Comnet. Clnniae., proœni. iu Sj^iciL, I
L'ÉGLISK KT LV FKODALITK. 5'25
el populaire liomiiiaiic sortit le nouveau nom de
la Charité-siir-Loire, seul souvenir qu ait su chani»'-sur-i.oire.
conserver l'ingrate postérité M
Tels étaient donc ces hommes dont les immenses et féconds travaux ont arraché des hommages à la malveillance la plus acharnée, mais qui n'ont pu réussir à désarmer le hras d'un implacable et stupide vandalisme. Au sein même delà dégénération que les influences laïques avaient introduite dans les ordres religieux, les moines furent, jusqu'à leur dernier jour, les bienfîii leurs du pauvre et les utiles servileurs de la société". Chose à jamais remarquable, ces services rendus à tous furent d'autant plus éminents, d'autant plus nombreux, que les moines étaient restés plus fidèles à la rigueur primitive d'une institution qui les tenait à l'écart des intérêts et des passions humaines, qui leur interdisait toutes les jouissances et les splendeurs de la vie sociale. En un mot, plus ils surent renoncer an monde, et mieux ils le servirent. Car, encore une
i. Paiiperes se invicem invitantes : Eamiis, dicebant, ad sanctorum karitalem. Uiule factiim esl ut, ex illa et frequenti et diurne invitaiione, nomen hujusmodi aplarent loco. Richard. Cluniac, Chroti.. iii Gallia christ., \\\, 403. — Ce prieuré fut fondé en 105G par lliiguos, al)l)é do Cluny, auxfi-ais de Cliallent, donateur, sur le site d'une abbaye ruinée de S.-Cyr dont il porta d'abord le nom. 11 renferinnit cent moines, et avait cinquante-deux cellœ dans sa dépendance immédiate. Bibl. de l'École des; Charles, I. III, p. 561.
2. On peut consulter à ce sujet l'ouvrage ci-dessus cité sur l'iiôjtilal d'Aubrac, et en outre tous les livres et toutes les traditions relatives aux derniers temps des monastères.
fois, Lout ce dont nous venons de les louer ne constituait nullement le but qu'ils se proposaient : leurs œuvres si méritoires n'étaient que la conséquence logique, mais très-indirecte et très-subordonnée, de l'inspiration qui les avait fait naître. Les moines n'aspiraient en aucune façon à l'admiration ou à la reconnaissance de la postérité. Ils ne songeaient nullement à remédier au paupérisme^ ou à facililer les communications entre les divers pays dt; l'Occident. Ils n'avaient en vue ni l'utilité publique, ni le développement des sciences, ni les charmes de l'art, ni les progrès de l'agriculture, ni aucune gloire d'ici-bas ^ Ils eussent été, à coup sûr, douloureusement surpris, s'ils avaient pu soupçonner qu'un jour l'Europe en viendrait à ne plus les admirer et à ne plus les comprendre qu'en se plaçant au point de vue de l'un ou l'autre des résultats indirecis et inférieurs de leur institution. Ils n'ont cependant jamais fait mystère de leurs véritables intentions. Rien de plus facile à pénétrer que le secret de leur grandeur et lp de leur durée. Ils avaient, comme ils l'ont toujours
t.uruni.'iue proclamé, pour principe, l'abnégation de soi; pour méthode, l'obéissance; pour but unique, le salut. La sanctification de l'âme par la prière, le travail
1. « Leur principal nurile ne fui pas, comme on l'a dit avec iroj» d'humilité, d'avoir conservé les mamiscrits ou les lettres, ou l'agriculture, mais bien la verlu, la vertu austère, la vertu clirétienne. » Comte César Baibo, (/t'//e Sperame d'Ifalin, c. 7.
des
moines.
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et la solitude, c'était là leur ambition, leur raison d'èlre. Obéir toujours, obéir avant tout au clief qui représente Dieu, voilà le })rincipe de leur force, de leur durée, de leur fécondité, le résumé de la règle à laquelle tout, jusqu'aux pencbants les plus légitimes, était sacrifié. « Nous avons tous, » écrivait le moine Guillaume de Sainl-Remy à son ancien précepteur, « une passion incroyable pour « la lecture ; mais il n'est aucun de nous qui osAl « préférer le plaisir de lire au devoir d'obéir \ »
Dans l'étude, comme dans tous les genres de travaux, comme dans la pralique de l'aumône ellemême, ils n'aspiraient qu'à sauver leurs âmes et celles de leurs frères. Tout ce qu'il y a eu de grand, d'utile, de beau, de touchant dans leur existence, n'est du qu'à cette seule pensée. C'était pour l'Ame (TVlplionse YI, roi de Castille, leur bienfaiteur, que les moines de Cluny avait imaginé, en mémoire de lui, de laver les pieds de trente indigents, le jeudi saint ; de donner à manger à cent autres, le jour de Pâques ; et en fin de servir, chaque jour, à la première table du réfectoire, le dîner du roi défunt, cpie l'on portait ensuite à unpauvre% confondant ainsi, par une admirable délicatesse, la reconnaissance envers un mort chéri avec la charité due aux
\. Virlus auLcin obedienlia3 sic prsepollol, iil cuin nubis iiicri'dibile sit sliidiurn logcndi, nullus tamen obccliciitife i)rofoiTe audeal leclioncm. MAftii.i.., Ann., t. V, 1. lxii, n. 80. Guillaume fui fait abbé in 1071.