‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 2)Chapitre 39 sur 196 · Mort en · texte numérisé non relu

Mort en

5. Illejuslitiœ fainelicus... constantia quippe infernsc fortitudinis, quae menti ejus inerat, niultam potentiam superbium edomabat : quia liducia sanctilatis se vallante nullius potentiam verebatur. Cliron. Cenliil., 111). IV, G. 6 et S, in d'Achf.ky, iSpicileg., tom. U.

thieu se réunît, tous les ans, })ourcéléljrer la l'éLe du bienheureux Hiquier, et honorer celui qu'ils regardaient comme leur suzerain et leur patron céleste ^ Or, comme le comte de Ponthieu, seigneur de la province, redoutait la juste sévérité de l'abbé^ il n'osait ni l'aller visiter ni se dispenser de se présenter devant lui, à la tête de ses chevaliers. Enguerrand, au contraire, cherchait une occasion de reprocher publiquement au comte ses crimes contre Dieu et ses iniquités contre les pauvres, et il le fit avec une telle sévérité, qu'on eût cru, dit l'hagiographe, entendre un maître parlant à son serviteur plutôt qu'un moine parlant à un comtes

Les moines ne se bornaient pas, du reste, à poursuivre 'es grands criminels et à dénoncer les forfaits éclatants : la moindre violation des lois de l'éternelle justice, la moindre atteinte aux droits des pauvres, leur était un motif suffisant pour intervenir, pour protester, pour s'exposer à mille ennuis, quelquefois à mille dangers, en allant menacer les oppresseurs du courroux céleste. C'est ainsi qu'on vit Ysarn, abbé de Saint-Victor de Marseille, employer tour à tour la douceur et la

1. Antiquitus scrvata est consuetudo, ut in festo S. Richarii tôt a Pontivorum militia Centulam veniret, et veluti patrise Domino, ac suae salutis tutori et advocato, solcmnem curiam faciebant. Ibid.

2. Magno timoré erga illum agebalur, quippe apud queni huinaiii iiigenii pravitali nihil successum sciebat. Ihid.

3. Ut mire modo non comitem a monacho, sed servum a domino increpari putares. Ihid.

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sévérité, auprès d'un soigneur pillard dos onvirons ns défendaient

^ L o 1 cnergiquenient

de Caslellanc, afin de lui arracher les pourceaux les droits

des pauvres.

et les moutons volés aux paysans d'alentour \ et de Tobliger à expier ses rapines sous le froc monastique. C'est ainsi qu'un saint moine du Mont-Cassin, Amico, invoqué par un pauvre laboureur auquel un chevalier voisin avait enlevé le seul bœuf qu'il possédait, n'hésilait point à quitter sa cellule pour aller convertir le ravisseur. Après avoir épuisé vainement toutes les ressources de la prière, Amico dit au prévaricateur qu'il mourrait de mort violente; et en effet la prédiction s'accomplit le jour même : le chevalier fut tué dans une rixe, et le bœuf restitué au paysan par les parents du mort '. De même

1. Adalardus quidam erat sœcularis pompse, férus homo nimis et pessimus... porcos videlicet, arietes, cœteraque id genus suis usibus commoda.. abripiens. Vit. S. Ysarni,aucL Aiionyrn. œqual., c. 14, inAcT. SS. 0. B., t. VIH, adann. 1048.

2. Cuidam rustico rapiiit solum quem possidebat bovem... Erat siquidem vir Dei afflictis valde compatiens et super oppresses pie g^estans visccra... Cœpit euni rof,'are ut bovem siiuin sibi redderet... Scito, homo miserrimc, repentinam tibi imminerc mortem, quoniam non es veritus omnes ministres Dominiparvi pendere; ideoque, crudelis,vita extorquetur a te hodie. Act. SS. 0. B., t. VIII, p. 655, ad ann. 1045.

Grégoire de Tours (F/<. Patr. excepl., t. II, j). 450) rapporte le trait suivant de la vie du B. Nicetius protégeant les moissons du pauvre : Cum propinqui ad urbem, cadente sole, fixis tentoriis mansionein pararent, illi confestim laxatis equilibus par segetes pauperum dimisernnt; quod cernens B. Nicetius, miscricordia motus, ait: Expellite quantocius equos vestros a segcte pauperis, alioquin removebo vos a communione mea. At illi indignantes dixerunt : Quœnam est hrec causa quam loqueris ; adbuc enim episcopalcm apiceni non est adeplus, et j;im excommuiiicationem minaris?. . . Tune cursu rapide iibiens, ejecil equos a scgclc.

saint Romuald, retiré dans une abbaye des Pyrénées, se croyait obligé d'intervenir auprès d'un comte riche et orgueilleux, qui avait fait enlever la vache d'un pauvre laboureur. Le comte resta inflexible, déclarant qu'il savourerait, ce jour -là même, à son dîner, une tranche de la vache tirasse de son vassal ; mais il mourut étranglé par le premier morceau qu'il voulut avaler \

Cette protection que le peuple trouvait auprès des moines, pendant leur vie, il la leur demandait encore après leur mort. Saint Pierre Damien raconte qu'une pauvre femme de Toscane, à qui un certain Castaldio avait aussi enlevé sa vache, accourut, en pleurant, à Téglise où était enterré le même abbé Romuald, en s'écriant : «lié! saint Ro- « muald, protège donc ma misère; ne méprise pas « ma désolation, et rends-moi la bête qu'on m'a « injustement dérobée M » La prière fut exaucée; le voleur, comme dominé par une impulsion sur-

1. Cornes quidam superbus et tumidus... Ecce autem rusticus cellam Romualdi festinus aggredilur, jacturse suse casum clamosis ululât ibus vociferatur, spem suam et suœ domus ablatam esse conquerilur... Cujus preces cornes protervo spiritu respuit, et quem saporem crassœ vaccœ lunibi poluissent habere, se ipso die gustalurum esse asseruit. Adveniente hora prandii, vaccae carnes allatae sunt... In ipso edendi initie cornes frustum bovini lumbi abscindens, sibi in os misit quod repente in gutture tam immobiliter Jiœsit, etc. ...Sicque terribili morte necatus est. S. Petiu Damiani, VU. S. liomualdij n. 17.

2. Eho, sanctc Rumualdc, exaudi miscram, ne dcspiciasdesolatam, et rcdde milii gubcrnairicem meani injuste sublotam. S. Pr.Tit. Dav., /. c.,n. lOi.

toute sa conliance.

naturelle, abaiidoiiiia sa proie, et rentra chez lui pour y mourir.

Le même sentiment de foi régnait dans tous les pays chrétiens. A Perrecy,en Bourgogne \ un chevalier très-redouté, nommé Hugues Bidulphe, avait, à l'occasion d'une émeute, battu un paysan dépen dant de l'abbaye de Fleury, au point de lui casser un bras" : le blessé, ne trouvant personne pour venger son injure, entra dans l'église abbatiale; et, s'approchant de l'autel consacré à saint Benoît, il y posa son bras, en disant : «Saint Benoît, mon Le peuple

mettait eu ou\

<( seigneur, je reconnais que je suis ton sert et « que tu es mon seigneur : or, regarde ce bras « meurtri : il était à toi, et nul autre n'y avait « droit : si c'était toi qui l'avais brisé, je n'au- « rais pas à me plaindre. Mais, mon seigneur, « pourquoi as-tu permis que Hugues Bidulphe, « à qui ce bras n'appartient nullement, l'ait ainsi

i. Perrecy, dans le Cliarollois, avait été donné à l'abbaye de Fleury, en 840, par Eccard, comte d'Autun, de Màcon et de Châlon (voir î?on testament et tout le précieux cartula ire de ce prieuré, dans Pt- RARD, Becueil de pièces curieuses servant à l'Histoire de Bourgogne, p. 21 et 46). — La partie de la curieuse église de Perrecy reproduit, sur une moindre échelle, mais avec exactitude, le magnifique porche de Fleury ou de Saint-Benoît-sur-Loire. Rien de plus intéressant, pour l'histoire de l'art, que cette influence de la mère sur sa fille, jusque dans larchitecture.

2. Cujusdam seditionis in eadem villa (Patriciaco) inter équités oxorta) occasione, una dicrum aggressus quemdam rusticum Giiariimm nomine, a loco de Cumbis cognominatum, et ipsum de Patris familia progenitum, nulla justse querelje existente causa, tam crudeliter verberavif, ut ci brachium contriverit. Radulimi. Toitaiuus, Mon. Florinc, de rnlrac. S. licncd., in .V« t. SS. 0. B., t. Vf, |). 47)1.

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« broyé? Sache que, désormais, je ne pourrai ren- <( dre aucun service, ni à toi, ni aux tiens, à moins « que tu ne tires de lui une juste vengeance \ » Les moines réunis autour de l'autel joignirent leurs larmes et leurs prières à celles de l'infortuné. On ne dit pas s'il fut guéri ; mais, à quelques jours de là, l'injuste chevalier commença d'éprouver une douleur aiguë au môme bras que celui qu'il avait cassé au paysan; le mal gagna tout le corps, et bientôt Bidulphe mourut en proie à de poignantes angoisses ^

Par de tels actes et par de tels récits, les moines habituaient les opprimés à se confier en leur bon droit et en la justice du ciel. Ils déposaient ainsi sans cesse, au sein de la société chrétienne, une incorruptible semence de force et de liberté, qui, se combinant merveilleusement avec le respect de l'autorité légitime, devait rendre impossible, chez les nations catholiques, le retour

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des moines permanent de Ja tyrannie païenne. Des le sixième les lois. siècle, on voit saint Columba, le fondateur d'Iona,

1. Sancte Bénédicte, mi ilomine, tuum me profiteor scrviim, et te meum jure dominum : ceniis hoc contritum brachium : tuum erat, et prrcter te ncmo alius... Si tu illud confregisses, adversus te nullam habcreni qmcstioncm, quoniaiii est lui juris. Sed, mi domine, quare permisisti ut Hugo Bidulphus, cui in nulle obnoxium est, illud contereret?... Ibid.

2. Brachium cnim ipsius ejusdem lateris, cujus et rustici brachium verbere dcmolitns fuoi-at. cum loto humcro tanla vi a^gritudinis por- \asum est, ut onniino inutile factum,... eodem niorbo onmia ipsius membra percurrente... Ibid.

l'a pu Ire monastique des races ccl tiques, user de son immense ascendant, en Ecosse et en Irlande, pour amener raffranchissement des esclaves. Tantôt il refuse de guérir le père nourricier du roi d'Ecosse, si Ton ne lui accorde la liberté d'une pauvre esclave irlandaise ^ ; tantôt il envoie une épée à manche d'ivoire, l'objet le plus précieux dont il puisse disposer, pour la rançon d'un homme du peuple, qui avait été condamné à l'esclavage, comme auteur d'un meurtre, et envoyé à lona pour y expier son crime ^

Ce n'est pas tout : les moines travaillaient à ./ faire prévaloir des notions d'humanité dans les lois et dans les coutumes dont ils étaient souvent les rédacteurs : leur influence prédominait dans les tribunaux, dans les assemblées de tout ordre, où leur place était toujours marquée à côté des évêques et des barons, et où assistaient souvent, avec eux, les bourgeois et les paysans". Pen-

1. Quamdam Scoticam postulavit servain humanitatis miserationem liberandam... Scilo quia si mihi hanc peregrinam liberari captivam nolucris... citius morieris. (Adamnax., Vit. S. Colurnbœ, ap. Bolland., AcT.Junii,t. 11, p. 220.)

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