‹ Les moines d'OccidentChapitre 64 sur 113 · O'Dosovaj's, Four msiers, 1. 1, p. 25 et · texte numérisé non relu

O'Dosovaj's, Four msiers, 1. 1, p. 25 et

du plomb, en vue de terre, leurs compatriotes disaient qu'il faudrait l'appeler, non plus saint Columba, mais saint Quhalme1, <»mme qui dirait : le saint de la Mort subite.

Les peuples ont besoin de croire à ces vengeances de Dieu, toujours trop lentes et trop rares, et qui, en Irlande surtout, ont à peine illuminé d'un éclair fugitif la nuit séculaire des crimes et des iniquités de la conquête. Heureuses encore les nations, où l'éternelle légitimité de l'appel contre le mensonge et le mal se place sous l'abri de Dieu et de ses saints! Heureux aussi les saints qui ont laissé à la postérité la mémoire de leur indignation contre l'injustice ! Leur gloire nen demeure que plus pure et plus tu tel aire ; témoin celle de notre Columba, dont l'effigie se voyait avant-hier, après treize siècles écoulés, à côté de celle de saint Patrice, de la Harpe d'Érin et de l'Arbre de la liberté, sur les bannières arborées par les patriotes irlandais dans leurs démonstrations contre la suprématie britannique*.

Tant que le corps de Columba reposa dans son tombeau insulaire, Iona, désormais consacré par la vie et la mort d'un si grand chrétien, demeura le

1 Quhalme en anglo-saxon signifiait mort suinte, d'où qualm en anglais moderne pour défaillance, tourment.

2. Compte rendu du meeting des Nationalistes, tenu le 4 octobre 1865 sur la montagne de Killeen, au comté de Tipperary, dans le Cork Herald. La bannière représentait un arbre de la liberté flanqué des deux saints, Patrice et Columba, et avec la harpe d'Trlande au-dessous.

sanctuaire le plus vénéré des Celtes. Iona fui donc , pendant deux siècles , la pépinière des évêques, le centre de l'éducation, l'asile de la science religieuse, le point d'union entre les îles Britanniques, la métropole et la nécropole de la race celtique. Soixante-dix rois ou princes y furent enterrés aux pieds deColumba, fidèles à une sorte de loi traditionnelle dont Shakspeare a consacré le souvenir1. Iona conserva, pendant ces deux siècles, une suprématie incontestée sur tous les monastères et toutes les églises de la Galédonie, comme celles d'une moitié de l'Irlande1, et nous la verrons disputer longtemps la suprématie religieuse des Anglo- Saxons du Nord aux missionnaires romains. Plus tard encore, s'il nous est donné de poursuivre jusquelà ce récit, nous verrons à la lin du onzième siècle ses ruines relevées et restituées à la vie claustrale par l'une des plus nobles et des plus touchantes héroïnes de l'histoire d'Ecosse et de la chrétienté: par la sainte reine Marguerite, cette douce et noble exilée,

Suprématie

d'Iona

sur les église»

celtiques.

Where is Duncan's body ?

Macdoff. Carried to Colmes-Kill,

The sacred store house of his predecessors, And guardian of their bones.

SjMksrEARB, Macbeth.

2. Plurima exinde monasteria per discipulos ejus in Britannia et in Hibernia propagata sunt : in quibus omnibus idem monasterium insulamim, in quo ipse requiescit corpore, principatum tenet. Bedf, III, i. — Cujus monasterium in cunctis pêne septentrionalium Scotorum et omnium Pictorum monasteriis non parvo tempore arcem tenebat regendisqne eorum populis pneerat. M., UT, 5.

si belle, si sage, si magnanime, si aimée, qui n'usa de son ascendant sur le roi Malcolm, son mari, que pour régénérer l'Église dans son royaume, et dont la chère mémoire méritait d'être associée dans le cœur du peuple écossais à celle de Columba, puisqu'elle obtint par son intercession cette grâce de la maternité qui a fait d'elle la tige de la dynastie qui règne encore sur les îles Britanniques1.

Rappelons ici le privilège qui conférait aux abbés d'Iona une sorte de juridiction sur les évéques des régions voisines'; privilège unique, et qui paraîtrait fabuleux, s'il n'était attesté par deux des historiens les plus véridiques de ces temps : le Vénérable Bede etNotker de Saint-Gall.

1. Orderic Vital, 1. VIII, p. 702, éd. Duchesne; Fordoh, Scotichronicon., V, 37. — On voit encore au sommet du pittoresque rocher que surmonte le château d'Edimbourg, la chapelle récemment restaurée par ordre de la reine Victoria, dédiée à sainte Marguerite. C'est la Minerve chrétienne de cette acropole du Nord.

2. Habet insula rectorem semper abbatem presbyterum, cujus jur omnis provincia, et ipsi etiam episcopi, ordine inusitato, debeant esse subjecti. Bede, 1. III, 4. — Cf. Anglo-Saxon chronicle, ad an. 565, éd. Giles. — In Scotia insula Hibernia depositio sancti Columbse, cognomento apud suos Columb-Killi, eo quod multarum cellarum, id est monasteriorum vel ecclesiarum institutor, fundator et rector exstiterit adeo ut abbas monasterii, cui novissime prafuit et ubi requiescit, contra morem ecclesiasticum primus omnium hibernensium habeatur episcoporum. Notker Balbulds, Marlyrologium. — M8billon cite un diplôme de l'abbaye irlandaise de Honau en Allemagne, où la signature de l'abbé précède celle de sept évoques, tous à noms celtiques. Annales Benedictim, t. Il, Append., p 700. — Quels étaient les évoques soumis à la primauté d'Iona? S'il fallait en croire Golgân, — in prxf., Triad. Thanm., preerogativo forte jure pari legimusconcessum.,

Or, pour s'expliquer cette étrange anomalie, il faut se dire que dans les pays celtiques, en Irlande et en Ecosse, l'organisation ecclésiastique reposa d'abord exclusivement sur la vie conventuelle. Les diocèses et les paroisses n'y furent régulièrement constitués qu'au douzième siècle. Il y eut dès l'origine des évêques, mais dépourvus de toute juridiction territoriale nettement déterminée, ou bien, en Irlande surtout, incorporés, comme un rouage nécessaire mais subordonné, aux grands corps monastiques. C'est pourquoi, comme on l'a déjà remarqué, les évêques de l'Église celtique paraissent fort effacés, non-seulement auprès des grands fondateurs et supérieurs de monastères, tels que Golumba, mais même auprès des simples abbés1. Néanmoins, on voit que du vivantdeGolumba, celui-ci, bien loin d'affecter unesuprématie quelconque sur les évêques contemporains, leur témoignait le plus profond respect, au point de ne pas vouloir célébrer la messe en même temps qu'un évêque, qui était venu, humblement déguisé en simple prosélyte, visiter la communauté d'Iona*.

quod ejus abbas primatum et pracedentiam babeat ante omnes Scotorum episcopos, — il faudrait supposer que tous les évêques d'Irlande et de la Calédonie lui étaient soumis.

1. Voir le trait curieux rapporté dans Adamnan (1, 36), où l'on voit un évêque hésiter à conférer la prêtrise à Aïdus le Noir avant d'y être autorisé par l'abbé de Tirée, cella insulaire dépendante d'Iona. — Episcopus non ausus est super caput ejus manum imponere, nisi prius presbyter Findchanus... suam capiti ejus pro confirmatione imponeret dextram.

2. Quidam proselytus ad sanctum venit qui se in quantum potuit

298 SAINT COLUNBA,

Du reste, les abbés s'abstenaient scrupuleusement de toute usurpation du rang, des privilèges ou des fonctions réservés aux évêques; ils avaient recours à ceux-ci pour toutes les ordinations célébrées dans les monastères1. Mais comme la plupart des évêques avaient été élevés dans les écoles monastiques, ils conservaient pour leur berceau une vénération affectueuse qui, à l'égard d'Iona spécialement, d'où nous verrons sortir tant d'évêques, a pu se traduire en une sorte de soumission prolongée à la juridiction conventuelle de leur ancien supérieur claustral. Cinq siècles plus tard, les évêques sortis des grandes abbayes françaises de Cluny et de Cîteaux se plaisaient à professer la même subordination filiale à l'égard de leur berceau monastique.

D'ailleurs en ce qui touche la primauté incontestée d'Iona sur les évêques qui y avaient pratiqué la vie religieuse ou qui venaient s'y faire sacrer après leur élection, elle s'explique par l'ascendant de Columba sur le clergé et les populations du pays qu'il avait évangélisé, ascendant qui ne fit que s'accroître après sa mort, coiumba Le grand abbé d'Iona laissa-t-il à ses disciples,

fut-il l'auteur ° .

d'une régie comme son homonyme de LuxeuiL une règle monas-

particulière? J 7 °

tique rédigée par lui et distincte de celle qui était

occultabat humiliter, ut nullus sciret quod esset episcopus. Abàmn . ï,4i.

i. Accito episcopo... apud supradictum Findchanum presbyterordinatus est. /<?., I, 36.

suivie dans les autres monastères celtiques? On l'a souvent affirmé, mais sans preuves positives; et, dans tous les cas, il n'en reste aucun texte authentique1. Le document qu'on lui a quelquefois attribué sous le nom de Règle de Columb-Kille ne se rapporte en aucune façon aux cénobites d'Iona et ne peut s'appliquer qu'aux anachorètes ou reclus qui vivaient peut-être sous son autorité, mais isolés, et qui ont toujours été fort nombreux en Irlande'.

Un examen aussi consciencieux qu'attentif de toutes les particularités monastiques que l'on peut

1. Colgan [Trias Thaum., p. 471) et Hœften [DisqutiUiones monasticfe, 1. I, tir. 8, p. 84) ont eu entre les mains le texte d'une règle attribuée à Golumba et réimprimée par Reeves, en 1850, mais tous deux ont reconnu qu'elle ne pouvait s'appliquer qu'à des anachorètes. Cf. O'Currï, lectures, p. 374 et 612. — L'existence de sa règle cénobitique n'a pour preuve que la mention qui en est faite par Bede dans le discours de Wilfrid à la célèbre conférence de Whitby entre les moines bénédictins et les moines celtiques, dont il sera question plus loin : « De Pâtre Vestro Columba et sequacibus ejus, quorum sanctitatem vos imitari et Regulam ac prsecepta cœlestibus signis confirma ta, » etc. — Mais, d'ailleurs, le mot Régula, si fréquent dans les vies des saints irlandais, ne peut guère s'entendre que par observance, discipline; chaque saint un peu considérable avait la sienne... Reeves a démontré que YOrdo monaxticus attribué à Columba par le dernier éditeur d'Holsteinus ne remonte pas au delà du douzième siècle.

2. Les reclus ou anachorètes qui passaient leur vie dans une cellule contenant un autel pour y dire la messe, tantôt isolée, tantôt adhérente à une église (comme celle de Marianus Scotus, à Fulde) , ont subsisté en Irlande pendant très-longtemps. Sir Henry Piers a constaté l'existence d'un de ces reclus et décrit sa cellule, dans le comté de Westmeath, en 1682. Reeves, Memory of the church of S. Jtoileeh, 1859.

relever dans sa biographie ' ne révèle absolument rien, en fait d'observances ou d'obligations, qui soit distinct des prescriptions empruntées par toutes les communautés religieuses du sixième siècle aux traditions des Pères du désert. Mais ce qui en ressort, c'est d'abord la nécessité du vœu ou de la profession solennelle pour constater l'admission définitive du religieux dans la communauté après une épreuve diversement prolongée*; c'est ensuite la conformité absolue de la vie religieuse suivie par Columba et ses moines avec les préceptes et les rites de l'Église catholique de tous les siècles. Des textes incontestables et incontestés démontrent l'existence de la confession auriculaire, l'invocation des saints, la confiance universelle en leur protection, en leur intervention dans les affaires temporelles, la célébration de la messe, la présence réelle dans l'Eucharistie, le célibat ecclésiastique, les jeûnes et les abstinences, la prière pour les morts, le signe de la croix et surtout l'étude assidue et approfondie de l'Écriture sainte*. Ainsi s'écroule la prétention avan-

1. Voir l'appendice N de l'édition de Reeves, intitulé : Institutio Hgensis. C'est un excellent résumé de tous les usages monastiques de l'époque.

2. Votum monacbiale voverunt.... votum monachicum devotus vovit. Adam5., 1, 31 ; II, 39.

3. Voici l'indication de quelques-uns des passages d'Adamnan qui démontrent notre assertion :

ÏjU Confession auriculaire, expressément indiquée dans l'histoire de Libranius, II, 39.

V Invocation des saints, à chaque page. Columba est même invoqué

cée par certains écrivains de trouver dans l'Église celtique on ne sait quel christianisme primitif en dehors du catholicisme; ainsi se trouve une fois de plus confondu ce préjugé ridicule, mais invétéré, qui accuse nos pères d'avoir ignoré ou interdit l'étude de la Bible.

Quant aux usages particuliers à l'Église irlandaise et qui donnèrent plus tard naissance à de si fatigantes contestations avec les missionnaires romains et anglo-saxons 9 on n'en découvre aucune trace dans les actes ou les paroles de Golumba. Il n'est pas question des fastidieuses luttes sur la tonsure, ni même de la célébration irrégulière de la Pâque, si ce n'est dans une prédiction faite vaguement par lui lors d'une visite à Glonmacnoise, sur les discordes que le dissentiment pascal ferait naître un jour dans l'Église scotique1.

Si Golumba n'écrivit point de règle, faite comme celle de saint Benoît pour traverser les âges, il n'en laissa pas moins à ses disciples un esprit de ordre ronde

j« i i» • i» • jv» . par Golumba.

vie, d union et de discipline qui suffit pour main- -

, . . Ses successeurs.

tenir en un grand corps, pendant plusieurs siècles

pendant sa vie. — Leur protection et leur intervention dans les affaires temporelles. II, 5, 13, 39, 40.

La célébration de fêtes et offices en leur honneur. II, 45 ; III, Il .

La présence réelle . . Tous les éléments de l'Eucharistie. A sancto tissus Christi corpus conficere... Eucharistie mysteria célébra re pro anima sancta. Colgan, Vita prima, c. 8. Cf. Adamn., III, 12.

Fa messe solennelle \e dimanche, III, 12 ; et aux autres jours, I, 40.

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