et les golfes de la cote occidentale de l'Ecosse, qui n'a pas vogué dans cette sombre mer des Hébrides, ne saurait guère s'en représenter l'image. Rien de moins séduisant, au premier abord, que cette âpre et solennelle nature. Le pittoresque y est sans charme, et la grandeur sans grâce. On parcourt tristement un archipel d'îlots déserts et dénudés, semés, comme autant de volcans éteints, sur des eaux mornes et ternes, mêlées parfois de courants rapides et de gouffres tournoyants. Sauf les jours si rares où le soleil, ce pâle soleil du Nord, vient raviver ces parages, l'œil erre sur une vaste surface d'eau noi^ râtre, entrecoupée çà et là par la crête blanchissante

des vagues, ou par la ligne écumeuse de la houle qui se brise ici contre des récifs allongés, là contre d'immenses falaises, et dont on entend bruire au loin le mugissement lugubre. A. travers les brumes et les pluies incessantes de ce rude climat, c'est à peine si l'on aperçoit les sommets des chaînes de montagnes, dont les versants abrupts et déboisés baignent leur base dans ces froides ondes toujours agitées par le choc des courants contraires et les tourbillons de vent qui jaillissent des lacs ou des étroits défilés de l'intérieur. La mélancolie du paysage n'est relevée que par la configuration particulière de ces côtes déjà remarquée par les anciens auteurs, par Tacite surtout, et qui ne se retrouve qu'en Grèce et en Scandinavie1. Comme dans les fiords de la Norvège, la mer creuse et découpe les bords des îles et du continent voisin en une foule d'anses et de golfes d'une profondeur étrange, et aussi étroits que profonds*. Ces golfes prennent les formes les plus variées, en pénétrant par mille replis tortueux jusque * dans le centre des terres, comme pour se con-

i. Nusquam latius dominari mare, multum fluminum hue atque illuc ferre, née littore tenus aderescere aut resorberi, sed influere penitus atque ambire, etiam jugis atque montibus inseri yelut in suo. Tacite, Agricole vita, c. 10. — Diversorum prolixioribus promontoriorum tractibus, quae arenatis Oceani sinibus ambiuntur. Gildas, t. III, p. H, éd. Stevens.

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