s. Gbkgorii Magm, Vit. S. Patr. Bene(l.,c
152 LÉGLISE Eï LA FÉODALITÉ.
« dans la Sarlhe! — Monseigneur, répondit le « moine, si vous craignez Dieu, je n'ai rien à « craindre ^ » A peine une agglomération s'étaitelle formée dans le voisinage d'un monastère, que des hommes libres, trop faibles pour résister seuls aux attaques des leudes francs, venaient s'abriter sous le patronage vénéré des moines. Le commerce sollicitait leur appui contre l'avidité des seigneurs inférieurs, l'industrie contre les vexations du fisc, la classe faible contre l'oppression des forts et des violents. Sur ces diverses catégories d'hommes, les moines étendaient la protection illimitée que leur assuraient à eux-mêmes les privilèges royaux et le respect des peuples : ils avaient à cœur de faire jouir leurs vassaux des franchises dont les avaient comblés et Dagobert et ses successeurs.
Au moyen âge, les abbés des grands monastères se signalaient, en général, par un zèle intrépide, non-seulement à défendre les droits et les privilèges de leur ordre, mais encore à poursuivre tous les genres d'oppression. Presque tous méritaient l'éloge décerné à l'abbé Godehart, élevé depuis à l'évêché de Ilildesheim, et dont il a été dit que rois et princes le craignaient autant qu'ils l'honoraient".
1. Ms. de la Bibl. royale, cité dans V Essai hisl. sur l abbaye de Solesmes, 184G, p. 46. — Ce prieur s'appelait Jean Doubler ; il fut élu en 1515, et orna son église des remarquables sculptures qu'on y admire encore.
2. Fuit ergo regibus et primoribus, et forniidini et honori. VU.
de la noblesse.
L'ÉGLISK ET L\ FÉODALITÉ. 155
Pour ramener les oppresseurs à leurs devoirs, les moines savaient employer, au besoin, le langage le plus âpre, convaincus, comme parle riiistorien (lu vénérable abbé Pierre dePérouse, qu'il faut non- "s réprimaient seulement touclier, mais encore poindre les cou- violences pables, conformément au texte de Salomon, où il est dit que « les paroles du sage doivent percer le <( cœur, comme des ais^uillons ou comme des clous « enfoncés dans un mur*. » Sortis pour la plupart, ainsi qu'on Ta vu, des rangs de la noblesse léodale, ils n'en bravaient pas moins les passions et les intérêts de celte noblesse, chaque fois qu'il le fallait, pour maintenir les droits des pauvres et ceux de l'Eglise.
Citons, à ce propos, un trait d'Enguerrand, abbé de Saint -Riquier, au onzième siècle^ et qui, affamé de justice, à ce que rapporte son biographe, ne craignait aucune puissance humaine". Il était d'usage, à cette époque, que la chevalerie du Pon-
S. Gofle/iardi aucf. ^VoL'■ERo, rj. œqual. in Act. SS. 0. B., t. VIII, p. 562.
1. Potentuin non formidavit aliquando personas delinquentes, sed asperis objnrgalionibus, devios monendo ad gremium quos poterat sanctœ revocabat Ecclesiœ; non ignorans delinquentes, non lantuni palpandos, sed ctiam pungendos esse ut resipiscant, Salomono dicente : Verba sapienlum quasi stimuli, et quasi clavi defixi in altum. Act. SS. 0. B., Ajipend., t. VIII, p. 647.