Epist., XI, 54 à 62. Cf. Bede, I
2. Si communem fratrem Augustinum episcopum ad vos venire eontigerit, ita illum dilectio vestra, sicut deect, affectuose dulciterque suscipiat, ut et ipsum consolationis su» bono refoveat, et alios, qualiter fraterna charitas colenda sit, doceat. Epi&t.,K\, 68j
pies et à établir les bonnes mœurs par les exhortations, les caresses, les menaces, mais surtout par son propre exemple. Il ajoute : «Vous avez avec vous noire très-révérend frère, l'évêque Augustin, élevé dans la règle monastique, rempli de la science des Écritures, plein de bonnes œuvres aux yeux de Dieu . Écoutez dévotement et accomplissez fidèlement tout ce qu'il vous dira : car plus vous écouterez ce qu'il vous dira de la part de Dieu, plus Dieu l'exaucera lui-môme quand il le priera pour vous. Attachez-vous donc à lui de toutes les forces de votre âme avec la ferveur de la foi; et secondez ses efforts avec toute la force que Dieu vous a donnée1. »
Le même jour, dans une lettre ostensible, il conférait à Augustin le droit de porter le pallium en célébrant la messe, pour le récompenser d'avoir créé la nouvelle Église des Anglais. Cet honneur devait passer à tous ses successeurs sûr le siège archiépiscopal*. II le constitue métropolitain des douze évêchés qu'il lui enjoint d'ériger dans l'Angleterre méridionale. Il le
1. Fanorum œdifiria everte, subditorum mores ex magna vitae munditia, exhortando, terrendo, blandiendo, corrigendo et boni operis exempla monstraiido, œdiiica».. Augustinus episcopus, in monasterii régula edoctus... Epis t., XI, 66. — On est tout surpris de rencontrer, dans cette belle lettre, un paragraphe consacré à pré' venir le roi saxon que la lin du monde est tout proche, qu'il faut s'y attendre d'un jour à l'autre et ne pas s'étonner par conséquent des choses prodigieuses qui pourront arriver en Angleterre comme ailleurs.
2. Depuis le schisme de Henri VIII, les archevêques anglicans de Cantorbéry, par la plus singulière des anomalies, n'en ont pas moins conservé ce pallium dans les armoiries de leur siège.
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charge d'établir qui il voudra pour évêque métropolitain dans l'ancienne ville romaine et épiscopale d'York, en lui soumettant douze autres évêchés nouveaux à ériger, mais en conservant sur ce métropolitain du nord la suprématie sa vie durant. Outre tous ces évêques ordonnés par lui ou par le futur évêque d'York dans le territoire conquis, il lui soumet tous les évêques de la Bretagne, « afin, » dit le pape, « qu'ils apprennent par votre parole et par votre vie comment il faut croire et comment il faut vivre pour accomplir leur office et gagner le ciel1. » Il s'agissait ici des évêques établis ou réfugiés en Cambrie, pontifes et docteurs des populations chrétiennes et celtiques qui avaient échappé au joug des Saxons. Mais pendant que, aux yeux des hommes, il mettait ainsi le comble à la confiance et à l'autorité dont il investissait Augustin, il lui adressait en secret des avertissements destinés à le préserver des périls de l'orgueil. « Dans notre joie, » lui écrivait-il, « il y a grand sujet de crainte. Je sais, très-cher frère, que Dieu a fait par loi de grands miracles dans cette nation. Il faut se réjouir de ce que les âmes des Anglais sont attirées par des miracles extérieurs à la grâce intérieure; mais il faut craindre que ces prodiges ne portent l'âme infirme à la présomption et ne fassent
1 . Quatenus ex lingua et vita tuin sanctitatis, et recte credendi et bene vr endi forniam percipiant, atque ofiicium fide ac moribus exsequentes, ad cœlestia, cuin Dominus voluerit, régna pertingant. Episl.. XI, 65.
DE CANTORBÉRV. 385
tomber rhommeau dedans par la vaine gloire encore plus qu'ils ne le grandissent au dehors. Quand les disciples disaient à leur divin Maître : Seigneur, en votre nom les démons même nous sont soumis, il leur répondit : Ne vous réjouissez pas de cela, mais de ce que vos noms sont inscrits dans le ciel. Les noms de tous les éhis y sont inscrits, et cependant tous les élus ne font pas des miracles. . . Tandis que Dieu agit ainsi par toi au dehors, tu dois, trèscher frère, te juger scrupuleusement au dedans et bien connaître qui tu es. Si tu te souviens d'avoir offensé Dieu par ta langue ou par tes œuvres, aie toujours tes fautes présentes à ta mémoire pour réprimer la vaine gloire qui surgirait dans ton cœur. Songe que ce don des miracles ne t'est pas donné pour toi, mais pour ceux dont le salut t'est confié. .. Il y a des miracles de réprouvés ; et nous, nous ne savons pas même si nous sommes élus. Il faut donc rudement déprimer l'âme au milieu de tous ces prodiges et de ces signes, de peur qu'elle n'y cherche sa propre gloire et son avantage privé... Dieu ne nous a donné qu'un seul signe pour reconnaître ses élus : c'est de nous aimer les uns les autres1. »
Puis aussitôt, voulant relever par un retour de tendre compassion l'ami qu'il vient de corriger, il continue en ces termes : « Je parle ainsi parce que
1. Fleury, en citant cette lettre, dit avec raison : «Rien ne prouve mieux la vérité des miracles de saint Augustin que ces avis si sérieux de Grégoire. »
moines d'occ. m. h2*>
je désire prosterner Tàine de mon cher audileur dans l'humilité. Mais que ton humilité même ait confiance. Tout pécheur que je suis, j'ai une espérance certaine que tous tes péchés te seront remis puisque tu as été choisi pour procurer la rémission aux autres. S'il y a plus de joie dans le ciel pour un pécheur pénitent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes, quelle joie n'y aura-t-il pas pour tout un grand peuple qui, en venant à la foi, fait pénitence de tout le mal qu'il a fait. Et cette joie, c'est toi qui l'auras donnée au ciel4. »
Dans une lettre antérieure de Grégoire, adressée, non plus à Augustin, mais à son ami Euloge, patriarche d'Alexandrie, le Pape constate également les miracles qui avaient signalé la mission d'Augustin ; il ne craint pas même de les comparer aux signes et aux prodiges qui avaient accompagné la prédication des apôtres*. Douze siècles après Grégoire, la plus grande âme qu'ait produite l'Angleterre moderne, l'immortel Burke, s'incline respectueusement devant cette tradition méprisée par ses frivoles contempo* rains. L'introduction du christianisme dans un pays quelconque est, selon lui, le plus inestimable bienfait qui puisse être conféré à l'humanité. Pourquoi
i* Haec autem dico quia auditoris mei animum iu humilitate ster* hère cupio. Sed ipsa tua humilitas babeat fiduciam suam. Nain pec<cator ego spem certissimam teneo... EpUt., XI, 28.
2. Tantis miraculis Tel ipse vel hi qui cura ipso transmissi sunt in gente eadem coruscant, ut apostolorum virtutes in signis, quae perhibent, imitari videantur. Epist., VIII, 30.
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donc, en vue d'un but si digne, la Providence ne serait-elle pas quelquefois intervenue? Les miracles, admis autrefois avec une aveugle crédulité, ont été depuis rejetés avec un non moins aveugle dédain. Toujours est-il, ajoute le grand orateur, que la foi en ces miracles réels ou supposés a élé la principale cause des progrès si rapides du christianisme dans notre île1. Chose singulière, ni Bède ni aucun autre historien ne donne le moindre détail sur les prodiges qui éveillaient à la fois l'admiration, la gratitude et la prudence de saint Grégoire le Grand. Mais de tous les miracles possibles le plus grand est assurément « d'avoir détaché du paganisme, sans violence, un peuple violent, de l'introduire dans la société chrétienne, non pas homme par homme et famille par famille, mais d'un seul coup, avec ses rois, sa noblesse guerrière, ses institutions9. » Ce roi qui croit descendre des dieux du paradis Scandinave, et qui abandonne sa capitale aux prêtres du Dieu crucifié ; ce peuple féroce et idolâtre qui se précipite par milliers au-devant de quelques moines étrangers, et par milliers se plonge dans les ondes glacées de la Tamise, au milieu de l'hiver, pour recevoir le baptême de la main de ces inconnus ; cette transformation si rapide et si complète d'une race orgueilleuse et victorieuse, sensuelle et rapace, par une
1. Durée, Esêoy towards an abridgmettt of English history, liv. u, eh. 1.