‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 2)Chapitre 180 sur 196 · HOMMES · texte numérisé non relu

HOMMES

il ne manqua pas non plus aux hommes de cœur qui comprenaient le besoin de trouver dans la plus haute autorité du monde chrétien un secours efficace contre les envahissements du pouvoir impérial. Voilà le secret de l'alliance plus ou moins étroite qui, pendant si longtemps, attacha plus ou moins étroitement, à la cause de la papauté^ nonseulement tous les princes de la Saxe ou de la basse Allemagne, mais encore ceux du Midi, tels que Rodolphe, duc de Souabe, Welf, duc de Bavière, la puissante maison de Zôhringen, les comtes de Steffeln, de Stûhlingen, de Toggenburg, et beaucoup d'autres encore.

Tous ces laïques combattirent avec énergie et persévérance sous le drapeau de l'Église, contre Henri IV, tandis que la grande majorité des évoques allemands, qui devaient leurs sièges à la simonie, combattaient pour l'empereur et le soutenaient de toutes leurs forces. Les princes et la noblesse de l'Allemagne, indépendamment de l'indignation qu'ils devaient ressentir comme chrétiens, à la vue du triomphe des simoniaques et des affreux scandales de la vie privée de leur roi, avaient encore à lui reprocher les atteintes les plus graves aux droits et aux libertés garanties par la constitution de l'Empire ; à la dignité et à l'indépen-

1. Cum univers! fereab eo (Ilenrico) Germaniœ seculares principes defecissent. O.vupii. Panvvin, Vit. Greg. VU, ap. Guetseu, p. 109.

dance de chacun dos membres du grand corps germanique.

Entouré de ses prélats prévaricateurs el de gens de Les évêques

■^ prévaricateurs

bas étaoe, qu'il avait élevés au comble des lion- appartenaient

. . . , . tous

neurs, Henri méditait l'anéantissement de la no- au parti du roi. blesse \ qui composait alors, avec le clergé, la force réelle et légale de la nation. La destitution, sans jugement, des titulaires des plus grands iîefs de TEmpire, les impositions levées au gré du caprice impérial, les emprisonnements arbitraires, les pi 1 lages, les oppressions, les violences de tous genres, étaient les moyens employés par le prince^ Son but avoué, dit une ancienne chronique allemande, était « de ne pas laisser vivre, dans son royaume, « d'autre seigneur que lui-même, afin d'y être le « maître unique de tout '\ » Pour y arriver, il dut faire construire des forteresses, non pas, comme les princes le déclarèrent à la diète de Tribur, en 1076, pour protéger l'Empire contre les païens, mais pour enlever toute sécurité à la patrie, pour faire passer la têle des hommes libres

1. Replicabant... quod remolis a familiaritate sua priiicipibus, infiraos homines et nullis majoribus ortos summis honoribus extulisset, et cum eis noctes perinde ac dies in deliberationibus insumens, ultimum, si possil, nobilitati exterminium machinaretur. Lamb. Schaf.nab., ann. 1076, ap. Pertz, t. V, p. 232.

2. Voir le détail de ces griefs, maintes fois répétés, dans Lambert d'Aschaffenbourg et Bruno.

3. Ut solus omnium dominus esset, nullum in regno suo dominum vivcre vellet. Chron. Macdcb., apud Meibom., Script, rer. Germ., t. II. p. 304.

SOUS le joug de la plus dure servitude'. Le sang d'une foule d'innocents avait coulé par ses ordres, sans autre motif, comme le proclamait saint Gebhard, archevêque de Salzbourg', « que de « rendre serfs ceux qui étaient fils d'hommes « libres ^ »

En de telles circonslances, les chefs de la noblesse et de l'Église, se fondant sur le droit public de leur pays et de leur temps, se crurent parfaitement autorisés à déposer l'auteur de telles attaques contre l'ordre social qui était accepté comme le seul légitime. Pour bien apprécier leurs motifs, écoutons un historien contemporain de la lutte, qui, après avoir été l'exemple des Français et du roi Childéric III, parlait ainsi : « Des hommes lift bres avaient choisi Henri pour roi, à la condi- « tion qu'il jugerait équitablement et gouvernerait « sagement ceux qui l'avaient élu. Mais ce pacte, « le prince n'a cessé de le violer et de le mépriser, « tyrannisant ses sujets innocents et contraignant « le plus de chrétiens qu'il a pu à violer les « lois de la religion. Par ces motifs, et sans qu^il

1. Non quibus vis et impetus barbarorum arceatur, sed quibus patrise tranquillilas eripiatur et liberis servicibus durissimse servitutis jiigumimponatur.

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