I. S. GnECou , Epist., VIII, 30. — Stanleï, op. cit., p
DE CÀ.NTORBÉRï. 569
palais dans la ville de Cantorbéry et en établissant désormais sa résidence royale à Reeulver, ancienne forteresse romaine sur la rive voisine de l'île où avait débarqué Augustin. A côté de la demeure du roi, transformée en monastère pour l'archevêque et ses religieux, et sur le site d'une vieille église du temps des Romains, on commença à construire une basilique destinée à devenir, sous le nom d'église du Sauveur ou du Christ (Christ Churck), la métropole de l'Angleterre1. Augustin en fut à la fois le premier archevêque et le premier abbé.
Le Pape avait d'abord désigné pour siège de la nouvelle métropole la cité de Londres, colonie romaine déjà célèbre du temps des empereurs, tandis qu'il n'avait peut-être jamais entendu parler de la résidence des rois saxons à Cantorbéry. Mais Londres n'était pas dans le royaume d'Ethelbert, et l'indication du Pape ne put prévaloir contre les motifs qui déterminèrent Augustin à prendre pour foyer de la vie religieuse en Angleterre la capitale du roi qui était devenu son prosélyte et son ami, ainsi que la région où il avait pris terre en abordant le sol britannique et dont les habitants l'avaient accueilli avec une sympathie si féconde*.
Mais les splendeurs et l'influence de la métropole
1. L'immense métropole actuelle de Cantorbéry, dont la reconstruction fut commencée au onzième siècle par Lanfranc, occupe remplacement de cette église primitive et du palais d'Ethelberl.
2. Gregor. Epist., XI, 65. — Wili.elm. Malmesluiuensis, de Gest- Reg., I, c. 4, et de Dorobernemibu* Episcopte, p. Ul.
moinks n'oc.c. m. 24
Abbaye
de
Saint
Augusliu-
leae-
Canlorbéry.
officielle devaient être pendant de longs siècles éclipsées dans l'opinion du peuple anglais et du monde chrétien par une autre fondation, également due à Augustin et à Ethelbert, au premier archevêque et au premier roi chrétien d'Angleterre. A Test de la cité royale et à moitié chemin de cette église de Saint- Martin ou la reine allait prier et où le roi avait été baptisé, Augustin, toujours à la recherche des vestiges que l'ancienne foi avait laissés dans la Grande- Bretagne, sut découvrir l'emplacement d'une église chrétienne, transformée en temple païen et entourée d'un bois sacré. Ethelbert lui abandonna ce temple avec tout le terrain environnant. L'archevêque en refit aussitôt une église qu'il dédia à saint Pancrace, jeune martyr de Rome, dont le souvenir était cher aux moines romains, parce que le monastère du mont Cœlius, d'où ils étaient tous sortis et où leur père Grégoire était né, avait été construit sur des terrains appartenant autrefois à la famille de Pancrace. Autour de ce nouveau sanctuaire, Augustin éleva un autre monastère, dont un de ses compagnons, Pierre, fut le premier abbé, et qu'il destinait à lui servir de sépulture, selon l'usage romain qui plaçait les cimetières hors des villes et au bord des grands chemins. Il consacra cette nouvelle fondation sous l'invocation des apôtres de Rome, Pierre et Paul ; mais c'est sous son propre nom que cette fameuse abbaye est devenue l'un des sanctuaires les plus opulents et les plus vénérés de la chrétienté, et qu'elle a été pendant plu-
DE CANTORBËRY. 371
sieurs siècles la nécropole des rois et des primats de l'Angleterre1, en même temps que le premier foyer de la vie religieuse et intellectuelle dans le midi de la Grande-Bretagne.
Il fallut sept années pour achever et consolider la création du monastère dont l'église ne put même être dédiée du vivant de celui dont elle devait prendre et garder le nom. Mais quelques mois avant sa mort, Augustin eut la satisfaction de faire sanctionner la
1. Les historiens ecclésiastiques ne tarissent pas en témoignages d'admiration pour cette immense maison, dont le patrimoine compta jusqu'à 11,860 arpents de terre et dont la façade avait 250 pieds de long. Peut-être Usait-on sur cette façade ces vers rapportés par un chroniqueur et qui rappellent l'inscription de Saint-Jean de Latran, à Rome :
Hoc caput Anglorura datur esse monasteriorum Regum cunctorum fons pontifie u m que sacrorum.
L'abbé de Saint-Augustin de Cantorbéry reçut du pape Léon IX, en 1055, le privilège de siéger à la première place après l'abbé du mont Cassin, dans les conciles généraux. — Le Monasticon Anglicanum de Dugdale, 1. 1, p. 23, donne une vue très-curieuse de l'état des ruines de cette abbaye vers le milieu du dix-septième siècle ; ou y distingue encore une grande tour dite d'Ethelbcrt, mais construite beaucoup plus tard. Dans un ouvrage spécial, intitulé : Vestiges of antiquities al Canterbury, par T. Hastings, 1813, in-folio, il y a des planches qui représentent avec beaucoup de détail les débris encore considérables, mais cruellement profanés ou abandonnés, qui subsistaient encore en 1812 ; la portion la mieux conservée servait alors de brasserie, accompagnée d'un cabaret et d'une enceinte destinée aux combats de coqs. Elle a été restaurée depuis peu, jusqu'à un certain point, grâce à la munificence de M. Beiesford Hope, et sert aujourd'hui de séminaire pour les missions anglicanes. — Cette maison a eu plusieurs historiens, entre autres William Thorne [de Spina), qui en fut abbé vers 1358, et surtout Thomas de Elmham, trésorier du monastère en 1407, dont là chronique a été éditée par M. Hardwick en 1858, pour la collection des kerum Britannicarum medii xvi Srriptores*
572 SALNT AHilSTl.X
fondation du premier monastère bénédictin d'Angleterre par la ratification solennelle du roi et des chefs de la nation qu'il avait convertie.
* janvier J^ charte de donation a été remise en lumière de
nos jours comme le plus ancien monument authentique de l'histoire religieuse et politique de l'Angleterre1. On nous saura gré d'en citer le texte et les témoins. Le roi anglo-saxon y paraît à la fois comme prince chrétien et comme chef de l'assemblée aristocratique dont le consentement était nécessaire à la validité de tous ses actes*. Il y parle ainsi :
«... Moi, Ethelbert, roi de Kent, avec le consentement du vénérable archevêque Augustin et de mes nobles, je donne et concède à Dieu, en l'honneur de saint Pierre, quelque portion de la terre qui est de mon droit et qui gît à l'est de la ville de Cantorbéry, afin qu'un monastère y soit construit, et que les propriétés ci-après dénommées soient en la possession de celui qui en sera ordonné abbé. C'est pourquoi j'adjure et j'ordonne, au nom du Dieu Tout-Puissant,
1 . L'authenticité de cet acte a été admise par l'un Ces érudits les plus compétents de notre temps, sir Francis Palgrave. Rise and progrès* of the British commonwealth, t. II. p. 215, 218. Cependant Kemble, dans son Codex diplomaticus œvi Saxonici, 1. 1, p. 2, ne Ta publié qu'avec l'astérisque qui indique les documents qu'il tient pour suspects ou faux; il ne donne d'ailleurs aucun motif pour justifier cet arrêt.
2. Convocato ibidem concilio communi, tam cleri quam populi, omnium et singulorum approbatione et consensu, monasterium... monachis hic perpetuo Deo servituris... cum dotatione, confirmatione ac perpétua libertate donavit. ëlhham, p. 111.
qui est le juste et souverain juge, que cette terre ainsi donnée le soit à jamais, qu'il ne soit loisible ni à moi, ni à mes successeurs, d'en ôter une part quelconque à ses possesseurs ; et si quelqu'un tente d'amoindrir ou d'annuler notre donation, qu'il soit, dans cette vie, privé de la sainte communion du corps et du sang de Jésus-Christ, et, au jour du jugement, séparé de la compagnie des saints. . .
fMoi, Éthelbert, roi des Anglais, j'ai confirmé cette donation de ma propre main avec le signe de la sainte Croix.
f Moi, Augustin, par la grâce de Dieu, archevêque, j'ai librement souscrit.
I Moi, Eadbald, fils du roi, j'ai adhéré.
f Moi, Hamigisile, duc, j'ai approuvé.
f Moi, Hocca, comte, j'ai consenti.
-J- Moi, Angemundus, référendaire, j'ai approuvé.
f Moi, Graphio, comte, j'ai dit bien.
f Moi, Tangisile, régis optimas, j'ai confirmé.
f Moi, Pinça, j'ai consenti.
-J- Moi, Geddi, j'ai corroboré1.
1. Ego Ethelbertus, rex Cantise, cum ôonsensu venerabilis Archiepiscopi Augustini et principum meorum, dono et concedo Deo... Kevble, loc. cit. — Les actes de donation rendus par les rois anglosaxons énoncent toujours le consentement des ducum, comitum, optimatumque, et sont toujours re.êtus de la signature des comtes et seigneurs principaux, entremêlés aux évoques et aux abbés; la formule Favi, ou consensi, ou approbavi, accompagne souvent le nom propre qui est toujours précédé d'une croix : ■{• Ego llocca cornes consensi. Cette croix ne tenait donc nullement lieu de la signature, comme on Ta prétendu, et n'indiquait en aucune façon que le signataire ne
574 SAINT AUGUSTIN DK CANÎORBÉRY.
sût pas écrire. Kerable dans une note de sa préface (p. 91) semble indiquer que les deux signatures d'Angemundus et de Graphio, avec les qualifications dont elles sont accompagnées, lui ont donné lieu de ranger le diplôme tout entier parmi les documents apocryphes. Palgrave donne, d'après Somjcer's Canterbury, p. 47, un autre texte du même titre où les signatures, rangées dans le même ordre, ne sont accompagnées d'aucune qualification. Il établit d'ailleurs (p. 214) que les documents anglo-saxons les plus contestés ont presque toujours eu pour base des actes authentiques, dont la sincérité originelle ne doit pas être révoquée en doute, par suite des anachronismes réels ou apparents qui résultent des amplifications ou des altérations postérieures. Presque tous les diplômes anglo-saxons que nous lisons encore sont énergiquement confirmés, selon lui, par ce qu'il appelle leur évidence intérieure. Ces chartes s'appuient sur l'histoire qui à son tour s'appuie sur elles ; elles se confirment ainsi mutuellement.