CHAPITRE IV
Première mission en Northumbrie. — Ses succès et son désastre. — L'évêque Paulin et le roi Edwin.
Étendue et origine de l'établissement des AngloSaxons en Northumbrie ; grâce à leur compatriote Bede, leur histoire est mieux connue que celle des autres tribus. — Ida et Ella, fondateurs des deux royaumes de Deïra et de Bernicie ; Bamborough et la Belle Traîtresse. — Guerre des Northumbriens contre les Bretons : Ethelfrid le Ravageur, vainqueur des Cambrions et des Scots sous Aïdan, l'ami de saint Columba. — Edwin, représentant de la dynastie rivale, se réfugie en Est-Anglie ; au moment d'être livré à ses ennemis, il est sauvé par la reine ; vision et promesse. — Il devient roi de Northumbrie etBretwalda ou chef de la confédération anglo-saxonne; liste des Bretwaldas. — Il épouse la chrétienne Ethelburge, fille du roi de Kent. — Mission de l'évoque Paulin qui accompagne la princesse à York. — Influence des femmes sur la conversion des Saxons. — Prédication infructueuse de Paulin; lettres du pape Boniface Y au roi et à la reine. — Edwin sauvé du poignard d'un assassin; naissance de sa fille; guerre contre les Saxons de TOuest. — Hésitation d'Edwin; dernier effort de Paulin. — Edwin promet de se convertir après avoir consulté son parlement. — Discours du grand prêtre et du chef de guerre. — Baptême d'Edwin et de sa noblesse. — Évêché et cathédrale monastique d'York. — Le roi et l'évêque travaillent à la con-
' version des Northumbriens. — Baptêmes en masse et par immersion. — Paulin au midi de l'Humber. -— Fondations de South well et de Lincoln. — Sacre d'Honorius, quatrième successeur d'Augustin à Cantorbéry. — Lettre du pape Honorius aux deux métropolitains et au roi Edwin. — Prospérité du règne d'Edwin.— Conversion de l'Est-Anglie; fondation d'Édim-
bourg; conquête d'Anglesey; sécurité publique; la femme et le nourrisson ; les coupes de cuivre ; la tufa du Bretwalda. — Ligue des Saxons et des Bretons de Hercie contre les Saxons de Northumbrie : Cadwallon et Penda. — Edwin est tué. — Fuite de Paulin et d'Ethelburge. — Ruine du christianisme en Northumbrie et en Est-Anglie. — Échec des missionnaires romains ; leurs vertus et leurs défauts. — Il ne leur reste que la métropole et l'abbaye de Saint-Augustin à Cantorbéry, qui demeurent les deux citadelles de l'esprit romain.
Origine
et étendue
du
royaume
de
Northumbrie.
De tous les établissements formés par les conquérants teutoniques de la Bretagne, le plus important était sans comparaison celui des Angles, au nord du fleuve qui semble partager en deux la grande île Britannique et qui s'appelle PHumber, d'où le nom de Northumbrie. Ce royaume occupait tout le littoral oriental depuis l'embouchure de PHumber jusqu'au golfe d'Edimbourg, et par conséquent les comtés actuels d'York, Durham et Northumberland avec toute la partie sud-est de l'Ecosse moderne. A l'occident, il s'étendait jusqu'aux confins des Bretons de laCumbrieetduStrathclyde, et allait même toucher, sur les frontières de la Calédonie, à ce nouveau royaume des Scots sortis de l'Irlande, que venait d'inaugurer le grand missionnaire Columba.
La Northumbrie n'a pas seulement été le plus vaste des royaumes de l'Heptarchie saxonne, c'est encore celui dont l 'histoire est de beaucoup la plus.
;m Northumhrien . . ,
re«ie. animée, la plus dramatique, la plus variée , la plus fertile en personnages intéressants et originaux. C'est celui enfin où les incidents de la conversion des
Son
histoire
est
la mieux connue,
grâce
DE CANTORBfillY.
conquérants anglo-saxons et de la propagation des institutions monastiques nous apparaissent en pleine lumière. Cela s'explique naturellement parle fait de la naissance du vénérable Bede. Ce grand et honnête historien, le Grégoire de Tours de l'Angleterre, et le père de l'histoire britannique, était né et a toujours vécu en Northumbrie. De là, dans ses récits si attachants, une préoccupation naturelle des hommes et des choses de sa région natale, puis une reproduction exacte et détaillée des traditions locales et des souvenirs personnels qu'il recueillait et répétait avec un soin si scrupuleux.
Bede nous apprend qu'un siècle environ après le premier débarquement des Saxons, sous Hengisf , dans le pays de Kent, leurs voisins les Angles, traversant la Mer du Nord, vinrent fonder sur la rive opposée de la Bretagne deux colonies longtemps distinctes, quelquefois réunies, puis séparées de nouveau, et finalement confondues sous le nom de Northumbrie1. La muraille, anciennement élevée par l'empereur Sévère contre les Calédoniens, depuis l'embouchure de la Solway jusqu'à celle de la Tyne, leur servait de délimitation. La plus ancienne des deux fut celle des Berniciens, au nord. Leur chef Ida, qui, comme Hengist, se donnait pour un descendant d'Odin, établit sa résidence dans une forteresse qu'il nomma Bamborough, d'après sa
ri47.
Ida fondateur
du
royaume
de Bernicie.
I. Réunies, de 588 à 633; séparées à la mort d'Edwin, en 634, et réunies de nouveau sous Oswald et Oswy.
femme Bebba, avec cette sorte de religion conjugale si souvent signalée chez les Germains, même les plus sauvages; les bardes bretons en revanche ont surnommé cette reine la Belle Traîtresse, parce qu'elle était d'origine bretonne et qu'elle combattait au premier rang sur les champs de bataille contre ses compatriotes1. Les débris imposants de cette forteresse, situés sur un rocher isolé de la côte, frappent et attirent encore le voyageur. C'est de là que rayonna l'invasion anglaise sur les vallées fertiles de la Tweed et de la Tyne.
La seconde colonie, celle des Deïriens, au midi,
se concentra surtout autour de la vallée de la Tees
et dans la vaste région qui s'appelle aujourd'hui le
Eiia comté d'York. Les Deïriens eurent pour premier chef
fondateur au ™i t 1 » 1
du connu cet Alla, ou Ella, dont le nom, prononce par les de jeunes esclaves mis en vente sur le Forum, suggéra à saint Grégoire l'espoir d'entendre bientôt le chant de Y Alléluia retentir dans son royaume* . Cette région au nord de l'Humber était précisément celle qui avait le plus souffert des incursions calédoniennes, et, selon quelques auteurs, les Saxons de Hengist, appelés à titre d'alliés par les Bretons, s'y étaient déjà établis. Mais Ida et ses Angles ne voulurent relever à aucun titre de leurs compatriotes germaniques du midi de l'île, et au lieu de combattre les
1. A. i.b la Bouderie, Luttes des Bretons insulaires contre les Anglo- Saxons, p. 155.