Discours sur l'histoire vniver selle
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face avec l'idolâtrie, ces étrangers suppliaient le vrai Dieu de sauver en même temps que leurs propres âmes toutes ces âmes pour l'amour desquelles ils s'étaient arrachés de leur cloître paisible à Rome et avaient tenté cette rude entreprise. Ils chantaient les litanies en usageà Rome, sur le rhy thme solennel et touchant que leur avait enseigné Grégoire, leur père spirituel et le père de la musique religieuse. À leur tête marchait Augustin, dont la haute stature et la prestance patricienne devaient attirer tous les regards, car il dépassait, comme Saûl, tous les autres de la tête et des épaules * .
Le roi, entouré d'un grand nombre de ses fidèles, les reçut assis sous un grand chêne, et les fit asseoir devant lui. Après avoir écouté le discours qu'ils lui adressèrent on même temps qu'à rassemblée, il leur fit une réponse loyale, sincère, et, comme on dirait aujourd'hui, vraiment libérale. « Voilà de belles pa- « rôles et de belles promesses : mais tout cela est notice veau et incertain pour moi. Je ne puis tout d'un « coup y ajouter foi , en abandonnant tout qe que « j'observe depuis si longtemps avec toute ma nation. « Mais puisque vous êtes venus de si loin pour nous « communiquer ce que vous-mêmes, à ce que je vois, « croyez être la vérité et le bien suprême, nous ne « vous ferons aucun mal; au contraire, nous vous
i. Beati Augustini formam etpersonam patriciam, staturam proceram et arduam, adeout ascapulis populo superemineret. Gotsel., Vita, c. 45.
r,(tt SAINT ATGUSTÏN
« donnerons l'hospitalité, et nous aurons soin de vous « fournir de quoi vivre; nous ne vous empêcherons « pas de prêcher votre religion, et vous convertirez « qui vous pourrez. » Par ces paroles, le roi leur signifiait l'intention de concilier la fidélité aux cou- |
tûmes nationales avec un respect pour la liberté des âmes que l'on retrouve trop rarement dans l'his- I
toire. L'Église catholique rencontrait ainsi dès ses '
premiers pas en Angleterre cette promesse de liberté qui a été pendant tant de siècles le premier article et le plus fondamental de toutes les chartes et de toutes les constitutions anglaises. |
Fidèle à cet engagement, Ethelbert permit aux missionnaires de le suivre à Cantorbéry, où il leur assigna une demeure qui s'appelle encore Stable Gâte, la porte de l'hôtellerie. Les quarante missionnaires firent dans cette ville une entrée solennelle, portant leur croix d'argent, avec le tableau sur bois où était peint le Christ, et chantant tous à l'unisson ce refrain de la litanie : « Nous te conjurons, Seigneur, par toute ta miséricorde, d'épargner dans ta colère cette cité et ta sainte maison, car nous avons péché. Alléluia. » C'est ainsi, dit un historien monastique, que les premiers pères et les premiers docteurs de la foi des Anglais entrèrent dans leur métropole future, et inaugurèrent le triomphant labeur de la Croix de Jésus *.
i. Ad jussionem régis résidentes, verbum Dei vitœ, una cum om- • nibus qui aderant ejus comitibus, predicarent... Pulchra sunt quidemverba et promissa. sed quia nova sunt et incerta... Necprohi-
DE CAMORBÉRV. 505
Il y avait hors de la ville, à l'orient, sous le vocable de saint Martin, une petite église, qui datait du temps des Romains, où la reine Berthe allait prier et pratiquer son culte. Ce fut là qu'Augustin et ses compagnons allaient, eux aussi, chanter leur office monastique, célébrer la messe, prêcher et baptiser1. Les voilà donc tranquilles, grâce à la munificence royale, sur les nécessités de la vie, munis du bien suprême de la liberté, et usant de cette liberté pour travailler à la propagation de la vérité. Il y vivaient, dit le plus véridique des historiens, delà vie des apôtres dans la primitive Église ; assidus à l'oraison, aux vigiles, aux jeûnes, ils prêchaient la parole de vie è tous ceux qu'ils pouvaient aborder, méprisant tous les biens de ce monde, n'acceptant de leurs néophytes que le strict nécessaire, vivant en tout d'accord avec leur doctrine, et prêts à tout souffrir comme à mourir pour la vérité qu'ils prêchaient. L'innocente simplicité de leur vie, la douceur céleste de leur doc-
bemus quin oranes quos potestis fidei vestrae religionis prœdicando societis... Crucem pro vexilla ferentes argenteam et imaginent Domini salvatoris in tabula depictam, lsetaniasque canentes. . Pro sua simul et eorum propler quos et ad quos vénérant salute alterna... consona voce... B de, I, 25. — Tait devotione proto-doctoribus et in iide Christi proto-patribus Angliœ metropolim suam cum triumphali crucis labore ingredientibus : Aperite portas, etc. Gotseuxos, Historia minor de vita S. Aug., c. 12.
i. L'église actuelle de Saint-Martin, reconstruite au treizième siècle, occupe l'emplacement de celle qui est consacrée à jamais par le double souvenir de la reine Berthe et de l'archevêque Augustin. On y montre même les fonts de baptême où, selon la tradition, eut lieu T immersion du roi Ethelbert.
5fifi
SALNT AUGISTLN
le I »i in temps
de l'Église
en Angleterre.
Caplême
du roi
Ethelberl.
Irine, parurent aux Saxons des arguments d'une invincible éloquence; et chaque jour voyait croître le nombre de coux qui demandaient le baptême l.
Il y a de ces beaux jours au début de toutes les grandes entreprises ; ils ne durent point, grâce à rintîrmité lamentable et incurable des choses humaines. Mais il importe de ne les jamais oublier et de les honorer toujours. Ce sefnt les fleurs du printemps des belles vies. L'histoire n'a pas de mission plus salutaire que de nous en faire respirer le parfum. L'église de Cantorbéry a connu pendant ihille ans des splendeurs salis pareilles; aucune Église dans le monde, après l'Église de Rome, n'a été gouvernée par de plus grands hommes, n'a livré de plus glorieux combats. Mais rien dans ses éclatantes annales ne saurait éclipser la douce et pure lumière de cet humble berceau, de ce cénacle où une poignée d'étrangers, de moines italiens, abrités par l'hospitalité généreuse d'un roi honnête homme, et guidés par l'inspiration du plus grand des Papes, s'occupaient, dans la prière, l'abstinence et le travail, de conquérir les ancêtres d'un grand peuple à Dieu, à la vertu, à la vérité.
Le bon et loyal Ethelbert ne les perdait pas de vue: bientôt, charmé comme tant d'autres par la pureté de leur vie et séduit par les promesses dont
1 . Paratum ad patiendum adversa quœquc, vel etiam ad moriendum uuimum liabendo... Mirantes simplicitatem innocciitis vitss ac dulcedinern doctrinse eorum cœlestis. Bede, I, 26.
DE CAJ.TORBÉRY. 507
plus d'un miracle attestait la vérité, il demanda et reçut le baptême des mains d'Augustin. Ce fut le jour *?n. de la Pentecôte de l'an de grâce 597 que ce roi anglo-saxon entra ainsi dans l'unité de la sainte Église du Christ. Depuis le baptême de Constantin, et si l'on excepte celui de Clovis, il n'y avait point eu d'événement plus considérable dans les annales de la chrétienté1. Une foule de Saxons suivirent l'exemple de leur roi et les missionnaires monastiques sortirent de leur premier asile pour prêcher de tous les côtés en construisant çà et là des églises. Le roi, lidèlc jusqu'au bout à ce noble respect de la conscience d'autrui dont il avait donné l'exemple avant même d'elle chrétien, ne voulut* contraindre personne à changer de religion. Il se bornait à aimer davantage ceux qui, baptisés comme lui, devenaient ses concitoyens dans la patrie céleste. Le roi saxon avait appris des moines italiens que nulle contrainte n'est compatible avec le service du Christ*. Ce ne fut pas pour unir l'Angleterre à l'Église romaine, ce fut pour l'en