Mabulox, Anna/., 1. LV, c
^. Litteratissimus tlieologus. — 11 loul noter ici l'erreur commis" par M. Guizot, quand il soutient, dans la G^ leçon de son Histoire de la civilisa/ion en Europe, que les écoles ecclésiastiques étaient de tinées à l'éducation du seul clerg-é, et que l'Église ne faisait rien pour le développement intellectuel des laïques. Dans ses écoles (qui étaient, redisons-lc, presque toutes monastiques), l'Église offrait au contraire l'instruction et l'éducation à tous les laïques qui en avaient besoin. Mais on conçoit fort bien que nombre d'entre eux, destinés à la vie militai le ou agricole, selon qu'ils appartenaient à la noblesse ou au peuple, n'aient pas éprouvé le besoin d'une instruction très-étendue. Reprocher ■oela à l'Église, c'est lui reprocher d'avoir subi les conditions de l'état social auquel elle présidait. L'un des principes fondamentaux de cet état social obligeait celui qui voulait se consacrer à la science ou à l'enseignement, de se consacrer en même temps à l'Ég-lise, soit comme clerc, soit comme moine, afin de trouver, dans cette vocation, d'abord une discipline morale et intellectuelle, puis un bénéfice qui fournît aux besoins de la vie du savant, dans un temps où nul ne jouissait des produits de la propriété littéraire. Cette identité entre l'état ecclésiastique et la profession des lettres ou des sciences, était parfaitement exprimée, dans l'ancienne langue française, par l'expression clergie, qui signifiait science, comme le mot clerc était synonyme de lettré 'vn loup, q-.ie/qtie peu clerc, prouva par sa hartr.i-
L'KGLISE ET LA FÉODALITÉ. 18o
un Uès-vaillant chevalier et un Irès-liabile politique. Enfin, le grand Alfred, le plus illustre des rois «rAn<»leterre, le libérateur de sa patrie, le héros victorieux de cinquante-deux combats, ne rougit pas, parvenu à l'âge mûr, de réparer ce que son éducation avait eu d'imparfait, en allant se nietlro à l'école des Bénédictins qu'il avait établis à Oxford, pour apprendre, sous leur direction, la grammaire, la philosophie, la rhétorique, l'histoire, h musique et la versification ^
Les monastères de femmes, à l'instar des abbayes d'hommes, renfermaient des écoles où étaient élevées non-seulement les futures novices, mais encore jiombre déjeunes filles destinées à la vie des cours ou du monde^ L'une des plus anciennes règles relalives aux monastères de femmes, celle de saint Césaire d'Arles, instituée au cinquième siècle et introduite, cent ans plus tard, par sainte Radegonde à lN)itiers, voulait que toutes les sœurs sussent lire et les obligeait à consacrer deux heures par jour à
Écoles clans
les
monastères
de
femmes.
Religieuses
savantes.
i/ite... La roNTAiNF.). La niriiic idoiitificalion des deux mots science et rfergâ se retrouve dans la langue allemande de nos jours, où le tenue htic [laïque) s'emploie dans le sens d'étranger à une science, à un art, à un métier quelconque. — On sait que l'ancienne société germanique se divisait en trois ordres ou états, ainsi qualifiés : Lchrstand, We/ir~ sfaiifl, yiœhrstauil, littéralement : l'ordre (jui enseigne, l'ordre (jui défend, l'ordre qui nourrit chacun des deux autres et lui-même; on^ en d'autres termes, le clergé, la noblesse et le peuple.
1. Cr. .ïImied, Si'Elman, Oidiv, ap. Ziigklbaiier, pars T, p. 32ii, 527.
2. lîiat. liUcr. de France, t. IX, p. 1t>7. Cf. P. Caiiikh, 1. c, t. XYlll, p. 107, not. 5, ctl08, not. 1.
184 L'ÉGLISE Eï LA FÉODALITÉ.
la lecture \ Sainte Lioba, l'amie et l'auxiliaire de saint Boniface, avait introduit l'étude des Pères et celle du droit canon dans l'enseignement de son monastère transformé par elle en une sorte d'école normale à l'usage des abbayes voisines \ Les princes et les seigneurs allaient y chercher leurs compagnes, comme le fit, à Herford, le roi Henri l'Oiseleur lui-même. Toutes les abbesses exemplaires se distinguaient par leur sollicitude pour le bien-êlre matériel et les progrès intellectuels des jeunes élèves du cloître. L'histoire monastique n'a pas dédaigné de raconter et les caresses que prodiguait l'illustre Adélaïde de Luxembourg, abbesse de Vilich% aux petites filles de son école, qui répondaient exactement aux questions de leurs maîtresses de grammaire, et le soin qu'avait la bonne supérieure d'aller, tous les jours, après
1. Omries Lonas litteras discant; omni tempore duabus horis, hoc est a mane usqiie ad horam secundam, lectioni vacent. G. 17.
2. Vit. S. Liobœ, ap. Act. SS. 0. S. B., sgec. III. M. Michelet, dans un mémoire lu à l'Instilut le 2 mai 1838, disait ce qui suit de la docte l.ioba ; « La Bible ne sortait presque jamais de ses mains; lors même qu'elle était couchée, elle se la faisait lire encore. On continuait pendant qu'elle dormait, et son biographe assure que si l'on passait une syllabe, elle se réveillait à l'instant. » Michelet, Discours sur l'éducation des fcuvucs. — Le canon 22 du liv. II du concile d'Aix-la-Chapelle, en 816, renferme les recommandations les plus détaillées sur l'éducation des jeunes filles [puellœ] dans les abbayes (le femmes, sur le choix des maîtresses parmi les religieuses, sur les I>arties de l'Écriture sainte que les jeunes élèves devaient étudier, etc.
o. Morte en 1015,
les matines, pendant l'hiver, réchauffer les pieds de SCS jeunes novices encore couchées*.
L'histoire parle avec admiration des illustres monastères de Bethléem, fondés par sainte Paule et par sa fille , sous les auspices de saint Jérôme: c'étaient à la fois des écoles de théologie et de langue : Tliébreu et le grec y étaient l'objet d'études quotidiennes de la part des deux illustres femmes dont saint Jérôme pienait toujours les avis, et qui le forliliaient contre tous les découragements*.
Dès rintroduclion de l'Ordre Monastique dans les divers pays chrétiens, les écoles de filles, tenues par les religieuses, ne cessèrent de fournir à la société catholique une élite de femmes aussi distinguées par l'intelligence que par la piété, et qui rivalisaient d'ardeur, dans l'étude des lettres, avec les moines les plus instruits". Il est connu que toutes les religieuses de chœur devaient savoir le latin, et qu'on leur écrivait toujours en C'jtte langue \ 11 serait facile de citer une foule
1. llyeinis Iciupore, matutinoruin officio completo, dormitorium pepctens cum ordinc sororum, lectulos puellarum visu diligenter 1 istravit, pedes singularum, donec calori redderentur, piis ipsa mani'jus fricavit... Scholrc... quœ seinper fuerunt summaî curse officii. n.'js cum fréquenter ingiTSsit, inoverel de arle grammatica quaestiuncu1as,etc... Vit. S. Aldclhchl. abbat., aiicl. \SEKï\\K,ejusd. sanctim. et coœqual., c. 10, 15, in Act. SS. 0. B., sœc. VI, pars prima, p. 142-143.
'2. S. IIiF.iiox. Ep'nit. î)'2 ad Eusloch. — Cf. Ozanaji, t. II, p. 101.
3. a Sanctimonialium studium quondam ardcn? in litteris excolendis, » dit Majjillon, in prœf. sœc. III Ben., n. 47.