CHAPITRE II
Les nobles peuplent les monastères qu'ils ont fondés.
Seigneurs se faisant moines avant de mourir. — Bouchard de Melun. — Prise d'hal)it à la dernière heure. — Consentement demandé aux femmes et aux enfants. — Calmine, comte d'Auvergne et le leude Romaric, sous les Mérovingiens. — Le moine Amat à Luxeuil. — Les comtes Uodin, Unroc et Badillon. — La noblesse belge au dixième siècle. — Guibert de Gembloux. — Gérard de Brogne. — Ansfred de Louvain. — Soint Robert, fondateur de la Chaise-Dieu, et ses disciples. — Saint Adelelme, do Louvain, au onzième siècle. — Saint Gérard, de Picardie, fonde la Grande-Sauve en Guyenne. — D'autres chevaliers picards imitent Gérard. — Chevaliers gascons. — Chevaliers allemands et paysans moines à Ilirschau. — Norrbreux seigneurs féodaux moines sous Grégoire VII. — Ebrnrd de Breteuil, Thibaut de Provins, Simon, comte de Valois, elc. — L'exemple de ce dernier entraîne d'illustres personnages. — Garnier de Montmorillon. — Arnoul de Pamèlc, elc. — Fondation d'Afflighem par des chevaliers pénitents. — Humilité des nobles dans les monastères. — Frédéric de Lorraine à Saint-Vannes. — Raoul d'Osmond et sa femme. — Nombreuses conversions dans l'aristocratie féodale. — Ce qu'espéraient les nobles qui se faisaient moines.
Du liuilième au treizième siècle, tous les moiiaslères (le TEurope, à l'exception du petit nombre de ceux qui durent leur existence à la piété des rois,
furent fondés par l'aristocratie féodale \ en ce sens que tous reçurent des mains de la noblesse la dotalion territoriale qui devait subvenir à leur entrelien. Mais cctle noblesse ne se bornait pas à fonder des abbayes et à les doter ricliement ; elle s'y jetait elle-même en foule, elle les peuplait de ses enfants les plus illustres et les plus vaillants ^ Car il ne suffisait pas à ces généreux chevaliers de se dépouiller de leurs biens pour l'amour du Christ; c'était surtout de leurs personnes, de leur liberté, de leur orgueil, de leur vie tout entière, qu'ils aspiraient à faire une offrande au Dieu des armées. Quand la contrition entrait dans leurs cœurs, ils ne se contentaient pas d'amoindrir leur patrimoine héréditaire, pour augmenter celui de l'Eglise et des pauvres : c'était en immolant leur nature tout entière, en courbant toutes leurs 1
habitudes et toutes leurs passions sous le joug de la 1
Règle, qu'ils espéraient racheter les fautes et les excès de leur jeunesse, ou les abus quelquefois sauvages de leur puissance '\ Ces abus sont signa-