‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 2)Chapitre 104 sur 196 · I. Clément II, Damase II et Léon IX · texte numérisé non relu

I. Clément II, Damase II et Léon IX

'2. Aussi saint Grégoire VU, dans sa correspondance, parle toujours (lu prince avec respect et affection. Il savait apprécier ses intentions, tout en démolissant son œuvre.

SAliN'T GRÉGOIRE VII,

Triple fléau :

la simonie,

l'incontinenco

des clercs,

et les

envaliisscmenis

du couvoir séculiei-

double danger : car telle est la délicatesse extrême et permanente de sa position, qu'elle n'a souvent pas moins à craindre de ses amis que de ses ennemis. Ti'op souvent les fils de ses plus dévoués protecteurs lui ont fait payer avec usure la rançon des bienfaits de leurs pères. C'est une leçon que les empereurs franconiens et les Plantagenels d'Angleterre n'ont pas été les seuls à lui donner.

Mais ce n'était pas tout que cet asservissement de l'Église mère et maîtresse. Toutes les églises courbaient la tête sous un joug encore plus honteux, celui d'une corruption effrénée et, selon toutes les apparences, irrémédiable. La foi vivait intacte dans le cœur des peuples catholiques, que nulle hérésie n'avait encore infectés ; mais, hors des monastères, les vertus sacerdotales semblaient avoir déserté les rangs du clergé chargé de guider et de maintenir les peuples dans la voie de la vérité. Si cet état s'était prolongé, nul ne peut calculer les conséquences qui en seraient résultées pour l'avenir de l'humanité ; car l'Eglise et la société civile vivaient alors dans une trop étroite alliance pour que l'une pût souffrir sans l'autre.

Ces maux se résumaient sous trois chefs : la simonie, ce honteux commerce des choses saintes, où les chefs du clergé étaient trop souvent les complices actifs des laïques; l'habitude du mariage ou du concubinage chez les clercs, lesquels, après avoir acheté leurs bénéfices à des seigneurs, descendaient

MOINE ET PAPE. ôil

au niveau de ceux-ci par rinconlineuce; enfin les envahissements du pouvoir séculier et l'ancantissenient de la liberté et de la pureté des élections ecclé- "n siastiques, à tous les degrés, par suite de Tabus des investitures et des conséquences que l'autoritéroyale prétendait tirer de cette institution.

Il est difficile, pour ceux qui ne connaissent TEglise que telle qu'elle est sortie de la fournaise, épurée et sauvée par les héroïques efforts de près d'un siècle de luttes, depuis saint Léon IX jusqu'à Calixte II; il est difficile de se figurer qu'elle ait pu tomber si bas, que les rois y disposaient, de fait et sans contrôle, de toutes les charges, de toutes les dignités ecclésiastiques ; que tout y était vénal, depuis l'épiscopat et quelquefois la papauté, jusqu'au moindre bénéfice rural; enfin que le clergé tout entier, à la seule exception des moines et de quelques évéques et clercs cités comme des merveilles, vivait dans un concubinage permanent, systématique. Et cependant il en a été ainsi, car tous les auteurs sont unanimes pour le prouver par d'irrécusables témoignages. Voilà ce qu'il faut savoir et proclamer, pour connaître à la fois et la terrible portée des dangers qui peuvent menacer l'Eglise ici-bas, et rimniensit(; des services que lui ont rendus les papes sortis de Tordre monastique.

Nulle part le mal n'était plus grand qu'en Italie, 'dépravation nulle part la dépravation du clergé n'atteignait un * '*''"^- '^'^"*^"-

542 SAINT (iïlÉGOIRE VII,

degré plus lioriible\ Ce n'est pas que l'épiscopal ^ y fût exposé aux alleinles du despotisme royal, comme en Allemagne, en France ou en Angleterre ; au contraire, la puissance des évêques y avait considérablement grandi depuis la chute des Carlovingiens. L'Italie n'était le siège d'aucune souveraineté capable d'éclipser ou de réprimer une telle autorité, sauf pendant les rares apparitions des empereurs ou des rois allemands. Mais la haute influence de l'épiscopat, loin de tourner au profit de l'Eglise, était au contraire une arme entre les mains de ses plus redoutables ennemis. La très-grande majorité des évêques d'Italie ne se contentait pas d'appuyer, de toutes ses forces, au détriment du saint-siége, les envahissements des empereurs dont ils recevaient l'investiture, à l'exemple des évêques d'Allemagne; ils exerçaient en outre et propageaient la simonie avec la plus révoltante effronterie^ Ils avaient fait de toutes les charges ecclésiastiques une denrée vénale, dont le marché était public^. Nous n'en citerons qu'un

1. La pius l'orto preuve de 1 horrible dépravation qui régnait alor< dans le clergé séculier d'Italie, se trouve dans le traité de saint Pierre Damien, intitulé Liber gomorrhiantis, qui fut approuvé par le pape saint Léon IX, mais qu'Alexandre II jugeait avec raison d'une trop grande crudité pour être livré au public. C'est pourquoi le pape déroba cette œuvre à son auteur et renferma dans une cassette Voir les plaintes de saint Pierre Damien à ce sujet, liv. II, c. C.

2. DôLLiNc.iu, Lelirlmcli dcr Kirchen Geschicftte, t. II, § 82. Stentzf.i., Gcschichte dcr frœnhischen Kaiser, t. I, p. 100.

5. Omnia minisferia ecclesiastica eo temporc ita liabebantur vcnalia, quasi in foro sîecularia mercimonia. Rauil. GLAcm, 1. Y, c. T^.

exemple : il y avait, en 1060, à Florence, un évéque, fils d'un seigneur de Pavie, nommé Tlieuzon Mezzabarba, dont les moines et les catholiques zélés ne respectaient guère l'autorité, parce qu'ils Taccusnient d'avoir acheté notoirement son évéché. Le père de l'inlrus, homme simple et franc, l'étant venu voir, des Florentins dirent au vieillard : «Seigneur « Theuzon, avez-vous payé une grosse somme au « roi pour obtenir l'épiscopat de votre fils? » — « Par le corps de saint Syr, » répondit Theuzon, « on n'obtient pas un moulin, chez le roi, sans « qu'il en coûte beaucoup d'argent ; aussi ai-je « payé, pour l'évêché de Florence, trois mille « livres comme un sol \ »

Après avoir, de la sorte, acheté leur dignité, soit de l'empereur, soit de ses vicaires ou de quelque au-tre usurpateur laïque; après avoir payé, au poids de l'or, aux métropolitains et aux chapitres, le prix de leur prétendue élection, les prélats prévaricateurs se créaient, à leur tour, d'importantes ressources, en vendant au clergé inférieur les offices ecclésiastiques de tous les degrés et le droit d'occuper les paroisses et les bénéfices^ Tels étaient ces

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