‹ Les moines d'OccidentChapitre 89 sur 113 · Voir plus haut, liv. x^ c · texte numérisé non relu

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entrevue, les Bretons allèrent consulter un anachorète fort renommé parmi eux par sa sagesse et sa sainteté et lui demandèrent s'ils devaient écouler Augustin et abandonner leurs traditions. «Oui, » dit l'anachorète, « si c'est un homme de Dieu. — Mais « comment le savoir? — S'il est doux et humble « de cœur comme dit l'Évangile, il est probable « qu'il porte le joug de Jésus-Christ et que c'est ce « joug qu'il vous offre ; mais, s'il est dur et orgueilce leux, il ne vient pas de Dieu et vous ne devez « prendre aucun souci de ses discours. Pour le dé- « couvrir, laissez-le arriver le premier au lieu du « concile, et s'il se lève quand vous approcherez « vous saurez que c'est un serviteur de Jésus-Christ « et vous lui obéirez ; mais, s'il ne se lève pas pour « vous faire honneur, méprisez-le comme il vous « aura méprisés1. » On se conforma aux instructions de l'anachorète. Malheureusement en arrivant au concile ils trouvèrent Augustin déjà assis, more Romano, dit un historien, et il ne se leva pas pour les recevoir*. C'en fut assez pour les soulever contre lui. « Si cet homme, » disaient-ils, « ne daigne pas « se lever pour nous maintenant, combien donc ne « nous méprisera-t-il pas quand nous lui serons soua mis! » Ils devinrent dès lors intraitables et s'étu-

1. Siu autem vos spreverit, nec coram vobis adsurgere voluerit, cum sitis plures, et ipse spernatur a vobis. Bbde, ii, 2.

2. Cum ergo convertissent, et Augustinus Romano more in sella résidons iis non assurrexisset. Hemr. IIintingdon, III, 186, éd. Savile.

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(lièrent à le contredire en tout. Pas plus qu'à la première conférence, l'archevêque ne fit aucun effort pour leur faire reconnaître son autorité personnelle. Constatons, à l'honneur de cette race entêtée et de ce clergé rebelle, mais fervent et généreux, qu'Augustin ne leur reprocha aucune de ces dérogations à la pureté de la vie sacerdotale que quelques auteurs leur ont imputées1. Avec une modération scrupuleusement conforme aux instructions du Pape, il réduisit à trois points toutes ses prétentions. «Vous a avez, » leur dil-il, « beaucoup de pratiques conc< traires à notre usage, qui est celui de l'Église c< universelle ; nous les admettrons toutes sans « difficulté si seulement vous voulez me croire a sur trois points : de célébrer la Pâque en son « temps, de compléter le sacrement du baptême, c< selon l'usage de la sainte Église romaine*, et de c< prêcher avec nous la parole de Dieu à la nation « anglaise, » A cette triple demande, les évêques et les moines celtiques opposèrent un triple refus, et ajoutèrent qu'ils ne le reconnaîtraient jamais pour archevêque5. Ils ne repoussaient d'ailleurs que la

1. Errorem Bretonum... quo alia plura ecclesiasticae castitati et paci contraria gérant. Bede, V, 18. — Cf. Gilms, de Excidio, p. 23. — Dollinger croit qu'il s'agit ici des mbintroductx, si souvent dénoncées et poursuivies par les conciles. Il rappelle d'ailleurs que les prêtres bretons seuls ont été l'objet de ces accusations, qui n'ont jamais atteint le clergé des autres branches de l'Église celtique.

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