Voir Rio, de la Poésie clirétienne ; forme de Vart
2. Artifices si suntin monasterio, cum omni humilitate et revcreiilia faciant ipsas artes, si permiserit abbas. Quod si aliquis ex eis extollitur pro scientia artis suœ, eo quod videatur aliquid confcrre moiiastico : liic talis evollatur ab ipsa aile, etdenuo per eam non traiiscat, nisi forte bumilialo ei ilerum abbas jubeat. C. 57. — On verra plus loin comment l'un des réformateurs monastiques du douzième siècle, saint Bernard de Tiron, attirait et employait les artistes. A ceux qui voudraient traduire littéralement le mot artifices par ouvriers, nous répondrions 1° qu'au moyen âge les artistes n'étaient guère que des ouvriers, mais qu'en revanche les ouvriers étaient presque tous des artistes ; 2° que la nature des recommandations faites par saint Bè'noît' prouve assez qu'il s'agissait d'ouvriers applitiués à des travaux d'un ordre élevé et intellectuel, pouvant inspirer l'orgueil, c'est-à-dire de véritables artisles dans le sens du langage moderne.
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non-seulement des écoles et des bibliothèques, mais encore des ateliers d'art, où l'archilectiire, la peinture, la mosaïque, la sculpture, la ciselure, la calligraphie, le travail de l'ivoire, la monture des pierres précieuses, la reliure et l'ornementation, dans les diverses branches, furent étudies et pratiqués avec autant d'ardeur que de succès, sans jamais porter atteinte à l'austère discipline de l'institut.
L'enseicfnement de ces arts divers formait même une partie essentielle de l'éducation monastique ^
Les plus grandes et les plus saintes abbayes étaient précisément les plus renommées par le zèle qu'on y déployait pour la culture de l'art. Saint-Gall, en Allemagne, comme nous l'avons déjà dit; le Mont-Cassin, en Italie; Cluny, en France, furent, pendant plusieurs siècles, les métropoles de l'art chrétien. Plus tard, Saint-Denis, sous l'abbé Suger, leur disputa cet honneur. A l'ombre de son immense église, la plus grande de la chrétienté, avec les innombrables abbayes qui relevaient d'elle, Cluny formait comme un vaste foyer où touslesarts recevaient un développementprodigieux, auquel ne devaient pas être épargnés les reproches exagérés de saint Bernard ^ Le Mont-Cassin suivait la même impulsion ; et l'on voit que l'abbé Didier,
1. Voir les passages cités plus haut sur l'étude de la peinture dans les monastères de Hildesheim.
2. Voir le curieux tableau que fait saint Bernard des magnificences artistiques de Cluny. Apolocia ad Guillelmum, c. 12. — Nous y reviendrons.
MOINES d'oCC. VI. 16
lieutenant et successeur de saint Grégoire \1I, conduisait de front, sur une échelle colossale, la reconstruction de son monastère et de vastes travaux de mosaïque, de peinture, de broderie et de ciselure en ivoire, en bois, en marbre, en bronze, en or, en argent, exécutés par des artistes byzantins ou almafitains, et qui lui valurent l'admiration des contemporains ^ La grotte sacrée de Subiaco, berceau de l'Ordre Monastique, nid sauvage d'où devait sortir la civilisation, reçut à son tour la parure de l'art consacré par la foi^ Le monastère qui renferme ce sanctuaire et que Hildebrand, avant d^être pape, avait confié au moine-cardinal Creseenzius, fut pendant les cinquante-deux ans de son gouvernement orné de peintures nombreuses, qui subsistent' en partie et témoignent de la tradition dont Cimabuë et GioUo, dont les Pisans et les Florentins devaient être les glorieux et intelligents continuateurs. De l'autre côté des Alpes, un second
1. Léo Ostiensis, Chron. cassinens., lib. III, c. 11, 20, 28, 29, 50, 33, pleins de détails inappréciables.
2. L'abbaye de Sainte-Scholastique, également située à Subiaco, avait été déjà revêtue de peintures murales lors de sa construction, au huitième siècle, après le ravage des Sarrasins. Chron. Subiac, ap. Mur atori Script., l. xxiv, p. 930.
3. Concamerationes coloribus pcrfectissimis niulta pictorum artcpnecellentium piclura decorantur. Ibi spectare est colorum etligurarum tam vetustatem quam ordinem et ut ita dicam decentiam : quod ocLili inspectant ium facile et cum delectatione tcneantur. — Chron. ms. S. Celle par Bini. — V. Mcmoria ciel socro spcco, p. 28. Le même abbé orna l'église de Sainte-Scholastique d'une foule d'objets d'art d'un travail admirable. Chron. Subiac, p. 988.
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lieuloiianl de Grégoire VII, saiiil Guillaume, ahbé de Hirschau, n'aj^porla point une moindre ardeur à la cuUure des arts ; il établit deux écoles d'architecture : l'une à Ilisrschau même, l'autre au monastère de Saint-Emmeran de Ratisbonne \
Au onzième siècle, on pouvait affirmer qu'à l'exemple de Didier et de Guillaume, la plupart des moines célèbres par leurs vertus, leur science ou leur dévouement à la liberté de l'Eglise, l'étaient également par leur zèle pour l'art, et sou^ vent aussi par leur talent personnel en ciselure, en peinture ou en architecture. On dérogeait à la Règle en pei'meltant et môme en ordonnant aux moines artistes, lorsque leur conduite était exemplaire, de sortir de la clôture et de voyager, pour perfectionner leur talent ou développer leurs études ^ Quand la charité l'exigeait, on les envoyait au loin, en véritables missionnaires de l'art, porter dans les contrées étrangères les traditions et les règles de la beauté monumentale. C'est ainsi qu'un abbé de Wearmouth, auquel le roi d'Ecosse Naïlan avait demandé des architectes^ se hâta de les faire partir pour enseigner aux Pietés
Dis
moines arlisles
propagent
les
régies de Tut
l'él ranger.
1. Ses services ont été convenablement appréciés par Heideloff^ Dic BauliuUc tics MUtclallers in Deulschland, p. 5. Cf. Tritiiemiuï-^. Chron. Ilirsaug. A7in. 1U70 et 1083.
2. C'est ce que prouve ce passage relatif à Tutilon de Saint-Gall : Abbatum vero sub quibus militaverat permissu, plerumque et prsecoptis, multas propter artificia siinul et doctrinas peia^^ravera terras. KkRKH., De Cosib. Sandi Galli, c. 7).
la construction des églises en pierre, selon l'usaj^e
(les Romains ^
L'architecture ecclésiastique a été partout redevable aux moines de ses plus remarquables progrès. Ce fut le noble Benoît Biscop qui l'introduisit dans le nord de la Grande-Bretagne^ où les Saxons ne connaissaient encore que des édifices en bois. L'abbé Biscop, pendant ses nombreux voyages à Rome, avait étudié et appris les règles de l'architecture ecclésiastique : il sut découvrir, en France, des maçons capables de les appliquer, et, dans ses rudes travaux, dit un historien, il fut soutenu par le double amour de la patrie et de l'art ^.
L'ordre de Cîteaux, dont tout ce que nous écrivons aujourd'hui n'est qu'une préparation à la future histoire, est celui de tous qui nous a laissé les édifices les plus admirables. Pendant les six siècles qui séparent saint Benoît desaint Bernard, comme durant tout le cours du treizième et du quatorzième siècle, les moines surent appliquer à d'innombrables constructions la magnificence et la solidité que comporte le
1. Naïtanus, rex Pictorum... arcliitectos sibi mitti petiit, qui jiixta morem Romanorum, Ecclesiarn de lapide in gente ipsius facerent... Révèrent issimus abbas Ceolfridus misit architectos... Reda, Hist. écoles., 1. V, c. 21. Ccolfrid était le successeur de saint Renoît Riscop, au septième siècle (C90).
2. Benedictus, Occano transmisse, Gallias petens, caementarios, qui lapideam sibi ecclesiarn juxta Romanorum, quem semper anuibar, morem facerent, poslulavit, accepit, attulit. Beda, Vit. BB. abbat.f p. 366. Ed. Giles.
3. Amor patiifc et voluptas elegantire asperos fallcbaul hihores
L'ÉGLISK ET LA FKODAMTK. 24;>
j^raïul art par excellence. Non-seulement ils élevèrent àCluny la plus vaste basilique de toute la chré- (icnté^ au moyen âge, mais en outre ils couvrirent tous les pays de l'Europe catholique d'une profusion d'églises, de cloîtres, de salles capitulaires, dont il nous reste à peine les noms et quelques ruines : parmi ces ruines, il en est qui méritent de compler au nombre des monuments les plus précieux. Parmi les monastères remarquables par leur beauté architecturale, et dont on peut, encore aujourd'hui, apprécier les restes, nous citerons Croyland, Fountains, Tintern, Netley, en Angleterre; Walkenried, Heisterbach, Altenberg, Paulinzelle, en Allemagne ; les chartreuses de Miraflores, de Séville, de Grenade % en Espagne; Alcobaça et Batalha , enPortugal ; Souvigny, Yézelay, Saint-Denis, le Monl-Saint-Michel, Fontevrault, Pontigny, Jumiéges,Saint-Bertin, en France : noms à jamais cliers aux véritables architectes, et qu'il suffit de prononcer pour frapper d'une ineffaçable
1. Elle avait 555 pieds de long, neuf pieds seulement de moins que léglise actuelle de Saint-Pierre de Rome (564 pieds), qui était alors l)eaucoup moins grande qu'aujourd'hui. Notre-Dame de Paris n'a que 596 pieds. Trois autres églises abbatiales, Yézelay, Saint-Denis et Pontigny, qui subsistent encore, ont respectivement 575, 555 et 514 pieds de long. J'emprunte ces chiffres à la Chronique de Vézelay, par l'abbé Mahtin.
2. Je i;e sais s'il reste encore quelque chose de ces deux dernières chartreuses, si riches en merveilles de l'art : quand je les ai visitées en 18i5, l'une était en démolition , et l'autre translornu'e en fdïencerie par un vandale belge, qui en inderdisuit l'entrée aux étrangers.
réprobation les barbares auteurs de la ruine et de la profanation de tant de chefs-d'œuvre !
Si l'on veut se faire une idée de la grandeur majestueuse des constructions monastiques, il faut visiter l'Angleterre. L'œuvre de dévastation y a été moins complète et moins irréparable qu'ailleurs, d'abord parce que la propriété monastique y a été peu morcelée après la confiscation, et, en second lieu, parce que les moines y avaient consacré leur art à la construction des cathédrales, où on les avait substitués aux dignitaires des chapitres. Or, ces cathédrales existent encore, et elles ont même éU\ conservées par les schismatiques anglicans avec la plus louable sollicitude. On y retrouve, malgré des additions récentes, la trace visible de l'immense mouvement architectural qui, après la Conquête, cclata dans toute l'Angleterre, grâce aux moines normands appelés par le duc Guillaume et auxquels on doit les magnifiques églises de Cantorbéry, de Lincoln, de Rochester, deDurham et deGlocester '.
Quand nous disons que les innombrables églises monastiques, répandues sur la surface de l'Europe entière, furent construites par les moines, il faut entendre l'assertion dans le sens littéral. Ils furent, en effet, non-seulement les architectes, mais encore les maçons de leurs édifices : après
1. Ce mouvement a été bien compris et parfaitement caractérisé par M. Vitet, dans son excellent article sur l'architecture du moyen âge en Anglclerre. llcviic Frcmçaisc, jwiUcl \SôS, t. VU, p. 225.
F;ÉGLISE et la féodalité. 247
avoir dressé leurs plans, dont la noble et savanlii ordonnance excite encore notre admiration*, ils les exécutaient de leurs propres mains, et, en général, sans le secours d'ouvriers étrangers \ Ils travaillaient en chantant des psaumes % et ne quittaient leurs outils que pour aller à l'autel ou au chœur'. Ils entreprenaient les tâches les plus dures et les plus prolongées, et s'exposaient à toutes les fatigues et il tous les dangers du métier de maçon*. Les supérieurs eux-mêmes ne se bornaient pas à tracer les plans et à surveiller les travaux : ils donnaient personnellement l'exemple du courage et de l'humilité, et ne reculaient devant aucune fatigue. Tandis que de simples moines étaient soi;-
1. ÎH ou s n'en eiterons qu'un exemple entre mille. Il est dit d'Ansteus, moine de Gorze et abbé de Saint-Arnoul de Metz, au dixième siècle : Architectunc non ignobilis ei psritia suberat : ut quidquid semel disposuisset, in omnibus locorum et sedificiorum symmelriis vel commensurationibus non facile cujusquam argui posset judicio. VU. S. Joann. Gorz., c. 66, in Act. SS. 0. B,, saec. V, p. 387.
2. Cela est expressément constaté dans la vie de saint Étbehvold, moine et évèque de Winchester. Act. SS. 0. B., saec. V, p. C18.
5. Par exemple, lors de la construction de Ramsey, au neuvième siècle. Act. SS. 0. B., saîc V, p. 727-700.
4. Ilenricus in cujus manu semper dolabrum versatur, excepto quando stat ad aliaris sacri ministerium. Ermenuici Episl. ap. Mauili.oN, Analecta, p. 421, éd. in-lol.
5. Par exemple, lors de la construction du monastèi e de Pompose, sous l'abbé Guy ^1U40 : Fratribus operantibus aliquando crates lapidum ruderibus graves, non sine diabolico instinctu de superioribus, mûri ruerunt in terram. In quo casu quidam ex operariis quia supereranl cratibus, delapsi ad ima... quidam vero dum corruenles muro liynisqucaliquibiis inbfcrent... Act. SS. 0. B., sœc. VI, pars I, p. 5H
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vent les archilecles en chef des constructions \ les abbés se réduisaient volontiers au rôle d'ouvriers. C'est ainsi qu'au neuvième siècle, à Saint-Gall, un jour qu'une parlie de la communauté avait en vain consacré ses efforts à extraire de la carrière une des énormes colonnes d'un seul jet qui devaient servir à l'église abbatiale, l'abbé Ratger, voyant tous les frères exténués de fatigue, continua seul à travailler, jusqu'à ce que, saint Gall lui venant en aide, il réussit à détacher le bloc dont on avait besoin^
Au dixième siècle, saint Gérard, abbé de Broigne% revenant de Rome, escortait lui-même, à travers les passages si difficiles des Alpes, les blocs de porphyre qu'il faisait transporter, à dos de mulets, d'Italie en Belgique, parce que, dit son biographe, il croyait que son église devait être belle*.
Lors de la construction de l'abbaye du Bec, en 1053, son fondateur et premier abbé, Herluin, tout grand seigneur normand qu'il était, y travaillait comme un simple maçon, portant sur le dos la
1. La belle église de l'abbaye de Montierneuf, à Poitiers, qui subsiste encore en par>ic, eut un de ses nnoines pour constructeur, en 1080. Mss. Fo.NTENEAu, cité par M. de Chergé, dans le Mém. des Antiq. ilelOuest, année 1844,, p. 174, 255.
2. Oninis congregatio per totum diem laboraverat in una columnarum illarum quœ in basilica ipsa superstant... abbas solus... sed frustra sudabat... Sancte Galle, fimle illam... Immensa moles rupis iliius sua sponte inde lissa euiluit. Fiagni. Eiîmi-nrici, uhi supra.