GlESUBUECUT, op. clt., p
3. Exceplis his in quibus aliqua turpitudo sonat. Eplst. i, 55.
4. Thesaunim qiiippe tollit ^Egyptiis, iinde Deo tabcrnaculum coiistruat, qui poctas et philosophes legit, quibus ad peneLranda myslcria cœlestis eloquii subtilius convalescat. B. Petui Dam., Opusc. xxxu. c. 9, p. 635. — Voir au.ssi un passage précieux de la vie de saint Maïeul, sur le discernement avec lequel cet abbé de Cluny étudiail les philosophes anciens, ap. Act. SS. 0. B., sœc. V, p. 791. — Le fameux passage de saint Ouën, contre les écrivains païens, ne saurait être invoqué ici à l'encontre des opinions exposées plus haul, car Ouën, quoique élève du monastère de Saint-Médard et fondateuid'Orbais, ne se lit [)oint moine. Cf. Ozanam, Études germaniques.
On a donc considéral)lement exagéré la prélen- (Ine ignorance du moyen âge en général * et des moines en particulier, relativement à l'antiquité païenne \ L'élude attentive des monuments monastiques démontre, au contraire, que les écrivains classiques étaient peut-être plus généralement connus et goûtés alors qu'ils ne le sont en France, à l'heure où nous écrivons. Sans doute on n'y puisait pas, comme on l'a fait depuis la Renaissance, le code de la morale et de la politique à l'usage des peuples chrétiens, et l'on était éveillé sur les dangers qui pouvaient en résulter pour les mœurs; mais la lecture des chefs-d'œuvre de l'antiquité païenne exerçait tant d'attrait sur les religieux, que, pendant toute la durée des grands siècles de splendeur monastique, et dans tous les pays chrétiens, on vit des saints et des docteurs obligés de réprimer, dans les cloîtres, le penchant des moines vers ces études qu'on les accuse d'avoir méconnues,
t. II, c. 9, p. 466. —Il y établit très-bien que la véhémence même de l'attaque contre les auteurs anciens prouve l'autorité qu'ils avaient conservée.
1. En plein dixième siècle, dans cet âge ténébreux par excellence,, selon nos docteurs modernes, on étudiait, dans les écoles épiscopales de Paderborn, Horace, Virgile, Salluste et Stace, en même temps que l'astronomie, les mathématiques, la dialectique et la musique. VUa S. Meinvcrci, c. 52, ap. Lkibmz, Script. Drunsiv., I, 5i6.
'2. Voir les deux chapitres intitulés : Historia sludii antiquU. tt llist. poUlioris litleraturœ, dans Ziegelbauer, pars II, c. 5, sect. 5, et c. 6. — Nous avons déjà cité les preuves des études grecques et latines qui se faisaient à Saint-Gall et ailleurs au dixième siècle.
tandis qu'elles les dominaient souvent outre mesure*. SaintBasile', saint Jérôme% saintGrégoireleGrand, saint Paschase Radhert*, Loup de Ferrières, Rathier de Vérone, saint Pierre Damien% Lanfrancet autres, durent s'élever contre le goût excessif des lettres païennes, et signaler les dangers qui pouvaient en résulter pour les mœurs ^ Ces avertissements, ces réprimandes, qui se retrouvent de siècle en siècle sous
1. C'était surtout Virgile qui semblait, en quelque sorte, tourner la tête à ces pieux solitaires. Voir divers traits de la vie d'Alcuin, de saint Odon (Act. SS. 0. B., sœc. V, p. 15i) et de saint Maïeul [ibicL, p. 708).
2. Il recommandait la lecture d'Homère comme d'un livre qui porto à la vertu; mais, en même temps, il désapprouvait qu'on apprît aux jeunes religieux les fables des païens. Apud 3Iabill., Tié flexions, t. I, p. 187 et 209.
3. Quai enim cumijiunicatio lucis ad tenebras? quid facit cuiu psalterio Horatius ? cum Evangeliis Maro ? cum Apostolis Cicero ? S. UiEuo.v., t. I, c. 51. Voir aussi, dans l'épître ad Eustochium, la fameuse vision du jugement qui l'attendait dans l'autre monde, où le juge céleste lui re])i-oche de n'être pas cln-élien, mais cicéronien.
4. Miror... quod non velint mystica Dei sacramenta ea diligenti.i perscrutari qua tragœdiarum nœnias et poetarum figmenta sudantcs cupiunt invcstigare laborc. In prœf. lib. m in Matth.
5. Parvi pendentes regulam Benedicti, regulis gaudcnlcs vacare Donati. Ûpusc. xni.
G. S. Augustin, dans ses Confessions, t. I, c. 12, S. Grégoire le Grand, dans sa lettre à l'évêque Desiderius, 1. ix, p. 18, S. Lanfranc, s'élèvent non-seulement contre l'abus, mais môme contre l'usage dos auteurs païens. Maitland, dans son ouvrage déjà cité, a résumé la plupart des inhibitions monastiques relatives à ce sujet [The Dark âges, n" xi, p. 175, etc.). M. Ozanam a donné aussi quelques indications précieuses dans son excellent travail sur les Sources poétiques de la divine Comédie. Voy. le Correspondant, t. IX, p. 514, et les Études germaniques, t. Il, p. 338, où l'éminent écrivain a traité le sujet à fond et avec sa supériorité ordinaire.
la plume des moines les plus illustres, constatent du moins que l'usage des auteurs classiques était assez répandu chez les bénédictins pour dégénérer en abus. Plusieurs traits curieux de l'histoire monastique indiquent clairement que ce danger n'était nullement imaginaire ^ Mais un détail qui marque à la fois l'habitude fréquente de ces lectures, et lepeu d'estime que de vrais religieux devaient en faire, se trouve dans le passage des Coutumes de Cluny, qui prescrit les signes divers en usage pour demander des livres dans les intervalles où le silence était de rigueur. Pour avoir un volume, en général, on étendait la main en faisant signe de remuer des feuillets, tandis que, pour désigner un ouvrage païen, on se grattait l'oreille comme un chien, parce que, dit le règlement, les infidèles peuvent bien être comparés à cet animal ^ C'est dans le même esprit que deux moines allemands, apologistes de Grégoire VII, plaçaient la suscription suivante en tête d'un traité adressé par eux, en 1076,
1. Voir un trait fort curieux dans la Chronique de S. Riqiiicr, c. 15, in d'Aciiery, Spicileg., t. II, p. 338. Il y a aussi un poëme important de saint Alfano, moine du Mont-Cassin au onzième siècle, contre l'étude excessive d'Aristote et de Platon au monastère de Casaurio, ap. GiEst- BUECHT, 1. c., p. 32.
2. Pro generali signo libri, extende manum, et movc sicut foliuni libri moveri solet... pro signo libri saecularis, quem aliquis paganus lecit, prsemisso generali signo libri, addc ut aurem tangas digito sicut canis cum pede pruriens solet, quia nec immerito infidèles tali animanti comparantur. Martène, De Antiq. Monach. ritibus, 1. v, c. 18, p. 289.
L'ÉGLISE ET L\ EÉO»DALITÉ. 209
à un docteur contemporain : « à dom Bernard, « qui, au grand profit de son àme et de ses-audi- « teurs, a quitté la l^re badine d'Horace pour la « harpe mystique de David ^ »
Pour en revenir à cette transcription continuelle Tianscripiion des manuscrits, qui alimentait et multipliait les manuscrits
par
bibliotlièques claustrales, on ne sait pas assez à les moines. quel point c'était une œuvre laborieuse et méritoire. Elle l'était tellement, que les règles et les usages monasti(fues purent l'assimiler complètement au travail des mains, à ce rude labeur agricole par lequel les bénédictins défrichèrent une grande partie de l'Europe, et qui constituait, comme chacun sait, une des obligations les plus strictes dans toutes lesRègles. Saint Martin n'imposait pas d'autre tâche à ses disciples ^ Gassiodore, ce grand homme, ce consulaire qui, après avoir (Hé ministre de quatre ou cinq rois, termina sa vie dans un monastère fondé par lui-même, avait tracé le code de la transcription dans son traité de Ortlidgraphia, où il recommande ce travail, de préférence à tout autre', en même temps qu'il en-
1. D. Dernardo .. non jam nugacem lyram Iloratii, sed mysticam citharam David fructuosius sibi et suis auditoribus amplexanti. Epist. AbALBERTi et Beunaldi, de Damnât. Schismat. ap. Usserman, Prodro mus Germaniœ sacrœ, t. II, p. 214.