‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 2)Chapitre 125 sur 196 · LAMBEnx, ad ann. 1075. ap., F'kp.tz, V, p · texte numérisé non relu

LAMBEnx, ad ann. 1075. ap., F'kp.tz, V, p

acclamé pape à couronner l'entreprise du moine llildebrnnd. Ce dernier, on s'en souvient, avait plus d'une fois refusé la papauté*; il désirait vivement laisser à d'autres l'honneur du commandement, tout en consentant à partager, au second rang, la responsabilité de la lutte. Mais Dieu et le peuple romain en jugèrent autrement. Pendant que Hildebrand présidait aux funérailles solennelles du pontife défunt, un mouvement unanime et irrésistible se manifesta parmi le clergé et les fidèles, qui, d'une commune voix, déclarèrent qu'ils le voulaient pour pape. Surpris et effrayé par ces clameurs populaires, Hildebrand voulut monter en chaire pour calmer le tumulte et détourner l'assemblée de sa résolution; mais il fut devancé par un cardinal ^ qui parla de la sorte : « Vous savez, mes frères, que, depuis le temps du « pape Léon, c'est Hildebrand qui a exalté la sainte « Eglise romaine et qui a délivré la cité. Or, comme

1. Un témoignage non suspect, celui de Thierry, évêque de Verdun, l'un des fauteurs les plus acharnés du schisme impérialiste, ni^us apprend que Hildebrand avait été déjà plusieurs fois appelé à la papauté, mais qu'il s'y était dérobé par la fuite : Decentibus pat ribus sœpc electum et accilum, semper quidem animi, aliquando eliam corporis fuga dignitatis locum déclinasse. Thesaur. Anccclot. , t. I, p. 218. On verra encore, plus loin, un extrait très-curieux de l'importante lettre de Thierry.

2. Hugues, surnommé le Blanc, Candidus ou Blaiicust, personnage fort équivoque. Il faut remarquer que Grégoire le destitua de sa charge quelque temps après, proptcr ineptiam et ejiis mores inconditos. Lamb. ScHAiNAB., auu. 1074, ap. Pertz, V. 242. Voir de curieux détails sur lui dans Bonizo, Lib. ad amie, p. 807, 809. 810.

(( nous ne saurions trouver un mi^jlleur ni même « un pareil cantliilat, choisissons-le pour pape, à « l'unanimité, lui qui a été ordonné dans notre « église et dont nous connaissons et approuvons tous « les actes ^ . »

Aussitôt des acclamations formidables firent retentir l'église de Latran, et l'on cria : Saint Pierre a élu pape le seigneur Grégoire !

Couronné et intronisé, malgré ses larmes et ses gémissements % llildebrand espéra quelque temps

llilflebrana

monte sur

le

(rône pontiûcal.

1. Viii fratres, vos scilis quia a diebus Domini Leonis papse hic est Hildebrandiis. qui sanctam Romanam Ecclesiam exaltavit et civitatcin istam liberavit. Quapropter quis adPontificatum Romanumneque meliorem neque talein, qua eligatur, babere possumus... Bonizu, ii&. ad amie, 811.

2. In Lateranensi Ecclesia... dura Hildebrandus archidiaconus esset in ejus exsequiis occupatus, repente factus est in ipsa Ecclesia maxiinus cleri et populi Koniani concursus clamantium et dicentium... > irais expavit, et quasi extra se raptus cucurrit ad pulpitnra, cupiens populuni ipsura sedare... Sed Hugo candidus cardinalis, ubi oraniura vota in Archidiaconum convenisse indubitanter cognovit, citius prie-^ cucurrit... nos Episcopi cardinales unaniraiter ipsura... eligimiis... Et continuo universitate Populi et Cleri acclamante : Dominum Gregoriwn papam S. Petrus elegit; indutus rubea chlamyde... et papali mitra insigiiitus, invitus et mœrens in B. Pétri cathedra fuit intronizatus. Acla Vaticana, ap. Barov., Ann., an. 1075, et Gretser, t. YI, p. 13. Concursus clericorum virorum ac mulierum clamantium : Hildebrandus episcopus. Boxizo. — Dum sanctissimus Gregorius... volo communi clericorum et laicorum diu renitens esset electus. Vit. S.Ansclm. Luccns., c. 2, in Act. SS. 0. B., t. IX. Selon une autre version, Grégoire se cacha pendant quelques jours près de l'église de Saint-Pierre aux Liens : sed tandcra vix inventus ad apostolicam sedem vi pcrduclus... ordinatur. B:;rthoi,d. Coxstans, Chron., ann. 1073, ap. Ussermann, t. II, p. 17. Id cuhninis captus atque coactus cum magno ejulatu ostendit. Fpisl. Bcnialdi ad lieniardain. ap. Usskkji., t. II, [». 417, et

408 SAINT GRÉGOIHE VII,

pouvoir échapper au fardeau qu'il redoutait*. En effet, le jeune roi d'Allemagne, le futur empereur Henri IV, n'avait été, en aucune façon, consulté sur cette élection dont les évêques corrompus du royaume demandaient l'annulation, en représentant au prince les dangers dont le menaçait un homme du caractère de IIildebrand^ De son côté, le pape désirait que sa consécration fût différée jusqu'après acquiescement du roi et des seigneurs allemands à son élection ; il avait même écrit à Henri pour le supplier de refuser son consentement, et pour lui déclarer qu'une fois pape, il ne laisserait point impunis les excès auxquels le roi s'abandonnait".

Ghetser, t. YI, p. 87. Cf. Taul Derniued, c. 27, et les lettres de Grégoire lui-même, 1. ï, ep. 1, 3, 4, 8, 9. Le récit officiel donné parBaronius, d'après les Acta Vaticana, place le lieu de l'élection à Saint- Jean de Latran, tandis que le décret d'élection, rendu par les cardinaux, et également public par Baronius, le met à Saint-Pierre ad Vlncula : il est possible que le sacré collège se soit réuni daus cette dernière église pour délibérer, avant même que le mouvement populaire se soit déclaré à Saint- Jean de Latran où devaient naturellement se célébrer les funérailles. Bonizon, contemporain, dit du reste expressément que l'élection eut lieu à Saint-Jean de Latran, et que Grégoire fut entraîné et intronisé à Saint-Pierre aux Liens.

1. Onus quod milii invito et valde reluctanti impositum est. Rcgcst. S. Gregor. vu, Ej). 1, 1.

2. Asserentes quodnisi impetumhominis prîcvenirematuraret, malum hoc non in alium gravius quam in ipsum regem redundaturum esset. Lamb., ann. 107Ô.

3. Perlractans... quid faceret, non aliud invcnil , quam ut régi suam notificaret cleclionem, et per eum si posset, sibi papale impositum onus devilaret. Nam missis ad eum continuo litteris et mortem papœ notiricavit,ct suam ei electionem denuntiavil, intenviinatusque si ejus elcctioni asscnsum pra-buisset nunquam ejus neipiitiam pa-

AiOINE ET VXVE. 40i>

Miiis Henri, se contentaiil de l'espèce de déférence de Ilildebrand, approuva l'éleclion de celui qui devait anéantir à jamais sa prérogative usurpée*. Cependant Henri, depuis longtemps, avait pu connaître et apprécier, avec toute la chrétienté, le grand homme qu'il allait avoir pouradversaire. Depuis longtemps, les yeux du monde étaient (ixés sur Ilildebrand, qu'amis et ennemis s'accordaient à reconnaître pour le plus éneigique repré-^ sentant de Taulorilé du Saint-Siège et de la majesté romaine. Voici, du reste, quelques vers adressés au premier ministre d'Alexandre II par un moine du Mont-Cassin, AlHino, devenu plus tard arche- v\\Lvvv/o • j

véque de Salerne. Ils expriment bien l'opinion des J-i^tA- - vAA/n4o catholiques du temps, et, de plus, ils font comprendre comment s'alliaient, dans l'esprit des moines, les grandeurs chrétiennes de l'Eglise mère

ticnter putaturum. Bonizo, p. 811. — Ne assensum prseberet attentius exoravit quod si non faceret, certum sibi esset, quod graviores et manifestos ipsius excessus impunitos nullatenus toleraret. Card. Aragon., ap. Muratoiu, Script., t. III, 1. I, p. 304. Celte lettre ne se trouve pas dans le recueil des épîtres du pape : mais l'autorité de Donizon, pour les faits contemporains et italiens, est incontestable (voy. Stkntzei., t. II, p. 72). Il est d'ailleurs certain que Grég-oirc différa sa consécration pendant deux mois, puisqu'il intitule toutes ses lettres, depuis le 21 avril jusqu'au 2S juin : Gregor'ms in Romanum Ponlifwem cleclm ; et que celles du 30 juin seulement portent : Gregorius episcopus scrvus scrvorum Dei. Bonizo dit expressément qu'il fut ordonné prêtre la vigile de la Pentecôte, et sacre le jour de saint Pierre 1073.

1 . Voir dans Lambert d'Ascliaffenburg le récit de l'ambassade du comte Ebcrard de ilcllcnburtr à Romo.

et maîlresse avec les éclatants souvenirs de cette Rome païenne, que la Rome des papes pouvait seule remplacer et surpasser :

« Tu sais, lïildebrand, quelle est la gloire ré- « servée à ceux qui se dévouent à la chose public( que. La voie Sacrée, la voie Latine, et le sommet « illustre du Capitole, ce trône de l'empire, sont là « pour te servir d'enseignements \ Aussi, ne recu- « leras tu ni devant le labeur le plus rude, ni dc- « vaut la fraude la plus perfide ; tu ne crains pas « le venin caché de l'envie, plus dangereux que la « peste aux gens de bien et qui n'est mortel que « pour eux. Mais cette haute science du bien et de « l'honnête, que tu professes, t'a prouvé qu'il vaut « mieux inspirer l'envie que la ressentir. Le droit « est toujours du côté de ton jugement; la rare « énergie de ton cœur, ta noble vie dévouée tout « entière à la poursuite du bien, fournissent à ton « génie et la vigueur et les armes qu'il emploie ^ c( Grâce à toi, Rome redevient la reine des villes. « Grâce à toi, Rome redevient jusle : et la barbarie, « toute fière qu'elle soit de ses royales généalogies, « s'arrête et tremble devant toi. Armé de ton génie « et du glaive flamboyant de l'archi-apôtre Pierre,

Idem sacra Et Latina referL via , Illud et Capitolii Culmen eximium, Thronus Pollens inipcrii, docet.

Omnc judicio tuo

Jus favel...

Cordis eximius vigor

Vila nobilis, optimas

Ras secuta, probant qiiidem

Jiuis iiigciiiuni, modo

Ciijus arlibus tueris.

« va dompler la cruauté et briser la violence des « barbares, et fais-leur sentir, jusqu'à leur dernier « jour, le poids du joug antique ^ Oh ! qu'elle est (( grande, la force de ranatbème! Tout ce que Marins, « tout ce que César n'ont pu achever qu'au prix « du sang de tant de soldats, toi, tu le fais avec une « simple parole ! A qui Rome doit-elle le plus, aux « Scipions et à ses autres héros, ou bien à toi dont « le zèle a reconquis à la cité sa juste puissance? « A eux, pour avoir comblé de biens leur patrie, à « eux de jouir, dit-on, de la paix perpétuelle dans « une région lumineuse ^ Mais à toi, bien autre- « ment grand qu'eux, à toi de vivre dans une éter- « nelle gloire, et de monter au rang de Pierre et « de Paul, tes concitoyens'. »

Eas timet Seva barbaries adhuc, Clara stemmate reg:io.

His et archiapostoli Fei'vido gladio Pétri Frange robur et impetus lUius, vêtus ut juguni Usque sential ultimum.

Quanto vis anathematis !

Quicquid et Marias prius Quodque Julius gérant

Maxima nece militum, Voce tu modica facis.

Roma quod Scipionibus Cœterisque Quirilibus, Debuit mage quam tibi?...

Tu quidcm...

... manet Gloriose perenniter Vita, viribus ut luis Compareris Apostolis.

3. Le texte entier de ce poëme en vers iainbiques, dont nous ne hommes pas sûr d'avoir toujours saisi le sens, a été publié par Baroiiius {AmiaL, an. lOGl), et par Uglielli, dans les Anecdota, au tome X de Yllalia sacra. Une nouvelle version en a été donnée par Gresclrecht dans son opuscule latin De liUcrciiwn studio apnd Halos,

CHAPITKE m

Concours prêté par l'Ordre Monastique à saint Grégoire VII

Les moines, les seigneurs, les paysans défendent le pape. — Les li£bilants des villes, les clercs simoniaques, les nobles excommuniés servent l'empereur. — Le concours des laïques plus utile au pape que celui du clergé. — llcrlembald, le chevalier du Christ. — Des laïques sont chargés de faire exécuter les canons. — Parole terrible de saint Hugues de Cluny. — Deux évêques allemands osent seuls publier les décrets du pape contre les prêtres concubinaires. — Philippe, roi de France, protège les simoniaques. — Conciliabule de Brixen. — Lettre des clercs de Camlirai à ceux de Reims. — Deux monastères prennent seuls le parti d'Henri IV. — L'Ordre Monastique fournit à Grégoire ses champions les plus intrépides. — Les conseillers de Grégoire VU étaient moines pour la plupart. — Confiance absolue qu'avait Grégoire VII en Hugues de Cluny. — Élection populaire de Hugues de Bourgogne au siège de Die. — Jarenton, abbé de Saint-Bénigne de Dijon. — Trois moines français dévoués à Grégoire VII. — Les trois moines les plus chers à Grégoire VII, auxiliaires fournis par le Mont- Cassin. — Saint Anselme de Lucques. — Conversion de l'archevêque Hannon. — Uélablissement de Ilirschau.

Rien n'imporle phis au but de cette étude que de prouver l'union intime et fondamentale des destinées de TOrdre Monastique avec la cause de raffranchissement et de la réforme de l'Eglise. C'est pourquoi, avant de caractériser les événements

SAINT GUÉG0IIU<: Vl[. 113

dont nous avons raconté les préludes, nous croyons essentiel de conslattn^ que la famille de saint Jlenoil, dont les immenses développements contribuaient si puissamment, depuis cinq siècles, à la grandeur et à rindépendance du catholicisme, fut encore, à l'é- Moines, seignem s

ot pnvsans

poque dont nous })arlons, la milice choisie du Sei- déienseurs gneur, et que les moines lurent a peu près les seuls instruments de la grande et salutaire révolution qu'opéra Grégoire VII dans la discipline et l'organisation de l'Eglise.

Cette vérité ressort déjà de la situation générale des différents ordres de la hiérarchie ecclésiastique, telle qu'on l'a exposée plus haut ; mais il reste à établir, par des faits spéciaux et des indications précises, que si l'ordre de Saint-Benoît n'avait pas alors existé, le pape n'aurait réellement su quelle force invoquer ici-bas pour combattre les maux invétérés qu'il fallait à tout prix extirper.

Ce n'est pas que Grégoire n'eût que des adversaires parmi les clercs et ne comptât point de partisans au sein du peuple chrétien. Ceux qui s'honoraient alors du litre exclusif de catholiques^ ceux à qui la postérité Ta confirmé, étaient, au contraire, tout dévoués au pontife \ Dans son camp venaient se ranger tous ceux qui, comme il le disait dans sa correspondance, « craignaient le Seigneur, aimaient « la justice et chérissaient la liberté de l'épouse

1. Calholicis viris beiie placuit : simoniacis vcro et fautoribus régis nimiuin displicuit. Marlaiim Scotus Chron., ami. 1074.

« du GhrislV » On verra plus loin les motifs poli- X tiques qui, en dehors des sympathies religieuses, devaient attirer sous ses drapeaux la plus grande partie de la noblesse allemande. Le peuple des campagnes, qui recevait l'impulsion des seigneurs et des monastères, semble s'être, en général, prononcé pour Grégoire, et constituait ce vulgaire troupeau dont l'empereur Henri IV reprochait au pape d'avoir mendié la faveur, dans la fameuse lettre où il lui notifiait la sentence de déposition prononcée contre lui par le concialiabule de Worms^.

Les habitants Ilcuri trouvait, au contraire, des auxiliaires natuviiies, les clercs rcls daus Ics populations des grandes villes, etsur-

simoniaques .„ , . , . • i -•!

sonties tout dcs viUcs cpiscopalcs, qui, aussi iiostiies, par

auxiliaires . . i i • i > i i • .• j

(te l'empereur. Histmct ct par habitudc, a la domination des évoques établis dans leur enceinte qu'à celle de la noblesse féodale des campagnes, se montraient toujours disposées à seconder le despotisme royal.

1. Omnibus in partibusvestris Dominum timentes ac siionsfe Chrisli libertatem diligentes. Ep. IX, 3. Te tuosque omnes socios qui ju£titiam amatis, et beati Pétri sedcm diiigitis. Ejy. VI , 14 , au duc \^■elf.

2, Tibi favorem vulgi comparasti. — Bruno, dcBello Saxon., c. 67, et Cod. Udalr. Bab., n. 163. Cependant on voit que, parmi les paysans mûmes, il y en avait qui se laissaient aller aux impressions des impérialistes, comme le prouve le trait curieux de ce campagnard qui, voyant le pape entrer à Salernc, murmura secrètement contre lui, et en fui puni par la perte de la parole, jusqu'à ce que Grégoire eût prié pour lui : Adstans quidam rusticus... En auctor prœliorum ct seditionum ; postquam lotum oommovit orbem, banc inquictare venit urbem. Paul Beknried, in fin.

MOLNE ET PAPE. 415

Wornis et Cologne, insurgés contre leurs éveques orlhodoxcs, s'étaient tout d'abord prononcés pour lïenri, dont les armées étaient principalement composées de marchands ^ Les villes toscanes et lombardes, qu'on devait voir, au douzième siècle, invoquer le secours de la papauté après avoir secoué le joug impérial, étaient alors presque toutes dévouées au souverain allemand ^ Naturellement les empiétements de la royauté et les mœurs relâchées du clergé ne manquaient pas d'appiobateurs parmi les laïques. Henri comptait au nombre de ses partisans tout ce qu'il y avait, dans la société d'alors, d'irréligieux et de profane : nobles excommuniés pour leurs brigandages, et dont le roi luimême avait commencé par approuver la juste' condamnation; usurpateurs des biens ecclésiastiques, patrons et complices de la simonie dans lout l'empire ; en un mot, tous ceux dont les passions avaient été froissées, les désordres réprimés, et qui voulaieni, dans leur fureur, anéantir le pouvoir spirituel, et, en même temps, s'il se pouvait, la vérité inflexible qui gêne les penchants et humilie l'orgueil de la nature déchue.

Autant, du reste, ce parti était nombreux, au-

1. Maxima pars ex mcrcatoiibus erat. Br.uxo,f/e Bello Saxon., p. 215. Elles renfermaient aussi quelques paysans libres du duché de Franconie ; c'est du moins ainsi que Stentzcl (I, 440) traduit les coniproviuciales rusticos dont parle Bemold.

y. Milan surtout, qui fut plus tard le foyer de la résistance.

A\(j SAINT GRÉGOIRE VJI,

tant son infériorité morale s'était montrée évidente depuis le commencement de la lutte, à l'exception d'un très- petit nombre de seigneurs, tels queGode- ^~ froy de Bouillon \ qui croyaient, de bonne foi, remplir un devoir féodal en restant fidèles au , suzerain, même excommunié. La pratique des ver-

j .*W^T^ i^- 1 ^yg chrétiennes, l'enthousiasme de la foi et de la ^^ , ^\ i 5 chante, si puissantes alors dans toutes les classes

*. ou^J^Uu^^i^»* de la société catholique, avaient presque disparu du camp des impérialistes ; et cependant plusieurs historiens contemporains les ont défendus^ ; ils ont trouvé, au sein même de l'épiscopat et du clergé, jusqu'à nos jours, des apologistes nombreux; mais on cherche en vain, dans leurs récits, un seul Irait de ce généreux courage, de cette humble piété, de ce désintéressement magnanime qui signale chaque page de l'histoire de leurs adversaires.

Grégoire , au contraire , comptait parmi les laïques de son parti des caractères élevés et purs.

1. Le pilier chef de la première croisade : il avait reçu en fief le marquisat d'Anvers, à la mort de son oncle Godefroy, duc de la basse Lorraine, mari de la grande-comtesse Mathilde , mais qui ne vécut presque point avec elle, et fut jusqu'à sa mort, en 1070, un des principaux appuis de Henri IV. — On croit que ce fut de la main de Godefroy que le roi Rodolphe reçut le coup mortel à la bataille de l'Elster ; mais, à part cette circonstance, il ne figure plus dans la suite de la lutte, et la bonne intelligence qui régnait entre le pape et lui, à l'époque de la première croisade, montre assez qu'il avait dû modérer considérablement son dévouement à l'Empereur.

2. Voy. le recueil intitulé Apologiœ pro Heiirico IV, publié par Golclast en 1611, in-4"

Ces laïques lui otTraient généralemenl plus de ressources que le clergé; il Ta lui-même reconnu dans une lettre à un certain comte Adalbert et à sa femme, où il remercie Dieu de ce que de simples fidèles et même des femmes se dévouent à la défense de la religion, tandis que des évèques trahissent indignement la loi de Dieu ^

Au premier rang de ces femmes et de ces laïques on remarquait Béatrice, comtesse de Toscane, mais surtout sa fille, l'immortelle Matliilde, dont l'affection fut la plus grande des consolations humaines pour Grégoire; Mathilde qui vivait devant Dieu comme une religieuse, devant les hommes comme un chevalier % et qui, empruntant les paroles de l'Apôtre, déclarait à Grégoire que ni les tribulations, ni l'angoisse, ni la faim, ni le péril, ni la persécution, ni l'épée, ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les principautés, ni les vertus, ni le présent, ni l'avenir, ne pourraient jamais la séparer de l'amour de Pierre \ On sait comment l'héroïne lint parole.

Le ooncoiirs

(l«s laïques

plus utile

au pape

que celui

du clergé.

i. Gratias Deo referimus quoi ve! laici et mulieres ad Dominum mentes erigunf, et cultum religionis... tenere contendunt. Nam et illi qui propter lucrandas animas episcopi vocati et constituti sunt... liis teinporibus seducti a diabolo non solum verburn Dei de.scrunt, sed irnpugnare et omni conatu subvertere non desistunt. Eplst. lï, ii.

'2. Quse spiritualis et religiosissima in occulto, secularem aut, ut verius dicam, militarem ^agebat vitam in manifesto. Vit. S. Anselm. fjicen., c. b. Cf. Hug. Fi,av., p. 228.

ô. Quod non tribulatio, non angustia, non famés, etc. . poterat eam

MOINES d'oCC. VI. 27

r Hericmbaid, ^ g^g côtés mérite d'être particulièrement signale

l'intrépide ^ ^ °

chevalier HerlembaM, seigneur milanais, qui, dès le pontichrisi. ficat d'Alexandre II, avait dirigé, de concert avecle diacre Ariald, la résistance des catholiques lombards contre les simoniaques et les nicolaïtes ^ . Herlembald mit au service de sa cause une éloquence remarquable, un courage à toute épreuve et une infatigable activité^Pour s'entretenir dans l'humilité, pendant la lutte, il se complaisait à laver les pieds des pauvres, et, après les avoir essuyés, il les baisait et se les mettait sur la tête, en se prosternant. Les éloquenteslettres de Grégoire à son ami portaient cette suscription : « A Herlembald, rintrépide chevalier « du Christ^, » Le chevalier justifia la qualification en mourant martyr de la pureté, du dévouement, et, comme dit son épitaphe, « immolé par la main des «serfs de Vénus et de Simon le magicien*. » Le monde catholique, attentif à la lutte, pleura le héros chrétien; sa mort consterna, jusqu'au fond

separare a caritate Pétri... Rom., c. viii, Baron., Ann., ad ann. 107i, n. 10.

i. On appelait ainsi les partisans du mariage des prêtres.

2. Ipse orator facundissimus etsub liabitu scculari athleta Dei sollertissimus, etc.. Bertiioldi Ann., 1077, ap. Peutz, V, p. 2. Cf. Bo- Nizo, Lib. ad amie, p. 800, 810.

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