Ozanam, p
SÀIiNT AUGUSTIN
lléponse
de Grégoire
aux
questions
d'Augustin,
véritable
code
des
missions
catholiques.
doctrine uniquement destinée à dompter la cupidité, l'orgueil et la sensualité, et qui, une fois descendue dans ces cœurs sauvages, s'y est imprimée pour toujours, n'est-ce pas là de tous les prodiges le plus merveilleux comme le plus incontesté?
Enfin, et après toutes ces lettres, Grégoire adressa une réponse très-longue et très-détaillée aux onze questions que lui avait posées Augustin sur les principales difficultés qu'il rencontrait ou qu'il prévoyait dans sa mission. Il faudrait citer en entier cette réponse, monument admirable de lumière, de raison conciliante, de douceur, de sagesse, de modération et de prudence, destiné à devenir, comme on Fa dit très-justement, la règle et le code des missions chrétiennes1. Mais, outre son extrême longueur, elle renferme certains détails que ne comporte plus notre pruderie moderne. En voici la substance sur les points les plus importants pour nous.
Le Pape, consulté sur l'usage et le partage à faire des offrandes des fidèles, rappelle à Augustin que des revenus de l'Église on doit faire quatre portions : la première pour lévêque et sa famille, à cause de l'hospitalité qu'il doit exercer, la seconde pour le clergé, la troisième pour les pauvres, la quatrième pour les réparations des églises. « Mais vous, » dit-il à l'archevêque, « vous qui avez été nourri dans la discipline monastique, vous ne devez pas vivre à part
1, Ozaham, Civilisation chrétienne chez les Francs, p. 154.
DR CANTORBÉRY. S8i*
de voire clergé, mais bien instituer dans la nouvelle Église des Anglais la vie commune comme nos pères la pratiquaient dans l'Église naissante1. »
Pourquoi, demandait Augustin, y a-t-il diverses coutumes dans l'Église, puisque la foi est une; et pourquoi la liturgie selon laquelle on célèbre la messe dans les églises des Gaules (que suivait probablement la reine Berlhe dans son oratoire de Saint- Martin) diffère-t-elle de celle de l'Église romaine?
« Votre Fraternité, » répond le Pape, « connaît l'usage de l'Église romaine, où vous ne sauriez oublier que vous avez été élevé. Mais soit que vous trouviez dans l'Église de Rome ou dans celle des Gaules, ou dans toute autre, quelque usage que vous croirez plus agréable à Dieu, je vous enjoins de le recueillir avec soin, et de l'établir dans la nouvelle Église des Anglais. Car il ne faut pas aimer les institutions à cause des lieux d'où elles viennent, mais plutôt les lieux à cause des bonnes institutions qu'on y observe. Choisissez donc dans toutes les Églises tout ce qu'il y a de pieux et de raisonnable, et faites de ce bouquet spirituel la coutume de$ Anglais*. »
1. Interrogatio beati Augustini episcopi Cantuariorum Ecclesiae... Respondit Gregorius papa urbis Romae... Tua fraternitas monasterii regulis erudita, seorsum viyere non débet a clericis suis. Bede, 1, 27. Gbeg., Epis t., XI, 64.
2. Novit fraternitas tua Roman» Ecclesiae consuetudinem in qua se meminit eruditam. Sed mini placet, sive in Romana, sive Galliarum, seu in qualibet Ecclesia, aliquid invenisti quod plus oinnipo-
On reconnaît bien là le pontife qui avait déjà bravé les critiques de quelques petits esprits en introduisant à Rome divers usages que Ton croyait emprun* tés à TÉglise de Constanlinople, et qui leur disait: « Je serai toujours prêt à détourner mes subordonnés du mal, mais à les imiter dans le bien, en l'empruntant à n'importe quelle Église. Il n'y a qu'un sot qui puisse mettre sa primauté à dédaigner d'apprendre ce qu'il y a de mieux l. »
Interrogé sur les peines à infliger aux voleurs sacrilèges, et sur la disposition de la loi romaine, qui imposait au voleur la restitution du double ou du quadruple, Grégoire prescrit de tenir compte, dans le châtiment, de l'indigence ou de la richesse du larron, mais toujours avec une charité paternelle, et une modération qui retienne l'âme dans les limites de la raison. Quant à la restitution, ce à Dieu ne plaise, » dit-il , « que l'Église veuille gagner à ce qu'elle a perdu, et cherche à tirer profit de la folie des hommes * ! »
tenti Deo possit placer e, sollicite eligas, et in Anglorum Ecclesiae quœ adhuc ad tidem nova est, institutione prsecipua, quae de multis Ecclcsiis colligere potuisti, infundas. Non enim pro locis res, sed pro bonis rébus loci amandi sunt. Ex singutis ergo quibusque Ecclesiis quœ pia, quœ religiosa, quœ recta sunt, elige : et hœc quasi in fasciculum collecta, apud Anglorum mentes in consuetudinem depone.
\ . Si quid boni vel ipsa vel altéra Ecclesia habet, ego et minores meos quos ab illicitis prohibeo in bono imitari paratus sum. Stultus est enim qui in eo se primum existimat, ut bona quae vident discere contemnat.£p&/., X, 12. Ad Joann., Syracus. Episc.
2* Ita ut mens extra rationis regulam omnino nihil faciat... Absit
DE CÀNTORBÉRY. 3M
Augustin demandait encore quelles règles il fallait suivre sur les mariages entre parents au degré prohibé, sur les devoirs de la chasteté conjugale, sur ce qu'on devait conserver des purifications imposées aux femmes parla loi de Moïse. Grégoire interdit absolument les mariages entre belles-mères et beaux-fils, qui étaient en usage chez les Saxons, comme entre beaux-frères et belles-sœurs. Mais pour ce dernier cas, il ne veut pas qu'on prive de la communion les néophytes qui auraient contracté de ces mariages avant leur conversion; de peur, dit-il, qu'on ne semble les punir de ce qu'ils ont fait par ignorance ; car il y a des choses que l'Église corrige avec ferveur, il y en a d'autres qu'elle tolère par mansuétude, ou qu'elle dissimule par prudence, mais toujours de manière à contenir le mal qu'elle supporte ou qu'elle dissimule. Il voulait, d'ailleurs, traiter les Anglais comme saint Paul les néophytes, qu'il nourrissait non de viande solide, mais du lait des nouveaux-nés. Dans la suite de ses réponses, «il donne au lit nuptial ces lois sévères qui font la sainteté, et aussi la vigueur, la fécondité de la famille chrétienne1.» Il n'admet pas que l'on doive écarter de l'Église la femme qui vient d'enfanter, et qu'on lui fasse ainsi un crime de ce qui est sa peine.
Mais il s'élève avec énergie contre l'usage per-
ut Ecclesia cum augmenta recipiat quod de terrenis rébus videtur amittere, et lucra de vanis quœrere.