‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 2)Chapitre 55 sur 196 · C. ZiEGELBAïKB, pars II, C. 3, scct. 3, p · texte numérisé non relu

C. ZiEGELBAïKB, pars II, C. 3, scct. 3, p

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était abondamment distribuée a tous ceux qui la concenuce réclamaient. Celait la que les petits enlants ve- lescioiiies naient apprendre à lire, selon le témoignage de saint Boniface% apôtre et martyr de IVVllemagne, et que se formaient ces liommes qui, comme le vénérable Bède, Boniface, Alcuin et tant d'autres, furent à la fois la lumière et l'honneur de la chrétienté ; c'était là qu'accourait une foule d'étudiants de tous rangs et de tous pays ; foule si nombreuse, que la seule école abbatiale de Fleury, ou Saint-Benoît-sur-Loire, comptait, diton, cinq mille écoliers, aux dixième et onzième siècles''. 11 y avait des écoles jusque dans les Celles ou prieurés dépendants des principales abbayes,

1 Le grand Alcuin, tour à luur élève et supérieur de lecole monastique de la métropole d'York, nous apprend qu'on y enseignait la graumiaire, la rliéton(|ue, la jurisprudence, la poésie, l'astronomie, l'histoire naturelle, les mathématiques et la chronologie, en même temps qu'on y expliquait les mystères de la sainte Écriture. — Alcuix, Poetn. de Pont, et SS. Kccics. Eborac, V, 1431-1447.

'2. Parlant des habitants de l'abbaye de Fulde, saint Boniface dit : Sunl pêne omnes percf/iini, quidam picsbyteii, quidam monachi... et infantes ad legcnduni li lieras ordinali. Act. SS. BoLL.,t.I jun., p. 490.

7>. JoAN. HE IJosc, Bihl. Floriac., ap. Ziegelbauer, pars I. p. 233; cf. AcuERi, Essai sur la question de savoir si le christianisme a nui aux sciences, dans les Annales de ])hilosophie chrétienne, t. XVlII.p. 15G. Ce précieux opuscule a été tiré à part, ujais à 50 exemplaires seulement : c'est pourquoi nous préférons citer la collection plus répandue où il se trouve inséré par fragments successifs. On sait que, sous l'anagramme d'AciiEi.i se cache un pieux Jésuite, le P. Cahier, peut-être le plus savant archéologue de nos jours.

et cela dès le neuvième siècle ^ ; mais celles des abbayes ol'fraient naturellement plus de ressources. Tandis que les monastères ordinaires servaient d'écoles primaires à la jeunesse des environs, les sujets distingués étaient réunis dans les écoles supérieures, établies dans les grandes et riches communautés, sous la direction de religieux non moins versés dans la littérature profane que dans la théologie \ Sans craindre de répéter ici des noms bien des fois cités, nous rappellerons encore les écoles monastiques qui, par l'étendue et la variété de leur enseignement, par le nombre de leurs élèves, furent, du huitième au treizième siècle, les vrais centres d'éducation des races chrétiennes. C'étaient, en Italie, le Mont-Cassin, Nonantule, Pomposa et Classe^; en Allemagne,

1. Legend. S. Meinrad. in Propr. Einùedlensi, cité par Laxdolf, Ursprung des Stiftes Maria Elnsledl., p. 51.

1. Cette distinction e?t parfaitement établie par Tiiithemids : In omnibus ordinis nostri cœnobiis, in Germania et Gallia maxime, monachorum t-colastici et moiiaclii habebantur, qui juniores quosque et iii^enio pra^slantcs in priinitivis lUcrarum scientiis erudircnt, et postea qui habiles invcnti fuissent, ad altiora transniitterent. In solis autem famosioribus cœnobiis... constituebantur ad ofûcium docendi alios monachi omnium doctissimi, et non solum in divinis scd etiam in secularibus literis eruditi, ad quos mittebantur monachi altioriLus diïciplinis eruditi. Chron. Hirsaug. Cf. Ziegelbaueh, pars I, p. 180.

5. On remarquera que les monastères italiens étaient moins féconds sous ce rapport que ceux d'Allemagne, de France et d'Anylolerre. Giesedhecht, p. 15. Certains désordres avaient fait supprimer l'école des enfants au Mont-Cassin, pendant le onzième siècle, et saint Pierre Damicn en félicitait l'abbaye (£:/j. II, 17). Mais cette école y (ut promptement rétablie, puisque Gélase II, pape en 1118, y i.vait

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Fiilda*, Frilzlar, ïlorsleld, Saint-Gall, Reichonan, Corvev, Pnim, Ilirschau, Wisscmbourf>-, Metloch, Sainl-Maximin et Sainl-Mallhias de Trêves, Sainl- Albande Mayence ; en Angleterre, un autre Sainl- Mban, f.lastonbury, Malmesbury, Croyland et Saint-Pierre de Cantorbéry; en France et en Belgique, Marmoutier, Fontenelle, Fleury, Lobbes, \niane, Corbie, Ferrières, Saint-Germain d'Auxerre, Saint-Mibiel en Lorraine, Sainl-Amand, Saint-Evroul, Gembloux, le Bec, Cluny, la Cliaise- Dieu, Saint-Mayeul au Puy.

Ce furent Là, à vrai dire, les universités de l'Europe chrétienne, depuis l'époque de Charlemagne jusqu'à celle de saint Louis".

Naturellement, ces grandes écoles étaient de dlZllrto^ deux sortes, ou, pour mieux dire, dans les princi- ''dan's*^^ paiix monastères existaient deux écoles : l'une intérieure, pour les novices, pour les futurs religieux, pour les enfants que leurs parents destinaient à la vie claustrale ; l'autre, extérieure, pour ceux qui devaient un jour rentrer dans le monde, et où l'on

été élevé et que saint Thomas d'Aquin y fut placé dès l'âge de cinq ;ins.

1. Erat Fulda pulcherrima acadcmia honestissimarum rcrum ac disciplinarum. Dnistiiics, Motiast. germ. chron., p. 59.

2. Nous devons renvoyer, pour le détail des services rendus à l'éducation, par l'ordre monastique, aux excellents travaux de Mabillon, i'icef. in sœc. III Briiedicl., § IV, et surtout à ceux de Ziegeldauer, Hi.U. rci lit. 0. S. I!., pars I, c. 1 et 2. Ce dernier a réellement épuisé le i>ujel. On trouve aussi un fort bon résumé dans Hurter : Essai <iur les institutions de VEglise au temps d'Innocent III, t. IH.

les monastères.

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recevait, avec les fils de la noblesse «guerrière, les clercs envoyés par les évèchés\ Il y avait, en effet, deux genres distincts d'éducation ou de discipline^ comme on disait alors : l'éducation monastique et l'éducation libérale\ L'une et l'autre se puisaient au sein des monastères, où, depuis Charlemagne, les règlements bénédictins, d'accord avec les lois civiles, appelaient et les enfants de la noblesse militaire, pour les rendre capables d'exercer dans l'Église ou dans le monde les devoirs de leur haute condition, et les fils des plus pauvres serfs pour les affranchir et les anoblir par l'instruction^. Hurter, dans son remarquable Essai sur les insti-

1. Exteriorem in qua magiiatum nobiliumque liberi fingebantur. IJnouwER, Anliq. Fuldens., p. 50. Cf. Maiili.ox, Traite des études, p. 51, et Prœf. in sœc. III Benedict.,%iy, n. 40. Ziegelbauer, Ilist., lit. 0. S. D., pars I, p. 190, 208. — Le concile d'Aix-la-Cliapelle, en 817, voulut interdire ces écoles doubles : id scholœ in monasterio non habeatiir, nisi eorum qui ohlaii sunt.' Mais cette prescription ne fut pas exécutée. On appelait les enfants destinés au cloître oblati, et les autres, les écoliers proprement dits, nulriii. La distinction e>L parfaitement marquée dans ce texte d'EkkcIiard de Saint-Gall, que D. Pitra a mis en lumière : Tradunlur post brève tempiis schoi.je ci.AusTRi cum R. NotUero et cœleris monachici iiAniTiis pueris. Extcriorcs vero, id est canonicœ, Isoki cinn Salomone et ejus comporibus, Ek- KEHARD, Vit. S. Notkeri, c. 7.

2. Disciplina monastica et liberalis, ou bien Disciplina régulai i etscholaris. Act. SS. 0. H. ;mss/m, et ailleurs.

5. Dans le capitulaire d'Aix-la-Chapelle, en 789, se lit ce qui suit : Et non solum servilis conditionis infantes, sed ctiam ingenuorum filios adgregcntsibique socient, et ut scliolfe Icgentium fiant, psalmos, notas, cantus, computum, gramniaticam per singula monasteria vel episcopia discant. Hai.i'ze, t. I, p. 174. — Voici ce que dit à ce sujet un savant protestant du dix-septième siècle : Nec modo ingenuoruni

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UUiom de l'Eijlhe au lemps d' Lmocenl III, croit même avoir trouvé dans un passage de la règle de saint Ferréol, cité ci-dessous \ la première trace de renseignement mutuel, dont on a voulu faire, de nos jours, une arme contre le catholicisme. Aussi, un savant écrivain moderne a-l-il pu dire qu'au douzième siècle on distribuait de la science au peuple, à la porte des évèchés et des couvents, comme du pain aux pauvres et des médicaments aux malades".

Les auteurs qui ont soutenu que les écoles menas- des^Mquè^ liijues d'autrefois étaient destinées à la seule édu-

sed scrvorum eliam liberi erudiebantur, qnoniiii qui inlinio ordine erant, psalinos canere et sacros lihros légère discebant, quœ eadem et abbatmn cura erat, delectis quidem monachis magisirisve, qui ci ^ muneri prrccssent. Nobiles maxime in collegiis et monasteriis instituebantur , ex quibus, qui magis profecissent, saîpe sodales facti et promoti ordine, magno honori et collegiiset monasleriis fuere. Joach. Vadiam, De ollcfjils jnonastcriisque Germaniœ, in Goldast., Scrij)t. Alamann., t. III, p.ô. — Autres exemples : on voit, au dixième siècle, des moines irlandais ouvrir une école sur le site de l'ancienne abbaye de Glastonbury : Suscipiunt filios nobilium liberalibus studiis imbuendos... Adest ergo nobilissimus in Chrislo puer Dunstanus... litterarum studio intentus accrrimo... Flebat scholasticorum coœtanea lurba... Csdeun, Vil. S. Duiisfan, \n Anglia sacra, t. II, et Act. SS. 0. D., sicc. IV, parte secund., p. 842 et seq.

1. Ediscendo memoriter psalterio, partito agmine loto in dccurias, ac prestituto singulis dtcuriis lectore, quem ceteri audiant. ^lIoRTEi», loc . cit., t. IV, p. 571.)

2. M. Chvrles Mvgmn, Revue des Deux-Mondes, tome VII, ^« série. Il cite l'exemple de l'abbé de Sainte-Geneviève de Paris, au douzième siècle, leqn(3l divisa l'école de son monastère en deux classes : l'une, dans l'intérieur, pour les novices et proCés ; l'autre, à l'cntiée de la maison, pour les écoliers du dehors.

dans les monastères.

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cation des futurs moines, se sont donc trompés aussi complètement que les écrivains qui ont prétendu que toute intervention des ordres religieux dans l'éducation élait une violation de leurs règlements\ Des faits sans nombre attestent que les monastères étaient partout des foyers d'éducation nonseulement pour les jeunes clercs, mais encoie pour la jeunesse laïque, et qu'on y allait étudier, comme le firent Lanfranc et saint Anselme à l'abbaye du Bec, sans avoir aucune intention d'embrasser la vie monastique ^ Que l'on ouvre, au hasard, un volume quelconque des Actes des Saints de l'ordre de Saint-Benoît, se référant à la première moitié du onzième siècle, et l'on y trou-

1. Tels, par exemple, que M. Étiennc-Marie Portails, ministre des cultes de Napoléon I", lequel soutient que « des moines qui réclameraient quelque emploi dans l'éducation, se dénonceraient eux-mêmes pour de très-mauvais religieux. » [Discours, Rapjjorts, etc., publiés par son petit-fils.) Quand on rapproche de telles affirmations de passages ibrmels de la règle de saint Benoît, et d'une foule d'exemples donnés par les moines les plus saints, on reconnaît que l'ignorance de ce prétendu prince des légistes modernes était presque égale à sa malveillance instinctive contre la liberté de l'Eglise.

2. Il est vrai que le canon 45 du décret rendu à la grande assemblée d'abbés, convoquée par Louis le Débonnaire, à Aix-la-Chapelle, en 817, défendait d'admettre dans les écoles monastiques d'autres enfants que ceux qui avaient été offerts par leurs parents pour être faits moines [oblalï). iMais cette disposition était évidemment en contradiction avec la force des choses. L'amour des peuples chrétiens pour les moines l'emporta sur cette pn.hibition, qui ne fut pas exécutée, ainsi que le prouvent des milliers d'exemples de l'usage contraire. — Voir Ziegi:lbauer, Hist. lilt. Ord. S. B., pars I, c. 3, et le F. Cahieu : Si le christianisme a nui aux sciences, c. XIX, p. 118, note 2, loc. sup. cit.

vera, presque à chaque page, des preuves irréfragables de Texistence de cet usage. Tantôt c'est le fils du prince de Gapoue, AtlienulfeSqui, livré comme otage à l'empereur Otton, est envoyé en Allemagne pour y être élevé dans un monastère^ où il ne portait pas même le costume religieux^; tantôt c'est le jeune comte de Sommerschenburg, Bernward, depuis évoque de Hildesheim, qui, pendant ses études au monastère de cette ville, en sort à volonté, pour ainsi dire, afin que sa famille puisse admirer ses progrès dans la versification, la logique, la peinture et la ciselure'.

1. Giesebrecht, p. 18, 19, a réuni plusieurs preuves de ce fait important, et il n'hésite pas à déclarer que la jeune noblesse italienne allait généralement étudier dans les cloîtres. Mais il se trompe en supposant que les annales monastiques des auires pays fournissent des exemples moins nombreux ou moins concluants que ceux qu'il a réunis sur l'Italie.

2. Il devint ensuite abbé du Mont-Cassin, et mourut vers 1010,

3. C'est ce qu'il est facile de déduire du texte de la chronique du Mont-Cassin, 1. II, c. 29, où il est dit, en parlant de sa fuite du monastère : « Monastica veste indutus fugam arripuit... cucullam, quam fugîe occasione simulanter induerat... » S'il n'avait revêtu la coule que pour se cacher en sortmt du monastère, il ne la portait donc pas habituellement. Voir aussi ce qui est dit au c. 50.

4. Meœ parvitali, qui primicerius scholae puerorum prseeram litteris imbuendus deputatnr... quem interdum extra monasterium excédons ducebara... saîpe totum diem inter equitandum studendo attrivimus; nunc legendo... prolixam lectioncm... nunc poetizando per viam métro coUusimus... ssepe syllogislicis cavillalionibus desudavimus. Ip<e quoquemccrebro, etsi vcrecunde, acutis tamenct ex intime aditu philosophirc prolatis quiestionibus sollicilabat .. In scribendo (lu calligraphie) apprime cnituit : picturam ( tiam liinatc exercuit. Fabrili quoque scientia et aric clusoria (la ciselure ou arl d'enchâsser le.% pierres précieuses), omnique structura [Varchileclure) miridce excel-

MOINES d'ocC. VI. 12

Le successeur de Beniward, saint Godeliard', trouva l'école monastique de sa cité épiscopale remplie de jeunes étudiants, zélés et instruits, qui le mirent à même de subvenir à tous les besoins de son diocèse ^ Ailleurs, on voit Gotescalc, fils d'un prince des Slaves du Mecklenbourg, et plus tard gendre du roi de Danemark, étudier au monastère de Lunebourg, d'où il s'écbappe en apprenant la mort de son père''. Ailleurs encore, un saint abbé, Guillaume de Saint-Bénigne*, réagissant contre l'ignorance et le relâchement du clergé séculier de la Normandie et d'autres contrées de la France, appelle aux écoles monastiques qu'il dirige à Fécamp, à Bèze, à Dijon, etc., une foule d'élèves pris indifféremment dans les familles riches ou'pauvres, parmi les fils d'hommes libres ou de serfs. Ces derniers ne payent aucune rétribution

luit... Vit. S. Bernuiudi, auct. Tancmaro, presbyt. œquali, in Act, SS. 0. B., sœc. VI, pars prima, p. 203.

i. Mort en 1038.

9, Le" texte entier mérite d'être médité ; Cœnobium suum pastorali cura sapienter gubernavit... Juvencs quoque et jjneros,quosinibihoniv indolis et sapidos invcnit, per diversa scliolaruin studia circumquaque dispertivit, quorum ccrte poslea serviniinc variam ac multiplicein ecclesiae suse utilitatem in lectione, scriptura et pictura, ac plurali honestiori clericalis officii disciplina conquisivit. VU. S. Gudehard, auct. Wolfero, ejus œqual. et discijj., in Act. SS. 0. D., ^xc. VI, p. 409.

5. Après avoir commencé par faire la guerre aux chrétiens, pour venger la mort de son père, Gotescalc devint l'apôtre du Mecklenbourg, et mourut martyr en 10G8. Act. SS. Boll., die 9 Jiinii; Hti.- MOLD, Chron. slav., 1. 1, c. 28.

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