Cujus non credo piunn Jesum posse oblivisci. IbicL
2. IbicL, p. 909, 910. Voiries curieuses épreuves auxquelles l'abbé Odon soumettait ses néophytes
sang fut toujours si puissant. A Roichciiau, les plus grands seigneurs se disputaiejit l'honneur de revêtir la coule bénédictine ^ ; à Einsiedlen, les moines virent leur solitude se transformer en une sorte de séminaire de jeunes nobles, ducs, princes, barons* : à Ilirschau, à Schaffhausen, à Saint-Biaise, dans les plus grands monastères d'Allemagne, surtout au onzième siècle, il y eut une telle affluence de convers de race noble, qu'il fallut partout agrandir les édifices monastiques pour les loger. Une fois admis, ils sollicitaient toujours les plus grossiers ouvrages ; plus leur naissance était illustre, et plus humbles devaient être les services qu'ils voulaient rendre à la communauté : « De sorte que, » dit l'historien contemporain Bernold, « on voyait, dans les monastères, les comtes « travailler au four, à la cuisine, et les margraves «mener paître les pourceaux\ »
1. Ingens ad Âugiense monasterium cuni propter florentissima illic studia, tum religionis monachicae desiderio concursus, ita ut illustrissimorum Germanise magnatum liberi certalim cucullum exambirent, potenlissimi religiosissimique pontifices infulas abjicerent, ultinii monachorum esse espeterent. Bocelin, Constant. Bhenana, ad ann. 807.
2. ... Hue qiioque se receperunt plure? primro nobilitatis totiiis Germanise superioris viri, adeo ut principum, ducum, comitum et baronum natu minorum veluti seminariuni quoddam fuerit i^rerniis. D. Calmet, Dlariuni llelvcf. — Einsiedlen en allemand veut dire aniitude, ermitage.
3. Ad quaî monasteria mirabilis multitudo nobilium et prudcntiiini virorum hac tempestate in brcvi conl'ugit, et depositis armis, etctanto in quain numéro, ut ipsa monasteriorum sedificia necessario
L'aristocratie féodale offrait donc, au onzième siècle encore, le spectacle merveilleux qui, sept cents ans auparavant, avait excité l'admiration triomphante de saint Jean Chrysostome, lorsqu'il montrait, avec un légitime orgueil, aux riches et aux savants de Byzance, les rejetons de la première noblesse, cachés sous des vêtements rustiques ou serviles, logeant sous le chaume, couchant sur la dure, occupés à planter, à arroser, à porter de l'eau, à remplir, en qualité de moines, l'office des plus pauvres paysans ^
Ainsi cette féodalité, tant calomniée, ennoblissait le travail, en même temps qu'elle le sanctifiait; elle justifiait d'avance ces paroles d'un écrivain distingué de nos jours : « Dans les aristocraties, ce
ampliarint, eo quod non aliter in eis locum commanendihaberent... Quanto nobiliores erant in seculo, tanto se contemptibilioribus officiis occupari desiderant : ut qui quondam erant comités et marchiones in seculo, nunc in coquina et pistrino fratribus servire, et porcos eorum in campo pascere, pro summis computent deliciis. Ibi nempe et porcarii et bubulci, praeter habitum, iidem sunt qui monachi. Bkknolu., Chron, ad ann. 1083, ap. Pertz, V, 439.
1. Nous avons déjà parlé des plaintes que saint Jean Chrysostome met dans la bouche d'un père qui se lamente de ce que son fils se soit lait moine. Voir le traité intitulé : Adversus oppugnatores vitœ monasticœ, lib. II, toni I, éd. Gaume... Ils/stêa/éffôat î/xâTiov &Sp6-j... Tzpbç Tov opo'J fsùyecj, y.xt çiureûsev excî '/.où apS-i'J xa.1 vSf,Q:popzi-j, xul TV ây\ot. Sy) TtdvTa rx rwv {/.ovay^uv -oieXv, rà ^oxoOvra elvat xxi c\iTe)r/j xat è7rov£t5i(TTa ' éarw Sk xul orvuTrô^STOç, xxt y^xij.xi. xxOsvSirc») (p. 72'j... 'Orav twv shn^sorépoiv àypotxwv Ixetvcov à.rtixÔTepov aùrôv yj/x'-^ievi/.évov Tow (p. 73)... 'Orav ccnb XxiJ.rtpo\j fikv bpuiMfievQv yévoxj^, l«.iXTzpkç Se ûùfftaç, TOToyrwv Sk sAiri^ov, rcpàq sxs^vvjv Wwtiv tl6àvTx t/jv
à/5£T>ÎV (p. 86).
se faisant moines.
« n'est pas précisémenl le travail qu'on méprise, « c'est le travail en vue d'un profit. Le travail (^st « glorieux, quand c'est l'ambition ou la seule vertu « qui le fait entreprendre \ »
Donc, répétons-le sans cesse, ce n'était pas ce que les nobles
I I . , ^ voulaient
seulement ses biens, son argent, ses châteaux, en
ses terres, que donnait à Dieu cette chrétienne noblesse, c'était encore et surtout sa personne et sa vie. Sur les pierres des autels monastiques, élevés par ses mains, elle immolait non pas seulement son avarice, mais les habitudes de la vie et les distinctions du rang, mais la mollesse, mais le luxe, mais l'orgueil, cette suprême et indomptaljle passion ! Certes, ce n'était pas exclusivement pour le commun des hommes, pour les pauvres, les vassaux et les inférieurs, mais pour eux-mêmes aussi, que, sous le régime féodal, les chevaliers, les grands seigneurs, les princes de sang royal fondaient et dotaient des monastères. Ce n'était pas, non plus, pour y rester simples spectateurs de l'austérité et de la vertu d'autrui : non ; c'était pour renoncer à toutes les séductions d'une pompe et d'une grandeur dont la société moderne ne saurait offrir même l'image, elle qui n'a point laissé debout une seule grandeur qui mérite d'être sacrifiée; c'était pour échanger les richesses et la puissance conti'e les joies austères du travail, de la mortilication, de la solitude, pour substituer
1. TocQUEvii.i.E, (le la Ddinncralic en Amérique, t. III, c. IS^
à leur sauvage et belliqueuse nalure la douce et humble nature du cloître. Ce qu'ils voulaient, et ce qu'ils ont obtenu, c'était de labourer, avec les plus humbles et les plus obscurs chrétiens, le champ de la pénitence; de revendiquer, là comme ailleurs, la primauté du courage, du dévouement, de l'honneur; d'être à l'avant-garde dans la guerre contre le péché, contre les oppresseurs de l'Église, et d'y porter les premiers et les plus rudes coups aux ennemis de Dieu et des âmes.