‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 2)Chapitre 83 sur 196 · CHAPITRE V Services rendus par les moines à l'art · texte numérisé non relu

CHAPITRE V Services rendus par les moines à l'art

Moines artistes. — Architectes. — Maçons. — Peintres et calligraphes. — Diversité des études claustrales. — Moines sculpteurs, joailliers, fondeurs. — Verriers, ciseleurs, émailleurs. — Musique religieuse et chant grégorien dans les abbayes. — L'orgue perfectionné par les moines. — École de chant à Wearmouth. — Écrits de moines .sur la musique. — Guy d'Arezzo était moine *.

Si l'on franchit l'élroite limite qui, dans l'intelligence humaine, sépare le domaine de la science et de la littérature du domaine de l'art, on retrouve encore ici, comme partout, les moines au poste d'honneur, à l'avant-garde du mouvement chrétien. On reconnaît en eux les principaux instruments de la lente et salutaire régénération qui a dégagé l'art de toute influence païenne, et qui l'a

1. En marge du volume inlcrfolié que nous avons sous les yeux, M. de Montalembcrl a écrit au crayon les mots suivants : « Revoir pour ce chapitre la JSova bibliotlieca ms. de Labbe, t. I, p. 470 à 507. » Il y a là, en effet, de nombreux détails sur les arts, du dixième au onzième siècle. Plus loin l'auteur indique un chapitre spécial à intercaler au sujet des sépullurcs monastiques. ^iSote de l'éditeur. )

revêUi de la forme complètement et exclusivement catholique, d'où sont sortis tant et de si inimitables chefs-d'œuvre. Trop longtemps méprisés par l'élroit esprit qui a méconnu l(3ut à la fois riiistoire, la science et les grandeurs des siècles catholiques, les monuments produits, pendant ces siècles, par l'union merveilleuse de l'enthousiasme et de l'humilité, ont fini, de nos jours, par être étudiés, compris, admirés, et la justice qu'on leur rend généralement ne pourra que profiter, par surcroît, auxordres religieux. S'il nousétait permis ici de comprendre, dans nos appréciations, l'époque où l'art chrétien a atteint son apogée, comme nous aimerions à montrer cet art se maintenant, par l'esprit monastique, dans sa vigueur, sa pureté et sa fécondité, sous des formes nouvelles, surtout parmi les Frères Prêcheurs ^ ! comme nous nous empresserions d'en suivre les progrès si remarquables, jusqu'au jour où il atteignit cet idéal de la beauté transfigurée par la foi, celte perfection enchanteresse de la grâce, de la noblesse et de la pureté, dont le type se trouve dans la Madone^ telle que Dante l'a chantée, et telle que l'a peinte le bienheureux dominicain Jean de Fiesole, si justement surnommé le Frère Angélique! Mais, tout en nous

1. Nous ne pouvons qu'indiquer ici l'excellent ouvrage du P. Marcliose, dominicain à Florence, sur la gloire de son ordre, inlitiilé : Memoria (Ici pillori, scuHori e arcldtetll domcnicani. Firciizc, 18i5i840, 2 vol. in-8°.

renrermaiil dans la période qui nous occupe spécialement, nous pourrons du moins constater que les moines préparèrent, par leurs innombrables travaux d'art, l'avènement de cette perfection de l'art catholique qui a régné du douzième au quinzième siècle ^ ; et nous aurons la consolation de ne trouver, sur notre chemin, aucune trace de celte dépravation du sens chrétien, qu'on a appelée la renaissance j et qui, selon nous, a creusé le tombeau de la vraie beauté et de la vraie poésie.

Dès l'origine de l'Ordre Monastique, saint Benoît avait prévu, dans sa règle, qu'il y aurait des artistes dans les monastères, et il n'avait imposé à l'exercice de leur art, à l'usage de leur liberté, qu'une seulecondition,^humilité^ Sa prévision fut accomplie, et ses prescriptions s'exécutèrent fidèlement. Les monastères bénédictins renfermèrent bientôt

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