CHAPITRE IV
Services rendus par les moines à la science,
à l'éducation,
aux lettres et à l'histoire.
Culture des lettres dans les monastères. — Amour des livres chez les moines. — Écoles monastiques. — Grandeur de saint Gall. — Les Ekkehard et les Notker. — Les études prescrites par toutes les règles monastiques. — Monastères foyers de lumière et centres de vie intellectuelle. — Moines remarquables par leur zèle littéraire, de saint Pacôme a saint Bernard. — L'Écriture sainte principale étude des moines. — La Bible n'était pas lue seulement par les clercs.
— L'éducation des enfants confiée aux abbayes. — La plupart des écoles avaient des religieux pour maîtres. — L'instruction publique presque entièrement concentrée dans les cloîtres. — Deux sortes d'écoles dans les monastères. — Éducation qu'y recevaient les laïques. — Écoles monastiques de femmes. — Religieuses savantes. — Ancienneté des bibliothèques monastiques. — Les livres de théologie ne remplissaient pas seuls les bibliothèques des abbayes. — Sans les moines, nous ne posséderions rien de l'antiquité classique, — Transcription des manuscrits par les moines.
— But spirituel des travaux littéraires. — Services spéciaux rendus à l'histoire par les moines, en France, en Allemagne en Angleterre, en Italie. — Qualités des historiens monastiques.
Nous abordons ici un terrain beaucoup plus ex-
daiir' ploré que celui où nous avons jusqu'à présent
porté nos pas, et nous en profiterons pour abréger,
le plus possible, la tâche qui nous est imposée. Les
Culture des lettres
les iiioiiaslères.
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clameurs poussées contre les ordres religieux, pendant tant de siècles, par l'ignorance, la haine et la cupidilé, ont graduellement cessé, du moins pour ce qui concerne le côté lilléraire et scientifique de l'institution : elles ne s'élèvent plus guère que de ces bas-fonds de la foule, où les erreurs et les mensonges survivent longtemps encore, après avoir été abandonnés par ceu\ qui les avaient d'abord accrédités. Les hommes, même le plus superficiellemcnl versés dans la science historique, savent bien que parler aujourd'hui de l'ignorance des moines, ce serait proclamer leur propre ignorance. Cependant, comme l'écho de ces vieilles calomnies retentit encore, de loin en loin, même dans les ouvrages et les cours destinés à la jeunesse, il peut être utile de rappeler ici certains faits irréfragables sur la nature et l'étendue des services rendus aux lettres et à l'instruction publique par l'Ordre Monastique, en ayant soin de ne pas descendre, dans les recherches, en deçà de l'époque contemporaine de saint Grégoire Yll et immédiatement antérieure à celle de saint Bernard.
La nouvelle société chrétienne s'étant constituée à travers mille obstacles et mille orages, il s'agissait de constituer aussi, grâce aux efforts persévérants de l'Eglise et de la milice bénédictine, la science et l'enseignement que comportait naturellement cette civilisation. D'illustres moines, comme Bède, Alcuin etRaban Maur y avaient, depuis long-
temps, travaille sans relâche, et, pendant tout le cours (lu dixième siècle, leurs héritiers s'étaient dévoués, avec autant de zèle que de succès, au soin de l'éducation et à la culture des lettres dont la destinée reposait tout entière entre leurs mains.
Ne voulant point suivre les Mabillon^ et les Zie-
gelbauer^ dans la démonstration irrécusable qu'ils
ont fournie des immenses travaux littéraires et
Les éludes scientifiques de leur ordre, nous nous bornerons
sont prescrites 1 '
toutes îes ré^i s ^ rappeler que , à partir de la chute de l'empire monastiques, romain jusqu'au treizième siècle, ce fut grâce aux moines que la science, l'étude et l'éducation purent être mises à l'abri des ravages de la barbarie, et recevoir lous les développements qui convenaient à une société catholique et militaire. Toutes les règles monastiques s'accordaient à autoriser ou à prescrire l'étude aux religieux. La plus ancienne de toutes, celle de saint Pacôme, est formelle sur ce point. Elle exigeait que tout religieux sût lire et écrire. Lorsqu'un moine se présentait en dehors de ces conditions, on lui mettait sur-le-champ un alphabet entre les mains \ La règle de saint Benoît laissait à chaque religieux quatre heures par
1. Mabillon, Tra'tc des éludes monastiques, 1091, in-4°, et Réflexions sur la réponse de M. l'abbé de la Trappe au Traité des études monastiques, Paris, 1095, ia-12.
2. Magmaldi Ziegei,bauer, Observationes literariœ ordinis S. Bened. Aug. Vindelic, 1784, 4 vol. in-t'ol.
3. Omnino nuUus crit in monastcrio qui non discat litteras et de tjcripturis aliquid teneat. lieg. S. Tacom. Y. Ai.b. de Broglik, 111, 104.
L'ÉGLISE ET LA FKODALITK. Uo
jour pour la lecture, c'esL-à-dire pour TéLude. Gassiodore, le contemporain el l'émule du grand saint Benoît, avait fait de sa vaste abbaye de Viviers, en Calabre, une véritable académie. Il avait composé, à l'usage des enfants qu'il élevait, un traité spécial où il les préparait à l'étude des saintes Ecritures par des notions détaillées sur la grammaire, la rbétorique, la dialectique, l'arithmétique, la musique, la géométrie, l'astronomie, c'est-à-dire sur les sept arts libéraux. La dialectique était enseignée par lui-même, et aussi par son collaborateur Denys le Petit, ce moine, Scythe de naissance, qui expliquait le grec à première vue et le traduisait en latin avec une égale facilité \
A la même époque, mais à une autre extrémité de l'Europe, l'abbé Magloire, dans l'île de Jersey, présidait à l'éducation d'enfants de race noble, que riiagiographe représente allant réciter leurs leçons, à haute voix, au milieu des rochers battus des flots, pour ne point troubler la sieste de leurs professeurs'^
La règle célèbre, écrite un siècle environ après