Histoire littéraire de France, t. IX, p. 127 à
(l'abbesses et de religieuses lettrées et savantes. Qu'on veuille bien se rappeler sainte Aure, compagne de saint Eloi, et la religieuse Bertile, dont les doctes leçons sur l'Ecriture sainte nuiraient à Chelles, dès le sixième siècle, une affluence considérable d'auditeurs des doux sexes; sainte Rado gonde, dont Fortunat raconte les sérieuses études sur les trois Pères grecs, saint Grégoire, saint Basile, saint Alhanase^; enfin sainte Gertrude, abbesse de Nivelle, qui envoyait des messagers à Rome et en Irlande, pour y acheter des livres, et en ramener des étrangers instruits.
La race anglo-saxonne fut surtout féconde en femmes de cette sorte : plusieurs se firent remarquer parmi les princesses établies dans les nombreuses abbayes d'Angleterre, comme Editli, fille naturelle du roi Edgar et qui, élevée par sa mère dans le monastère de Wilton, y brilla par sa science aussi bien que par sa vertu-. Parmi les religieuses associées, en Allemagne% à la mission du moine anglais saint Boniface, se trouvait sainte Jjoba, placée par lui à la tête de la première ah-
1. FoiiTUNAT. Oper., p. I, lib. VIII, c. 1. La vie de sainte Radegonde a été écrite, par l'une de ses religieuses, avec une admirable simplicilé.
2. Litterarum ac virtutum splendore... mulla sanctorum exempla in codicibus lectitahat. Act. SS, 0. B., t. Vil, ad ami. 98-i. Elle mourut en 98 i.
5. Cliuuihilt et lilia ejus IJerathgilit valdo eiMuliUe in libtu'ali scioiilia, in Tnringorum regionc con.?lituebanlur mngistr.tî. Oriri.o, Vit. S. Bonif., 1. I, c. 25.
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baye de filles fondée dans le nouveau patrimoine (lonl il venait de doter rE<>lise. Ce l'ut auprès d'elle que le ^rand missionnaire voulut être enterré. Lioba était si zélée pour la science, qu(' jamais elle ne quittait les livres, liormis pendant le temps de l'office; elle était versée dans tout ce qu'on appelait alors les arts libéraux, connaissait à fond les écrits des Pères, le droit canon ^ cultivait la poésie latine, et soumettait ses essais à saint Boniface, qui les appréciait beaucoup. Elle forma, par ses leçons et par son exemple, de nombreuses élèves, qui devinrent, à leur tour, des abbesses remarquables. A elle l'bonneur d'avoir initié à la science cbrétienne les jeunes filles appelées à peupler les nouveaux monastères qui se fondaient à la voix des missionnaires saxons ^ Les Allemands lui doivent véritablement l'introduction cbez eux de cette culture monastique qui devait, deux siècles plus tard, jeter un si vif éclat dans la personne de llroswitha, cette illustre religieuse «le Gandersheim, dont le pur et poétique génie'' a
1. Lectionis studio Uinta ililigentia incumbebal ut uisi oralioni vacaret, nunquam divina pagina de manibus ejus abscedebat. . . ab ipsis infantiîc rudiiuentis grammalica et reliquis liberalium artium studiis instituta... crudilissinia... Dicta SS. l'atrum et décréta caiionuHi, totiusque ecclesiastici ordinis jurp plcnitudini pciiectionis adjecit. RiDOLPH,, Vit. S. Liobœ, in Act. SS. 0. H., t. lY.
2. Eo in Parthenone non parvus ancillarum Del numerus... qiia» ad exeniplum B. Magistnc cœlestis disciplinée studiis institiicbantui-, et in tantum doctrina proliciebant, ut plures ex illi.s postjnodiun inagistraî fièrent alioruni. Ibkl.
3. Il y cul encore à GandersheiiTi une aiilie llroswiti, fille du diM
reçu, grâce à Térudition contemporaine, une tardive mais éclatanle consécration \ On sait qu'elle a écrit Thistoire en vers de l'empereur Otton le Grand, celle de l'illustre monastère qu'elle habitait, et plusieurs vies de saints, également rimées\ Mais le plus beau titre du pieux écrivain,
«le Saxe et quatrième abbesse du lieu, au neuvième siècle ; elle composa un traité de logique fort estimé : elle a été souvent confondue avec l'auteur des drames, mais à tort, comme l'a démontré M. Magnin, p. XIV.
1. Elle mourut en 997. Les œuvres si curieuses de cette célèbre religieuse, qui ont fixé de tout temps l'attention des savants, semblent désormais vouées à une popularité nouvelle, grâce à l'excellente publication de M. Charles Magnin, intitulée Théâtre de Hrosvita : texte et traduction. (Voir aussi l'article ingénieux de M. Philarètc Chasles sur cet ouvrage dans la Bévue des Deux Mondes, 1845, t. XI, p. 707.) M, Magnin a rendu, par cette publication, un service essentiel à l'histoire et à la littérature des siècles catholiques. Mais on a peine à s'expliquer qu'un érudit aussi consciencieux puisse encore parler sérieusement de la nuit du moyen âge, et méconnaître le développement intellectuel de l'Ordre Monastique, particulièrement dans le dixième siècle, au point de dire que l'abbaye de Gandcrslieim fut en Allemagne une sorte d'oasis intellectuelle jetée au ntilieu des steppes de la barbarie!
2. Voir, dans l'introduction de M. Magnin, l'énumération exacte des nombreux poëmcs religieux, historiques et dramatiques de cette femme illustre, qui rend compte elle-même, avec une grande modeslie, de ses études : llcc matura adhuc œtatc vigens, nec scientia fui proficiens ; sed nec alicui sapientum affectum meae intentionis consiilendo enucleare, ne prohiberer pro rusticitate. Unde, clain cunclis et quasi furlvn mine in componendis sola desudando, nunc maie composita destruendo, sa'agebam juxta meum posse, licet minime iiecessarium, aliqucm tamen conficere textum ex sententiis Scripturarum, quas inlra arcam nostri Gandersheimensis collcgeram cœnobii. Elle ajoute que son premier succès revient à Rikkarde, maîtresse des novices, puis à la royale princesse Gerberge, a cujus nunc subdor dominio abbatiie, qn?c a^tate minor, sed, ut imperialem decet
c'est d'avoir composé les drames qu'elle fit représenter dans son abbaye. Ces pièces nous étonnent par une connaissance extraordinaire des auteurs de l'antiquité païenne, Plante, Térence, Virgile, Horace, et plus encore par une science du cœur humain bien extraordinaire chez une femme complètement séparée du monde. Dans ces monuments littéraires, aussi édifiants que curieux, Hroswithîi a revêtu d'une forme attrayante et nouvelle plusieurs des légendes les plus touchantes de la tradition catholique, et, en un langage souvent pathétique, quelquefois sublime, elle a dépeint, avec une rare énergie, le sacrifice de l'amour humain à l'amour divin, et le triomphe glorieux de la sainte faiblesse des vierges chrétiennes sur toutes les passions et toutes les souffrances de la chair ^
Hroswitha fut la plus célèbre, mais non la seule religieuse savante de cette période du moyen âge. x\u siècle de saint Grégoire Vil, la fille de Guillaume le Conquérant, Cécile, ab-
neptem (Ottoiiis I"™') provectur, aliquot aucfores quos ipsa prior a sapientisbimis didicit, me aclmodum pie erudivit. » lÏROSviTiiiE in Opéra sua prœ fa tio. Vignon edidit, p. 16.
1. Voici comment elle résume elle-même le but de ses drames : Quo... laubabilis sacrarum castimonia virginum, juxta mei facultatem ingenioli, celebraretur... Detestabilem inlicite amantium dementiam et malc dulcia colloquia eoriim mente tractavi... quia quanto blanditise amantium ad illiciendum perempliores, tanto et superni adjuloris gloria sublimior et triumphantium Victoria probatur gloriosior, praesertim cum feminea fragilitas vinceret, et virile robur confusioni subjicerel. IIrosvitha, Prœfaiio in comœdias.
lî)0 L'ÉGLISE ET LA FÉODALITÉ.
besse de la Trinité de Caen, el l'abbesse de Sainl- Arnand, Emma, étaient aussi renommées pour leurs connaissanees en grammaire, en philosophie et en poésie ^ Un peu plus tard, Herrade de Landsperg, qui gouvernait cjuaranle-six religieuses nobles au Mont-Sainte-Odile, en Alsace, composa, sous le titre de Hortus deliciarum^^ une sorle de cosmologie qui est regardée comme la première tentative d'une encyclopédie scientifique, et qui se distingue par l'étendue des notions qu'elle renferme sur la peinture, la géographie, la mythologie, la philosophie et l'histoire. L'Allemagne doit de plus à une abbesse d'Eichstatt d'avoir conservé le Heldenbuch, c'est-à-dire le trésor de ses épopées héroïques, auxquelles elle attache avec raison un si haut prix\
La principale et la plus constante occupation de ces bénédictines lettrées était la transcription des manuscrits. On ne sait pas assez combien de ser-