Il s'arrête en 1077, après Tentrevue de Canosse
2. Voir le beau témoignage que lui rendent les protestants Stenzcd et Pertz [Scriptor., t. Y, p. 14C). Il y a sur lui une assez bonne dissertation, intitulée Comparatio critica Lamb. Schafn. Annal. cum aliquot ejiisdem œvl c/rron., auct. P. Frisch. Monacliii, 1830.
3. Cet liistorion a élé souvent confondu avec Berthold, moine de Reichenau, élève et continuateur d'IIermann Contract;mais son existence distincte a été solidement établie par D. Gerbert dans la préface du tome II du Prodromus Germaniœ sacrœ, dUssERMANx, 1792, et pur Pertz [Script., t. V, p. 385), qui, le premier, a publié le texte complet de sa précieuse chronique, d'après le manuscrit de la bibliothèque de ^lunich.
4. L'importîinte chronique d'Ekkehard a été retrouvée en cnt'er par le professeur Waitz de Kiel, et publiée pour la première fois pur Pertz, au t. Yl de ses Scriplores. L'éditeur rend pleine justice à la candeur et à la perspicacité de l'historien, qu'il place au premier rang des écrivains du moyen âge. — On pourrait ajouter à ces Irois historiens Bruno, l'auteur du récit intitulé De Bcllo Saxon co, si, comme semble l'indiquer un passage de son ouvrage, il était moine de Merseburg.
(le Gemblours, irioine loujoiirs remarquable par sa ferveur et sa régularité, malgré sa partialité notoire en faveur des adversaires de l'Église \
Vers la même époque, un Irlandais, Marianus Scotus', vint se faire moine en Allemagne, où il fit des études approfondies afin d'arriver à rectifier toute la chronologie en usage jusqu'alors, dans une chronique très-répandue durant le moyen âge, et qui a eu de nombreux continuateurs'. Un moine français, nommé Martin, devenait le premier historiographe de la Pologne *, tandis qu'un autre religieux, Nestor', d'origine polonaise, rédigeait les annales primitives de la Russie, nouvellement convertie à la foi chrétienne. Ces annales furent composées dans la langue nationale, à Kiew, au sein du monastère de Peczora, qui était alors la pépinière du clergé orthodoxe et le foyer de cette civilisation
i. Mabillon, Ann. Bened., L lxxij, c. 46. Sigebert mourut en 1112, année où se termine sa chronique, qui a été continuée jusqu'en 1200 par Robert de Tiiorigny, abbé du Mont-Saint-MicheL
2. Ego Marianus, peregrinus factuspro regno cœlcsti, patriam mutiiavi, et in Colonia monachus effectus sum. Chron., ad ann. 4056.
3. Elle s'arrête à 1082, et fut continuée par Dodechin (ap. Pistonius. Script, ver. Gcrm., t. I) et Florent, moine de ^Vorcester, de 1083 à 1117. (Londres, 1592 ; Francfort, IGOl, et ap. Pertz, tom. Y.) Voir Fintéressant préambule qu'y a ajouté Waitz dans la collection de Pertz.
4. Il écrivit en 1109 la vie du roi Boleslas III et de ses ancêtres. Martini Galli Chronicon, cd. J. Y. Bandtkc. Varsovie, 1824, p. xx, xxir. Cf. OssoLiNSKi, Anmerkungen zu Vinc. Kadluhek, p. 110.
5. Ne en 1056, mort en 1116. — Sa chronique a été traduite et publiée par M. Louis Paris.
L'KGLISE ET LA FEODALITE. 5rû
cnllioliqnc où la Russie venait d'enlrer et dont elle (levait iiiallieureusemeiit trop tôt sortir \
Il suffit (le ciler, entre tous les écrivains du onzième siècle, Guillaume de Malmesbury, Guibert deNogent, Otton de Frisingue, l'abbé Suger, Odon de Deuil, pour prouver que, durant cette période, les moines ne faillirent pas à leur mission d'historiographes de la société chrétienne. Et qui pourrait leur contester la plupart des conditions nécessaires pour bien remplir cette haute mission ? Ils ne travaillaient ni pour le gain ni même pour le succès, mais uniquement pour la gloire de Dieu. Leur but, c'était de faire vivre, dans la mémoire de leurs frères, les événements passés de leur temps et dans leur voisinage ; de recueillir ceux dont ils avaient été témoins ou que leur avait transmis la tradition. Or, grâce à l'organisation sociale du moyen âge, cette tradition était restée aussi puissante que durable. Les moines écrivaient, au sein de la paix et de la liberté du cloître, dans toute la candeur et la sincérité de leur âme \ Ils n'avaient ni famille ni propriété à compromettre, en osant dire la vérité aux
1. On sait que les liens de l'Église russe avec l'unilé catholique ne lurent complètement brisés qu'au quinzième siècle.
2. Decet utique ut sicut res novœ mundo quotidie accidunt, sic ad iaudem Dci assidue scripto tradantur... De rcbus ecclcsiasticis ut siniplex Ecclesiaî filius, sincère fari dispono... ea tamcn quîc nostro tempore \i(Ji, vel in vicinis regionibus accidisse coniperi, claboro cohibentc D20 simpliciter et veraciter enucleare poslerorum indagini. OiiDEP. Vit., Prolog, in Ecdes. hislor.
puissances; et leurs écrits, composes sous la surveillance des supérieurs monastiques et la haute protection de l'Église, échappaient à toute censure préalable de l'autorité temporelle, en même temps qu'aux dangers ou aux complaisances d'une publicité étendue et immédiate \ Leur seule ambition, c'était d'être les fidèles interprèles des grandes leçons que Dieu donne aux hommes, par l'histoire, en leur rappelant la ruine des superljcs, l'exaltation des humbles, et la redoutable certitude desjugements éternels'. Calmesausein de la sécurité, de Fobéissance du cloître et des joies de la sainte pauvreté % les moines annalistes offraient aux chrétiens, que la vie du monde éloignait des recherches historiques, le fruit fécond de leurs longues études '. Si les princes et les seigneurs ne se lassaient pas de fonder, de doler, d'enrichir les monastères, les moines se lassaient tout aussi peu d'enregistrer,
1. C'est ce qu'a très-sagcmcnt remarqué le protestant Stexzi: l, 6'e schichte (Jer frankischcn Kaiser, t. II, p. 15, 10, dans son travail sur la critique des sources de l'histoire d'Allemagne au douzième siècle.
2. Cunctipotcns... mire disponit cursus scculorum, et dociles instruens animos tcrrigrnarum... mcmorabiliuni exhibilione gestoruin. Nam dejectione sublimium , et exallatione liumilium... incessanler cruditur genus liumanum, ne por exccrabilem theomacliiam fiât profanum; sed ut divinuin scmper metuat judicium, etc. Ordeu. Vit., 1. VI, p. G52.
7). Roboralus securitate subjectionis et paupcrlatis tripudio. Id., I. XIII, p. 92 i.
4. Dulccm iVuclum loiigi studii.... filiis Ecclcsinc tanta rimari ptr se non \alenlibus charilative obtulit. Id., 1. III, p. 159, éd. Lepiévos».
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pour les Iransmettre à la postérité, les services et les exploits de leurs bienfaiteurs '. lis payaient de la sorte, à lachevalerie catholique, la dette d'unejusle reconnaissance. « 0 princes et seigneurs,» disait Tun d'eux, « vous nous donnez la paix, en bravant « tous les périls, en accomplissant les plus hauts « faits : à nous de vous créer, en retour, par nos « labeurs, une immortelle renommée \ »
La composition des chroniques monastiques, loin d'être livrée au caprice individuel, était J'objel de la sollicitude spéciale des chefs de communauté. A Saint-Gall on avait commencé, de trèsbonne heure, et on continua pendant plusieurs siècles, d'écrire l'histoire ofiicielle de la maison, qui embrassait celle de tout l'empire. xV Corvey, le prévôt ou prieur était chargé du même office pendant toute la durée de ses fonctions \ En Angleterre, dans tous les monastères de fondation royale, on choisissait un religieux instruit, exact, pour
1. Quemadmodum pii majores, reycs, magnâtes alii templis conslruendis, monasteriis liindandis, dolandis, ditandis, immunitatiltiis concedendis ad miraculum usque magnifici fuerunt, eoque le in aeternum honorandi, ita non dcluit etiam monachis sua laus, quod pia cura et sedula gralitudine coUata in ipsos bencficia mandarunt litteris : adcoque de benc merentibus nominibus ipsi bene merucrunt. Juan. Mausiiam, ap. Ducdale, 1. c.
2. 0 duces.... vcatra industria est nobis incilamento : uL quia pericula vestra paci nostrœ impenditis, vos vicissim per labores nostros omni œvo inclarescatis. Guill. yiAiKESu., proœm. libr. dcGest. rcg, Anglor.
3. Ordonnances des alhùi Marqward en 1093 et ^VibL)ld en lir»'\ ap. Ste.nzf.i,, II, p. 12.
recueillir les faits et gestes du roi vivant; puis, au [)remier chapiire général tenu après la mort de chaque souverain, une commission, formée des religieux les plus prudents, dressait, d'après ces notices, une chronique du règne qui venait de finir et devait être déposée dans les archives du monastère ^ Quant à la loyauté ou à l'impartialité des ciironi- ({ueurs, elle est assez garantie parcelle qu'ils ont déployée en nous transmettant eux-mêmes le récit des désordres qui trop souvent troublaient et déconsidéraient leurs propres monastères; et, certes, ils ont acquis par là le droit d'être crus dans les jugements <|u'ils portent sur les événements extérieurs ^ C'est aux moines de Saint-Denis que nous devons le récit le plus exact des troubles ignominieux du règne de Charles YI ; c'est grâce aux annales de Saint-Vaast qu'il nous est possible de suivre les rafflnements de perfidie et de cruauté du roi Louis XI s'efforçant d'arracher à l'héritière de Bourgogne les riches domaines de ses ancêtres. Ce n'était pas une vaine formule que la noble indépendance professée par
1. Peritum accuratumque script orem.... ut ex omnium collatione, •A sagacioribus quibusdam a capitule designatis facta, accurata cbronica conscriberenlur, in archiviis monastciiorum diligenter asservanda. Scoti Chron. lib., xvi, c. oO, cit. in Prœf. adMATTHJ.DM Pahis., éd. 1571.
2. Cette impartialité n'excluait pas le patriotisme, surtout cbez les moines français, tels que Richer et Sugcr. Le savant Pertz reproche au premier d'être « patriœ ultra quam ferri potcst sludiosum, et vanœ gloriîe qua^vel in Napolconis nuntiis {htdlclina] indignationem populorum inciuTit, dcditum. » Scriplores, t. 111, p. 504.
Ordoric Vital, lorsqu'il disait, lui, moine anj^lais, dans un monastère normand : « Je raconterai les « révolutions d'Angleterre et de Normandie sans « flatter personne, car je n'attends ma récompense « ni des vainqueurs ni des vaincus \ »
1. Miseras mutationes Anglorum et Norniannorum sine adulalionc referam, nullius remunerationis a victoribus seu viclis expetens lionorificentiam. L. m, c. 15.