‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 2)Chapitre 27 sur 196 · Voir le texte de cet acte, ap. CmoT, 1. 1, p. 282 et · texte numérisé non relu

Voir le texte de cet acte, ap. CmoT, 1. 1, p. 282 et

2. Audita fama nobilium virorum qui in sylva majori nuper incepenint monasteriuni, cogitabam quomodo me possem commendare orntionibus eorum. Cliartul. min., foL 145.

3. Les précieux débris de cette grande et puissante abbaye ont été

Cheval iers-

moines

et

moines-paysans ,

en

Allemagne.

C'est à celle époque, si belle et si peu connue, que se réfère spécialement le curieux tableau de l'abbaye de Hirschau, dans la foret Noire, tracé par Trilhème qui fut successivement l'historien et l'abbé de cette célèbre maison : « Il y avait alors, dans notre «abbaye, » dit-il, «une foule d'hommes considé- « râbles, qui brillaient dans l'Ordre Monastique « comme les astres dans le firmament. Beaucoup « d'entre eux, avant leur entrée en religion, por- « taientde grands noms et avaient obtenu une haute « dignité dans le monde. A côté de ces moines issus « du sang le plus illustre, s'en trouvaient d'autres « sortis de l'humble race des pauvres et des paysans. « Mais, comme une véritable charité fraternelle les « unissait, un même genre de vie leur était imposé « à tous : le noble, en effet, n'avait aucune supério- « rite sur le serf; la noblesse du sang ne donnait « aucun droit aux charges de la maison. Les bonnes « œuvres et la pratique de l'humilité étaient les « seuls titres que l'on reconnût. Et, cependant, on « y comptait nombre de moines versés dans toutes « sortes de sciences, et non moins remarquables « par leur profonde connaissance des saintes Ecri- « tures que par le mérite de leur vie. Grâce à ces « religieux, le nom de Hirschau devint célèbre dans « toute l'Europe : les uns, fils de ducs, de comtes, « de puissants seigneurs, avaient été célèbres dans

arrachés à une destruction complète par la sollicitude éclairée et généreuse de Mgr Donnet, archevêque actuel de Bordeaux.

« le siècle ; les autres, chanoines ou prélats d'é- « glises cathédrales et collégiales, étaient vantés « pour leur science ou pour la puissance de leur « famille ; mais tous avaient foulé aux pieds les (( grandeurs du monde, pour se faire moines par oc amour de Dieu; tous pratiquaient l'humilité des « pauvres du Christ, avec autant de bonheur que <i s'ils eussent été les plus ignorants des hommes, « et issus d'une lignée de mendiants \ »

1 . Erant si quidem in hoc ipso monasterio temporibus Gcbhardi abl)atis et numéro, et merilo, viri prrestantes, et mogni, qui ordiuem monasticum sicut cœlutn astra decorantia illustrabant. Ex his nonnuliiante introitum religionis niagni et nominis, et amplse dignitatis in sœculo extiterunt. Erant hic monachi alto de sanguine nati : erant €t huinili propagine rusticorum ac pauperum sati. Summa tamen inter eos fraternœ cbarilatis dilectio semper extitit, unus vivendi modus omnibus fuit, non prseponebatur ingenuus ex servitio converso : nec sanguis poterat sibi locum usurpare honoris in medio monachocum, sed virtus. >'ani sicut régula nos docet monachoi um, sive scrvus, sive liber, omnes in Christo unuin sumus, et sub uno Domino aîqualera servitutis militiam bajulamus; quia non est apud Deum personarum acceptio : solumaiodo in hac parte apud ipsuni discerni- Kiur, si nieliores ab aliis in opeiibus bonis, et sanctis virtutibus, liuinilesque inveniamur... Unde non immerito nomen Ilirsaugensium monachorum in omni Europa célèbre fuit... Inter quos multi fuerunt in omni génère scientiarum doctissimi, et non minus vitse merito, quam eruditione Scripturarumvenerandi; et multi quidem in sœculo «lagni, et gloriosi ducura, comitum, nobiliumque fdii seu cathedralium, aliaruuKiue canonici, vel prtelati ecclesiarum, ac viri docti, sive magnifîci, odore sanctitatis monachorum Ilirsaugiensium excitati, omnia contemnentes (jute possederant, ad consortium pauperum Christi venerunl, et pro Dei omnipotentis amore monasticce conversntionis habitum suscipientes tanta se in pauperum Christi humilitato dejecerunt, ac si cunctis vit;c diebus idiotœ indoclissimi, aut mendicorum filii exlitissent. Tiutiiemius, Chron. Ilirsaufj., ad nnn. 1099, t. 1, p. 52-2, cd. 1090

De

nombreux

seigneurs

se l'ont moines

sous

Grégoire VII.

Au surplus, de quelque côté que l'on promène ses regards en Europe, au onzième siècle, depuis Télévation de Ilildebrand au gouvernement de l'Eglise, partout où la pénitence et l'amour de la solitude ont réuni des chrétiens, l'admiration s'attache aux actes de ces chevaliers convertis, aux victoires de ces grands cœurs domptés par Dieu seul. En Apulie, voici deux patriciens de Capoue, Ladenulphe et Adenulphe, qui, suivis de leur neveu, gravissent le Mont-Gassin, pour y prendre l'habit de saint Benoît presque sur la tombe du saint patriarche, et lui offrir leur patrimoine qui s'étendait sur toute la Campanie\ Dans les Marches, c'est le jeune Rodolphe qui, de concert avec ses deux frères aînés, donne la liberté à tous ses serfs, offre son château réputé inexpugnable à Pierre Damien et se fait moine dans la congrégation dirigée par le saint docteur\ En Souabe, le comte Eberhard de Nellenburg, reconnaissant des grâces dont Dieu l'a comblé, se sépare de sa femme et de ses six enfants, renonce à ses vastes domaines et à la vie militaire, pour

1. En 1051... Nobiles Capuani una cum Pctro nepote suo siniiil a I hoc inoiiasteriuin {jratia conversionis venerunt, cunctasque facultates et haîreditates seu possessiones suas, quas in toto principatu Capuano habebant B. iJenedicto ex integro obtulcrunt. Leo Ost., C/iron., II, c. 86, On y lit la longue éuumération des domaines dont les deux chevaliers liront le sacrifice.

2. Servis duntaxat libertate donalis, castrum suuni niihi inexpugnabili munilione vallaUnn cum omnibus quœ sui juris erant prœdiis conlulit, atque ad ercniuni veniens, iiabilum nionaslica) professionis accepit. Sancti Petui Damiam Vit. S. liodulpk in Opcr.,\). 557.

s'enfermer dans le monastère qu'il fonde sur les bords du Rhin, et qui sera le berceau de la ville de Schaffhouse \ La Champagne voit le comte Guarin de Rosnay, à la voix de Grégoire VII et muni de sa bénédiction apostolique, se donner, lui et tous ses alleux, au prince des apôtres et à saint Berchaire, dans l'abbaye de Montiérender% où il prend le froc. En Normandie, l'un des plus grands seigneurs de la race conquérante, Hugues, comte de Menlan, entre comme simple convers à Tabbaye du Bec''; et l'un des plus braves chevaliers du Yexin, Roger de Ileudicourt, après avoir été cruellement blessé dans un combat, abandonne tout son patrimoine à l'abbaye de Saint-Evroul, où il se fait moine, et où il observe, avec amour, pendant sept années, la règle bénédictine, malgré la blessure qui lui rappelle, en se rouvrant sans cesse, de glorieux exploits \

Mais, au fond de tant de forêts défrichées, quels sont ces charbonniers qui se livrent avec amour

1. Il mourut en 1075. Act. SS. 0. I].,sîec. VI, p. II, t. IX, p. 342.

'2. En 1082... Consilio habito cum domno aposlolico, Hildebranno noinine... ut morerer mundo et viverem Deo, in remissionein omnium delictorum et ad salutem antecessorum meorum, cum benedictione apostolici, cum licenlia episcopi mai Hugonis Tricassensis, et cum favore TeobalJi comitis palatini, cum laude etiam propinquorum meorum, dedi me cum alodiis mcis, principibus apostolorum Pctro et Paulo, venerabili quo(iue Berchaiio. Mabill., Ann., t. V, append. n» 10.

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