‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 2)Chapitre 181 sur 196 · A l'entrevue de Kauffungen en février · texte numérisé non relu

A l'entrevue de Kauffungen en février

3. Cognatos sive milites nostros in nostris finibus innocentes occidit, cum nulla fuisset ei causa bellorum, nisi quod serves liabere volebat filios hominum liberorum. Bruno, de Bcllo Saxon, ap. I'e^tï,, t. V, p. 582.

« fût besoin de la sentence pontificale, les princes « allemands pouvaient, en loule équité, refuser de « le reconnaître pour roi, puisqu'il avait manqué « au pacte accepté par lui comme condition de son « élection. Or, ce pacte ayant été déchiré, n'est-il « pas évident qu'Henri a cessé d'être roi, lui qui « s'efforce, non de gouverner ses sujets, mais de « les précipiter dans l'erreur ? N'est-il pas certain « que tout vassal n'est obligé, par son serment de « fidélité envers son seigneur, qu'autant que ce « dernier, de son côté, accomplit le devoir que tout « seigneur doit à son chevalier ? Que si le seigneur « vient à manquer à ce devoir, le vassal n'a-t-il « pas le droit de se considérer comme dégagé de a toute obligation de vasselage? Oui, certes, il en « a mille fois le droit, car nul ne saurait l'accuser « d'infidélité et de parjure, s'il a rempli sa pro- « messe en combattant pour le seigneur aussi « longtemps que celui-ci aura tenu ce que tout « seigneur doit à son vassal \ » Maintenant, qu'on

4. Liberi homines eo pacio sibi proposuerunt in regem, ut electores suos juste judicare et regali Providentia gubernare satageret: quod pactum ille praevaricari et contemnere non cessavit : videlicet, quoslibet innoxios tyrannica crudelitate opprimendo, et omnes quos potuit christianae religioni repugnare constringendo. Ergo et absque sEDis APosTOLict judicio, principes cum pro rege merito refutare possent, cum pactum adimplere contempserit, quod iis pro electione ^ua promiserat. Quo non adimpleto, nec rex esse polerat. Nam rex nullatenus esse potest, qui subditos suos non regere, sed in errorem mittere studuerit... si ergo dominus militi debitum reddere contemnit, numquid non libère miles eum pro domino deinccps récusât ha-

veuille bien accorder quelque attention aux paroles que nous allons transcrire et qu'un autre historien contemporain fait prononcer, dans l'assemblée qui détermina le grand soulèvement de 1075, par le duc Otton de Mordheim, l'un des principaux chefs de l'insurrection : « Parce que vous êtes chré- « tiens, peut-être craignez-vous d'avoir violé les ser- « ments prêtés au roi Henri. Yotre crainte est sans « doute raisonnable ; mais encore faut-il que vos ser- « ments aient été prêtés à un véritable souverain. « Tant qu'Henri a été roi et qu'il a fait son devoir « de roi, je lui ai gardé intacte la fidélité que je « lui avais jurée; mais, depuis qu'il a cessé d'être « roi, ce n'est plus à lui que je dois ma ^oi. C'est « pourquoi j'ai pris les armes et tiré l'épée, non « contre le roi, mais contre le spoliateur de ma « liberté ; non contre la patrie, mais, au con- « traire, pour la patrie et pour cette liberté qu'un « homme de cœur ne doit perdre qu'avec la vie ; « et je vous exhorte à faire comme moi. Levez- « vous donc, sachez assurer à vos enfants l'héri- « tage que vous avez reçu de vos pères, et ne souf- « frez pas que des étrangers vous réduisent en ser- (( vitude, vous et votre postérité ^ »

bere ? Liberrime, inquam ; nec quilibet bujusmodi militem infidelitatis vel perjurii merilo accusabit.PAUL.BERNRiEo., de Gest. Greg. YIU c. 97, ap. Gretser, p. 155-154.

1. Portasse quia christiani estis, sacramcnta régi factaviolare timetis. Optime, sed régi. Dum milii rex erat et ea quœ régis sunt,faciebat,

Telle était la doctrine politique des chrétiens du moyen âge. Ils croyaient avoir le droit de déposer un souverain indigne et d'en élire un autre à sa place, comme ils le firent. Mais, ainsi que les seigneurs français, à Tavénement des Carlovingiens, ils sentirent le besoin de faire ratifier et consacrer leur œuvre par le chef spirituel des chrétiens. L'anathèmc dont Henri était déjà frappé, à cause de ses nombreux attentats contre l'Eglise, avait été l'un des principaux motifs de leur insurrection, et devait prédisposer le pontife en leur faveur. Ils résolurent d'associer leur cause à la sienne, et ils l'invoquèrent comme le juge suprême de la chrétienté * . Ce furent donc les princes allemands qui provoquèrent le pape à décider des destinées de l'Allemagne, et qui, selon l'expression d'un missionnaire protes-

Opinion

du moyen âge

sur

le droit (le déposition.

fidelitatem... servavi : postquam vero rex esse desivit, qui fidem servare deberem, non fuit, Igitur non contra regem, sed contra injustum meœ libertatis ereptorem, non contra patriam sed pro;;«^n«et libertate mea, quam nenio bonus nisi cum anima amittit... capio... Igitur expergis... Bruno, de Bello Saxonico, cap. 25, ap. Peutz, t. V, p. 337. On peut voir le juste éloge que fait Pertz de cet auteur qui écrivait son histoire dès 1082.

1. C'est ce qui est parfaitement exposé dans le passage suivant d'un autre auteur contemporain: Illi etenim propter insolentiam suam et anathema, Ilenricum regem et dominum abrogaverunt... decreverant enim apud se, ut accersito humiliter sancto Papa Gregorio in civitatem Augustam, ctiam ipsum in commune totius regni consilium ante judicem univcrsœ christianitatis advocarcnt, desidei^antes, ut auctoritate apostolica, aut emendatum eumdem et absolutum recuperarent, aut, ipso juste reprobato, alium in Christum cligerent. Vit. S. Anselmi, cp. Lucens, aucf. B. cocetaneo, c 14, ap. Guetsui, t. VI, p. 472, elAcT. SS. 0. B., t. IX.

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tant de nos jours, mirent la première couronne du

monde entre les mains du pape*.

Mais, encore une fois, ils avaient proclamé le droit de déposer leur souverain, pour cause d'indignité, bien avant d'y avoir été autorisés ou excités par le sainl-siége. En 1066, époque où Hildebrand n'était encore qu'archidiacre et où l'Eglise romaine ne se mêlait en rien des affaires d'Allemagne, les archevêques de Cologne et de Mayence, d'accord avec les principaux seigneurs de l'empire, rassemblaient une diète à Tribur et déclaraient au roi qu'il avait à choisir entre la déchéance ou le renvoi de son ministre Adalbert de Brème \ En 1075, à la conférence de Gerstungen, alors que Grégoire ré-

1. LiJDEN, 1. XIX, c. 5«, t. IX, p. 102. On ignore pourquoi cet auteur ajoute qu'ils renoncèrent en même temps à leur ancien droit d'élection, car chacun sait qu'ils élurent aussitôt après, et malgré le pape, Rodolphe duc de Souabe pour roi. Eichhorn [deutsche Staats tind Rcchlsgeschiclile, §251), dit avec plus déraison que ce fut alors seulement que l'Allemagne devint en réalité un royaume électif.

2. Non ultra laturi injuriam videbantur principes rcgni. Archiepiscopi . . . cum ceteris quibus cura erat reipublicœ dum generalis colloq uii omnibus indixere regni principibus, in Triburiam convenientes... régi denuntiarent, aut regno ei sedendum esse, aut familiaritate et amicitia Bremensisarchicpiscopi dcfungendura... Statutadie tristis in regem omnium vultus, tristis erat sententia, ut adtregno se abdicabet aut archiep. Bremensem a consiliis suis atque a regni consortio amoveret. Lambert. Schafnab., ann. 10G6, apud Pertz, Y, 172. — En présence de pareils textes, que penser des audacieuses falsifications de ceux qui, depuis deux siècles, répètent, les uns, que les papes ont inventé le droit de déposition, les autres, que les siècles catholiques furent des époques d'abaissement politique et de despotisme monarchique. La vérité, c'est que le despotisme est une invention moderne

cemment élu élaiL dans les meilleures relations avec Henri IV, les vingt-quatre plénipotentiaires choisis parmi les princes des deux partis, pour examiner les griefs des Saxons contre le roi, tombaient d'accord sur les points suivants : d'abord, que les Saxons n'avaient à se reprocher qu'une chose, c'était d'avoir supporté trop longtemps une odieuse tyrannie ; et, en second lieu, qu'il y avait nécessité de se débarrasser d'un souverain détestable, pour le remplacer « par un autre plus idoine^ ». Et, en effet, Rodolphe de Souabe aurait été, dès lors, choisi pour roi, s'il n'avait opiniâtrement refusé une élection qui n'aurait pas été l'œuvre d'une assemblée générale, convoquée à cette fin *.

Quatre ans plus tard, après des alternatives d'une iienri iv est

1 ^ i • , déposé

guerre sanglante et après la première excommu- par les seigneurs

, TT • 1 • d'Allemagne.

nication prononcée contre Henri, les seigneurs d'Allemagne, sans tenir compte de l'absolution obtenue par le prince à Canosse, se réunissaient à la

i. Obslupuerunt principes qui a rege vénérant, et suœ immanitate scelerum tinniebant aures omnium, nec eos, quod pro libertate sua, pro libcris, pro conjugibus arma sumpsisscnt, sed quod intolerabiles contuniclias muliebri patientia tam diu supportassent, culpandos censebant. Cumque toto triduo consilia contulissent, et quid lucro opus esset communi soilicitudine perquirerent, hœc postremo cunclis sententia convcnlt, ut, reprobalo rege, alium qui gubernando regno idoneus esset, eligcrent. Lambeut., ann. 1073, p. 203.

2. Rodulfum... absque dilatione eligerent, nisi ille pertinaciter resistondo juraret se nunquam in boc consensurum nisi a cunctis principibus, conventu babito, sine nota perjurii, intégra existimatione sua, id facere posse decerneretur. Ibid.

diète (le Forcliheim et y proclamaient la déchéance d'Henri IV auquel ils donnaient pour successeur le même Rodolphe, malgré ses protestations et sans lui laisser une heure de réflexion * . Or il est certain que, loin d'avoir fomenté cette élection, Grégoire la blâmait au contraire comme trop précipitée, quoiqueses légats y eussent présidé, et qu'il n'y accéda qu'après avoir épuisé tous les moyens de conciliation vis-à-vis d'Henri IV. Néanmoins, pendant les trois années qui précédèrent la reconnaissance du nouvel élu par le pape, Rodolphe ne cessa point d'être considéré comme le seul roi légitime par tous les catholiques allemands ^ Au surplus, la grande assemblée où l'élection venait de s'accomplir eut grand soin de faire constater, par le nouveau roi lui-même, le caractère conditionnel et purement électif de son autorité. H dut, en effet, s'engager non-seulement à ne jamais intervenir dans la disposition des dignités ecclésiastiques % mais encore à renoncer for-

i. Frustra renitentem, frustraque vel unius horse inducias pctentem. Paul. Bernried.

2. Ilunc igitur Rudolplium tam légitime electum... Electusest autem ab archiepiscopis, episcopis, ducibus, comitibus, majoribus atque minoribus, in conveiitu apud Ferchheim (15 mart. 1077) ...cura nuUis hujusmodi promotio displicuerit, nisi illis tantum, qui sub legitimo principe, simoniacaî hseresi, aliisque criminibus abronuntiaturos fore non dubitabant. Paul. Bernrieu., Vit. S. Gregor., c. 06.

Electus dux Uudolphus in rogem ad defendendam catholicœ Ecclcsiœunitatcm. Vit. S. Ansclm. Luc. a discip. ejus, p. 47*2, ap. Gret- SER. — Ilac electione... communi totius populi suffragio et laudaraento... sic peracta, Berthold., ann. 1077, ap. Pertz, 293.

5. Anteposito sane firmissimo pacto, ne unquam sibi idem Rudol-

mellement à réclamer, pour son fils, la succession au trône autrement qu'à titre électif ^ Ainsi, quand on représente saint Grégoire YII comme le créateur de la doctrine qui autorise la déposition des rois indignes, on méconnaît les faits sans nombre qui prouvent que la théorie et la pratique de ce droit étaient antérieures à son pontificat et tout à fait indépendantes de son influence. Et, quand on ose lui reprocher d'avoir fomenté la guerre civile en Allemagne, par l'exagération de ses principes et de ses décisions, on oublie que la guerre y régnait avant son avènement; on oublie que les Saxons^ et les Tiiuringiens', qui comptaient parmi les races les plus belliqueuses, les plus fières, et formaient l'une des nationalités les plus distinctes de l'empire, s'étaient, dès l'an 1071, soulevés d'eux-mêmes,

phus in ecclesiasticis dignitatibus ordinandis ullam potestatem vindicaret. Gerhohi Reicherspergenjis, de Statu ecclesiœ, c. 15.

1. Qui iitiquc rcgnum non ut proprium, sed pro dispositione sibi creditura reputans, omne hsereditarium jus in eo repudiavit, et vel filio SLio se hoc adoptaturum fore abnegavit ; justissime in arbitrio principum esse decernens, ut post mortcm ejus libère, non magis filium ejus quam alium digèrent, nisi qucmad id culminis setate et morum gravitate dignum invenissent. Paul. Berniued., 1. c.

2. Nous ferons remarquer que, sous le nom de Saxe, on désignait alors non pas le petit royaume actuel de ce nom, mais toute la basse Allemagne, tout le vaste pays arrosé par l'Elbe et le Weser, qui s'étendait des montagnes de la Bohème et de la Thuringe jusqu'à la mer du Nord et qui a formé les cercles de la haute et basse Saxe, dans l'ancienne division de l'empire. Cette contrée comprenait, au onzième siècle, les diocèses de Paderborn, Ilalbcrstadt, Hildcshoim, Werden, Magdebourg, Zcitson, Naumburg, Mcrsebourg, Meissen, llavclbcrg et Brandenburg.

SOUS la conduite de leurs princes et de leurs prélats, contre l'intolérable tyrannie du roi Henri S non pour le contraindra à se soumettre au saint-siége, mais uniquement pour défendre et pour reconquérir leurs droits, leurs libertés provinciales, et les anciennes coutumes de leur pays. Ces vaillants fils de Witikind, dont Charlemagne avait eu tant de peine à dompter les ancêtres, ces intrépides Saxons qui portaient chacun au combat trois épées (dont deux pour remplacer celle qui pourrait se briser dans la lutte) % n'avaient pu se résigner à subir patiemment les excès et les usurpations du roi Henri IV ^ Trompés, insultés, outragés, chaque jour, dans leurs biens, dans leurs antiques usages, dans leur sécurité personnelle, dans l'honneur de leurs femmes et de leurs filles livrées à la merci d'une soldatesque sans frein, exaspérés surtout par lesparjureset par l'inexcusable mauvaise foi de leur souverain *, ils aimèrent mieux, dit un moine contemporain, mourir glorieusement pour leur patrie et leur famille que prolonger une vie plus triste que mille morts'. En 1075, ils envoyèrent une

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