OzANAM, loc. cit., Il, TjOI
dit-il, « el quelle glorieuse fatigue que celle qui « permet de prêcher aux hommes, par les mains « aussi bien que par la voix; de substituer les « doigts à la langue, d'entrer en relation avec le « reste du monde, sans sortir du silence, et de coni- « battre, avec l'encre et la plume, les suggestions « illicites du diable ! car chaque mot des Saintes « Ecritures, transcrit par le moine studieux, est une « blessure faile à Satan... Un roseau taillé, en coûte rant sur l'écorce, y trace la parole divine, comme « pour reparer l'injure de cet autre roseau doni « le diable fit frapper, au jour de la passion, la tête « du Seigneur ^ » Il est certain que les humbles fils de saint Benoît ne prétendaient, en aucune façon, se faire des savants ou des pédagogues : ce n'était là ni leur mission, ni leur intention, ni leur devoir. Les paroles employées pour la bénédiction du scriptorium, ou salle de transcription, indique assez le but et l'esprit de leuitravail : «Daignez, Seigneur, bénir le scHptoriurn « de vos serviteurs, afin que tout ce qu'ils y écrivent « soit compris par leur intelligence et réalisé par « leurs œuvres^ » Tout ce que les moines ont fait
1. Félix inventio, liiiidanda sedulitas, maim honiinibus pra,'dicarc, digitis linguas aperirc, salutcm mortalibus tacitum dare, et contra diaboli surreptioncs illicitas calamo atramentoqucpugnarc! lot en i m vulnera Satanas accipit, quot antiquarius Doniini verba desciibit... Arundinc currenlc verba cœlestia describantur, ut unde diabolus caput Domini in passione fecit percuti, etc. De Instii. divin. Script., l. 11,0.7.
2. Bencdiccre dignrris, Domine, hoc scriptorium famuloruni tuo-
I/ÉGI.ISK ET LA FÉODALITÉ. ^217
pour la science n'était donc qn'une œuvre de suréiojialion; c'élait le superflu de leur temps, de leur force, de leur zèle, dont ils faisaient ainsi Taumône à la postérité. Ou peut par conséquent affirmer hardiment que les hommes les plus doctes que la terre ait portés ne le devinrent que par occasion. Ils étudiaient, comme Ta dit, mille ans après Cassiodore, le plus illustre des moines du dix-septième siècle, Dom Mahillon, ils étudiaient, non pour devenir savants, mais pour se rendre pi us capables de pratiquer les vertus relig^ieuses \ Leurs monastères n'étaient point des académies de sciences, mais des écoles de Jésus-Christ^-. C'est ainsi qu'ils conciliaient l'amour de l'étude avec le renoncement à toute gloire littéraire et purement humaine; car, pour emprunter encore le langage deMabillon, on peut fort bien mépriser les sciences humaines etnéanmoins s'en servir utilement au profit des choses saintes et de la vertu , comme on se sert des richesses pour subsister, pour faire l'aumône, quoiqu'on les méprise comme chrétien et comme religieux. C'est ainsi que les Bénédictins se maintinrent, pendant douze siècles, (^ntre deux opinions extrêmes et erronées : l'une qui proclamait l'étude et la science inutiles el même nuisiMes à de vrais moines^; l'autre qui
iiim, ut qiii(l(iiiid scriptum fuerit, sensu capiant, opère perfîciynt. D'AcnERY, in not. oper. Guiberl. novig,
1. Réflexions sur la réponse de l'abbé de la Trappe, t. I, p. 47.