‹ Les moines d'OccidentChapitre 97 sur 113 · I. I Corinth · texte numérisé non relu

I. I Corinth

S. Kemble, Saxons itl England, II, 407.

que l'évêque Mellitus distribuait en leur présence la communion aux fidèles, ils lui dirent dans la naïveté de leur orgueil barbare : c< Pourquoi ne nous « offres-tu pas de ce pain si blanc que tu donnais à « notre père et que tu continues encore à donner « au peuple dans ton église? » — « Si vous voulez, » répondit l'évêque, c< être lavés dans la fontaine du « salut, où votre père l'a été, vous pourrez avoir, « comme lui, votre part du pain sacré; autrement, « c'est impossible. » — « Nous ne voulons point, » répliquèrent les trois princes, « entrer dans ta fon- « taine, nous n'en avons nul besoin; mais nous « avons envie de nous restaurer avec ce pain. » El comme ils insistaient toujours, l'évêque leur répéta (ju'il fallait être purifié de lout péché avant d'être admis à la communion. Alors ils entrèrent en fureur et lui ordonnèrent de sortir de leur royaume avec tous les siens : « Puisque tu ne veux pas nous com* « plaire dans une chose si aisée, tu ne peux plus « rester dans notre pays1. »

L'évêque de Londres, ainsi chassé, traversa la Tamise et vint dans le pays de Kent pour conférer avec l'archevêque de Cantorbéry et l'évêque de Rochester sur la conduite à tenir. C'étaient les trois seuls évêques de la chrétienté d'Angleterre, et tous

1. Auxit procellam hujus perturbationis mors Sabercti... Barbari inflati stultitia dicebant : Quare non et nobis panem nitidum porrigis... Si vultis ablui fonte illo salutari... Nolumus fontem illuin intrarc.si non vis adsentire nobis in tam facili causa quam petimus, non poterisjam in nostra provincia demorari. Bepe. ïï, 5.

L'archevêque les trois perdirent la tête en présence de la nouvelle veut quitter situation qui leur était faite. Ils décidèrent qu'il va-

l'Angleterre. ... , , n

lait mieux pour tous retourner dans leur patrie alin d'y servir Dieu en liberté que de rester inutilement chez ces barbares révoltés contre la foi. Les deux évêques partirent les premiers et passèrent en France. Laurent s'apprêtait à les suivre; mais dans la nuit qui devait précéder son départ, voulant prier et pleurer à son aise sur cette chrétienté anglaise qu'il avait aidé à fonder un quart de siècle auparavant et qu'il lui fallait maintenant abandonner, il fit dresser son lit dans l'église du monastère où reposaient Augustin, Ethelbert et Berthe. A peine fut-il endormi, que saint Pierre lui apparut, comme Jésus-Christ était apparu naguère à saint Pierre luimême, lorsque le prince des apôtres, fuyant la persécution de Néron, avait rencontré sur la voie Appienne son divin maître se dirigeant vers Rome pour y être à son défaut une seconde fois crucifié1. Le prince des apôtres accabla de reproches et flagella jusqu'au sang l'évêquequi voulait abandonner aux loups les brebis du Christ, au lieu de braver le martyre pour les sauver. Le lendemain Laurent alla montrer ses flancs meurtris et ensanglantés au roi qui, à celle vue, demanda qui avait osé maltraiter

i. Tout le monde a vu à Home, sur la voie Appienne, l'église dite Domine quo vadis, élevée sur l'emplacement où, selon la tradition, saint Pierre Ot cette question à Notre-Seigneur, qui lui répondit : Y ado liomam terum cruciflgi. S. Ambb., Contra Aiuentium.

se convertit.

DE CÀNTORBÉRY. 437

un homme comme lui : « C'est saint Pierre, » dit Après

iw A •»•«•/. * * *,a vision

1 evêque, « qui ma inflige tous ces coups et ces tour- de

ii n n 1 i * **» » saint Pierre:

ments pour votre salut1. » Eadbald, emu et enraye, ii

. ... , 1A . . . est retenu

renonça à 1 idolâtrie et a son mariage incestueux, se par

n , . . , . , .il161,0' Eadbald,

lit baptiser et promit de pourvoir de son mieux à la qui protection de l'Eglise. Il lit revenir de France les deux évêques, Mellilus et Juste, puis les renvoya dans leurs diocèses pour y rétablir la foi en toute liberté. Depuis sa conversion, il continua à servir Dieu avec son peuple*; il fit même bâtir une nouvelle église consacrée à la sainte Vierge dans le monastère fondé par saint Augustin et où il comptait être enseveli auprès de son père et de sa mère. Mais il n'avait pas sur les autres pays saxons l'autorité dont élait revêtu Elhelberten qualité de Bretwalda, ou chef militaire de la fédération des conquérants. Il ne put donc pas réussira faire rentrer Melli tus dans son diocèse. Les princes d'Essex, qui l'avaient expulsé, venaient de périr tous les trois dans une guerre contre les Saxons de l'ouest ; mais leur peuple persévéra dans l'idolâtrie, et les gens de Londres résislèrent à outrance au rétablissement de Pévêque romain, en déclarant qu'ils préféraient de beaucoup leurs prêtres idolàlres*.

i. Flagellis arctioribus affîciens... An mei, inquit, oblitus es exempli qui pro parvulis Christi... vincula, verbera, carceres, afflictiones, ipsam postremo mortem, mortem autem crucis, ab infidelibus et inimicis Christi ipse cum Christo coronandus pertuli... Retecto vestimento... quantis esset verberibus laceratus ostendit. Qui... inquirens quis tantoviro au sus esset plagas infligere. Bede, II, 6.

2. Neo, licet auctoribus perditis, exctatum ad scelera vulpus po-

Le royaume d'Essex semblait donc tout à fait perdu pour la foi ; et quant à l'Est-Anglie, la conversion de Défection son roi Redwald n'avait eu rien de sérieux. À peine rEst-AnW revenu de ce voyage auprès d'Ethelbert, où il avait reçu le baptême, il s'était laissé ramener au culte de ses pères par l'influence de sa femme et de ses principaux conseillers ; seulement il fit à la nouvelle religion la même concession que lui avait déjà accordée un empereur romain, et beaucoup plus digne d'un César de la décadence romaine quô des impétueux instincts d'un roi barbare. Il daigna accorder au (ils du seul vrai Dieu une place à côté de ses dieux Scandinaves, et dans le même temple il avait deux autels, l'un pour le sacrifice de Jésus-Christ, et l'autre pour les victimes offertes aux idoles1.

De toutes les conquêtes entamées par les envoyés de Grégoire, il ne restait donc plus qu'une partie du pays et du peuple de Kent, groupé autour des deux grands sanctuaires monastiques de Cantorbéry, la métropole dédiée au Christ, et l'abbaye de Saint-Augustin, alors désignée sous le nom des Saints-Pierre-

tuit recorrigi... Londonienses episcopum recipere noluerunt, idololatris magis pontificibus servire gaudentes. Non enim tanta erat ei. quanta patri ipsius regni potestas, ut etiam nolentibus ac contradicentibus paganis antistitem suœ posset ecclesiœ reddere. Bede, II? 6, 7.

1. Rediens domum, ab uxore et quibusdam perversis docloribus scductus, in codem fano et altare haberet ad sacriflcium Christi et arulam ad victimas dcmoniorum. Bede, III, 15. — Bede ajoute que de son vivant il y avait un roi d'Est-Anglie qui dans son enfance avait vu ce temple debout.

DE CANTORBÉRY. i59

et-Paul. Des missionnaires romains se succédaient les uns aux autres <fcns le gouvernement de ces deux monastères, restés les seuls foyers encore allumés de la vie chrétienne en Angleterre. Pendant près d'un siècle tous les abbés du monastère d'Augustin furent pris parmi les religieux romains, et probablement parmi les moines sortis du mont Cœlius pour le suivre ou le rejoindre \

Quant au siège archiépiscopal, Laurent, qui mourut trois ans après sa réconciliation avec le nouveau roi, eut pour successeur Mellitus, lequel renonça ainsi définitivement à rentrer chez les Saxons de l'est. Après Mellitus qui, bien que torturé par la goutte, montra un dévouement infatigable à ses devoirs apostoliques, ce fut Tévêquc de Rochester, Juste, qui devint archevêque. Comme Augustin, il reçut le pallium avec la faculté d'ordonner des évoques à son gré ; ces privilèges lui furent conférés par le pape Boniface V, attentif, comme l'avait été son prédécesseur Boniface IV, au maintien de la mission dont Grégoire avait fait l'œuvre spéciale de la Papauté. Le pontife avait reçu du roi Eadbald des lettres qui le

2 février.

Mellitus,

Juste

et

Honoiius,

compagnons

et successeurs d'Augustin

à Cantorbérv.

1. Voici la succession de ces abbés telle que la donne Thomas Elmham, dans sa chronique de l'abbaye de Saint-Augustin : Jean, ■J- 618; Rufiniamis, + 626: Gratiosus, f 658. Ce dernier, Romanus natione, ainsi que son successeur Petronius, \ 654 ; Nathaniel, « quondam cum Mellito a Justo a Roma ad Angliam destinatus, » f 667. Après lui, le célèbre Adrien, Africain, dont le successeur Albin, élu en 708, fut le premier de génie nostra, dit l'historien, d'ailleurs disciple d'Adrien, grand latiniste, helléniste et collaborateur de Bede. V, 20.

4tÛ SAINT AUGUSTIN DE CANTORBÉRY.

Les

Saxons

de

Noilhumbrie.

remplirent de consolation et d'espoir ; et en soumettant à la juridiction de l'archevêque Juste les Anglais non-seulement du Kent, mais de tous les royaumes voisins, il l'exhortait à persévérer avec une louable patience dans l'œuvre de la rédemption du peuple anglais l. Juste n'occupa d'ailleurs le siège archiépiscopal que pendant trois ans, et fut remplacé par Honorius, lui aussi disciple de saint Grégoire et de saint Augustin, et le dernier des compagnons du grand missionnaire qui devait le remplacer sur le siège primatial du nouveau royaume chrétien.

Au milieu de ces mécomptes, de ces périls et de ces échecs, et pendant que le troisième successeur d'Augustin maintenait de son mieux les restes de la mission romaine dans la métropole encore si modeste et si menacée de Cantorbéry, l'horizon s'éclaira tout à coup vers le nord de l'Angleterre. Un événement s'y accomplit qui sembla réaliser les premiers desseins de saint Grégoire, et ouvrir de nouvelles et vastes perspectives à la propagation de l'Évangile. C'est désormais dans cette région septentrionale que va se concentrer l'intérêt principal du grand drame qui donna l'Angleterre à l'Église.

1. Hoc illa repensatione vobis collatum est, qua injuncto rainisterio jugiter persistentes, laudabili patientia redemptionem gentis illius expectastis. Bf.de, H, 8.

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