‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 2)Chapitre 89 sur 196 · Pococke et Windham. M. de Saussure les y suivit en · texte numérisé non relu

Pococke et Windham. M. de Saussure les y suivit en

5. Le diplôme de donation a été retrouvé dans un vieux coffre à Chamouny, et publié par l'Anglais Shlrwill, Historkal sketch of C/tcunoiiiiy ;Var[s. 183-2. — Lecomte Ayniony fixe Icsliniites de la vallée •depuis la Dioza, près Servez, justiu'au col deBalnie, et il la donne tout entière aux Bénédictins, sous le nom de Campus iniiintus, élymo\ogio iisscz naturelle du nom moderne de Chamouni cw Chamonùc. Elle a sept lieues et demie de lour.

L'ÉGLISE ET LA FÉODALITÉ. ti85

vait, on 1530 S assez peuplé pour qu'un code y ail été publié afin de régler les rapports des liabitanls entre eux, avec les religieux et les étrangers. Naturellement, les savants du dix-huilième siècle, tout en mangeant le pain fail avec le blé récolté dans Tancien désert défricbé par les moines, ne daignèrent pas prononcer leur nom, et la Révolution agit de même à leur égard lorsqu'elle vint les expulser du lieu qui leur devait sa culture, sa population et jusqu'à son nom. C'est là, du reste, riiistoire de mille colonies semblables répandues sur la surface de l'Europe".

Pour Iriomphcr des obstacles sans nombre (ju'opposaient aux pionniers du christianisme la nature et trop souvent l'ingratitude ou la violence dos hommes, il fallait une ardeur et une persévérance surnaturelles, l^es Bénédictins les puisaient dans l'esprit d'abnégation et de sacrifice qui constituait leur force ici-bas, et dans l'espoir de la récompense céleste que devait leur valoir un jour leur humble soumission au joug du travail volontaire. Aussi, le découragement leur était-il inconnu. En vain voyaient-ils leurs travaux échouer,

1. Le 12 janvier lôôO : les habitants y sont qualifiés de Commiiniens.

2. La contrée (jui .-épare la Delyi<iue delà IlolUnide, et qu'on appelle Ifl Canipine, a été défrichée par les l'réniontrés d'Averbodc et delonycrloo, qui servaient de curés à plus de cent paroisses de ce pays, et qui, jusqu'à la spolalion française en 171)5, instruisaient les paysans autant dans le labourage que dans les préceptes de la vie chrétienne. Vn'.iioEvtîJ, o/;. cit.. p. 79. AitKur MntA:us.

leurs cultures disparaître, leur vie se consumer en efforts souvent inutiles ; ils revenaient à la charge, eux ou leur postérité spirituelle, jusqu'à ce que la victoire se déclarât pour eux. En vain les hordes harbares venaient-elles, de tous côtés, Sarrasins, Normands, Hongrois, Danois, ravager les moissons, incendier les bâtiments et arroser de sang les ruines fumantes des monastères; toujours de nouveaux religieux se présentaient pour reprendre l'œuvre des martyrs, et pour recommencer la lutte là même où elle avait été plus meurtrière.

C'est ainsi qu'après l'horrible dévastation de la Bretagne par les Normands, au dixième siècle, quand cette contrée n'était plus qu'un vaste bûcher, quand lesronces avaient envahi jusqu'au sanctuaire de la cathédrale de Nantes, on vit les moines de Rhuys, ayant à leur tête saintFélix, leur abbé, donner l'exemple du travail et du courage, reconstruire les monastères et les maisons détruites, recommencer à labourer les champs, à planter des vignes et des vergers, et à rendre ainsi à la province la fertilité et la vie *.

On avait vu de même, au septième siècle, malgré

i. In solitudineni et vastum cremium omniiio tota regio, Dei judicio... Erant in ipsis ecclcsiis cubilia ferarum... Videbatur omnibus laboriosum et valdc difficile aggrcdi tam immensum opus : sed ille non dubitavit invadere illud... domos œdificavit, vineas plantavit alque pomaria. Act. S. Gild. ap. Aurélicn de Courson, IJist. des peuples bretons, II, 7*10, 575 Cf. Cfiron. Natinet., aitud D. BougrET, t. Ylll, p. 256.

le sang versé d'un martyr, d'autres moines entre- \,j,„,c ,„,,., y,. prendre le défrichement de la Forêt-Noire, en ,^,,^"11. Souabe. Un jeune prince irlandais, Trudpert, frcrci du religieux qui devait le premier monter sur le siège de Sallsbourg, avait choisi une vallée déserte du Brisgau pour y fixer sa retraite. Il ne lui fallut pas moins de trois années pour défricher cette solitude, pour arracher les broussailles et niveler le terrain *. Aussi laborieux que s'il était né dans quelque rude famille delaboureurs, Trudpert, aprèsavoir travaillé pendant toute la journée, passait presque toute la nuit en prière. Un jour que, succombant de fatigue, sur le midi, il s'était laissé aller au sommeil % l'un des six ouvriers que le seigneur du pays lui avait adjoints, irritéde ce que lesaint le faisait trop travailler, lui fendit la tète d'un coup de hache*. Un monastère s'éleva aussitôt sur le site consacré par la mort de ce martyr du travail, et, à partir de cemomentjusqu'au onzième siècle, la Forèt-Noire devint l'un des principaux foyers de la féconde activité des Bénédictins. Grâce à cette indomptable persévérance, les moin(îs purent porter l'agriculture à un degré de

1. Hanc vallem prorsus incultam propriis manibus cœpit excolere, eistirpare virgulta, fruteta purgare, coseqware solo tumores, aptare planitiem, ac tanquam non principis sed agricolae filius genitus ad labores... VU. S. Iiuj>erti, ap. Canisium, Lect. antiq., pars II, p. 319.

2. Fatigatus ei labore meridiano... super scamnum se quoddam, ut somno reficeretur, aliquantisper ex nimia lassitudine reclinavil. Ibid.

3. Vit. S. liudperti, in Act. SS. Bolland., die 26 april. Cf. M. Ger- BERTi, IlUtoria gilvœ Nigrœ, t. I, p. 40-54.

[Rîrfectioiiiicmeiit qu'elle n'avait encore atteini nulle part, et faire connaître le prix de la terre aux ancêtres de leurs futurs spoliateurs. A la différence de la plupart des heureuses entreprises de ce monde, la prospérité croissante des moines ne faisait tort à personne, car ce n'était qu'aux dépens des forêts, des déserts, des rochers, des marais ou de la mer, (ju'ils parvenaient à s'enrichir. Ils ne cherchaient AisaiH. jamais à tirer de leur propriété tout ce qu'elle pousur vait rapporter*, car ils ménageaient l'avenir et ne

l(;s domaine!^ ^ , • i i i •

des abiKiyos. voulaicnt cpuiscr ni la terre ni les hommes. A peine installés dans leurs nouveaux domaines, et avant même d'en avoir pu retirer le moindre profit, ils concédaient aux pauvres, qui de partout accouraient auprès d'eux, les essaî^ts ou défrichements qu'on leur abandonnait *.

1. C'est un des principaux arguments que les spoliateurs de nos jours ont opposé, dans la diète suisse, aux monastères du canton d'Argovie; et ils s'en sont fait un prétexte pour donner à ces couvents des administrateurs laïques, avant de confisquer tous leurs biens pour se les approprier révolutionnairement. En même temps, avec la logique habituelle auxspoliateurs, ils reprochaient aux mêmes religieux d'être trop riches. Les victimes avaient beau répondre que, si elles étaient trop riches, cela prouvait au moins qu'elles n'administraient pas si mal leurs terres, et que, û\m autre côté, s'il était vrai que leur administration fût mauvaise, il était absurde de les accuser d'être trop riches : la force brutale l'a emporté sur la justice et la raison, et les couvents d'Argovie ont disparu, malgré le pacte fédéral qui garantissait leur existence !

2. Dédit quoque omnes incisiones ipsius sylvœ quse ad praesens tune factaeerant, et quae deinceps faciendae esscnt, causa seminandi, ab omnibus qui opcrari ibi voluissent. Cliarta de fundat. S. Genesii Thiernensis, ap. Brancuk, l'Auvergne au moyen âge.

La nombreuse population rurale qui ne tardait pas à se grouper autour des monastères, participait largement à leur bien-être et trouvait, sous leuidouce et paternelle administration, avec l'abondance des secours spirituels et la sécurité de la vie, l'exemption delà plnpartdeschargesoppressivesqui, de tout tem[)s, avaient pesé sur l'habitant des campagnes. A mesure que les propriétés monastiques augmentaient d'étendue et de valeur, les paysans d'alentour voyaient, de plus en plus, s'accroître leur petite fortuneet ils finirent par être substitués, pour ainsi dire, aux religieux dans une portion de leurs domaines. Cette révolution était singulièrement favorisée par les conditions faciles que les moines avaient à cœur d'accorder aux laboureurs qu'ils employaient. Pour n'en citer qu'un exemple, rappelons que la reine des abbayes de l'Occident, le Mont-Cassin, ne demandait aux métayers qui cultivaient ses immenses domaines, que le septième des grains et le tiers du vin\ N'aspirant jamais à une

1. Cette loi fut introduite par l'abbé Aligerne, du Mont-Cassin, lorsqu'il voulut, vers UGO, repeupler les terres de son monastère, dévasté et incendié par les Sarrasins : Prudens abbas, a vicinis terris, quai vastatœ non fuerint, agricolis mox evocatis in possessiones illos monastcrii quotquot cultoribus indigobant, cum universis eorum familiis habitaluros iiiduxil .placito tam ciin cis quos ibi invenerat, quani eisi quos ipseconduxerat. libellari slatuto,utde tribus lolius ejusdem terrœ redditibuSjhocest Iritici et hordei ac milii, partem septenain : de vino autem lertiam annualiler monasterio darent : cetera in suis suorumque usibus possiderent : quod usque bodie stabiliter ac per.iinilerobservatur. Léo Ostikis., C/iron. Cassin., 1. II, c. 3.

jouissance immédiate, n'ayant point de famille à enrichir, ils pouvaient facilement offrir à leurs lenanciers, aux cultivateurs associés à leurs vastes exploitations agricoles, des bénéfices qui les encourageaient au travail, en laissant à leurs âmes de salutaires loisirs. Aussi, le grand nombre reconnaissait-il la vérité du dicton que la reconnaissance avait rendu populaire dans toute l'Allemagne : // fait bon vivre sous la crosse \

Le système d'exploitation rurale des moines était donc aussi habile que bienfaisant. Avec quel art et quel soin ne consultaient-ils pas les exigences du sol et du climat, pour perfectionner les cultures anciennes et en introduire de nouvelles ! Un historien éminent de nos jours, dans son Tableau de l'état de P Eglise sous Innocent IIP, a consacré son incomparable érudition et sa rare perspicacité à relever et à résumer les services que les monastères ont rendus aux peuples chrétiens dans cet ordre de travaux, Nous ne pourrions que le copier;

1. « Unter dem Krummstab ist es gitt wohnen ; '•y et les population? soumises, depuis la sécularisation des souverainetés ecclésiastiques en 1802, au régime des États modernes, doivent le répéter souvent. Ce proverbe s'appliquait autant aux évéchés qu'aux abbayes : mais nous avons montré que la plupart des diocèses allemands avaient été fondés par des moines, ou provenaient, comme Fulda, Warden, etc. de la transformation de quelque grand monastère en évêché.

2. HuRTER, Histoire d'Innocent III, tome III, liv. 21, c. 7. Les deux derniers volumes de cet ou\rage ont été traduits à part par W. de Saint-Chéron, sous le titre très-juste que nous donnons dans notre

texte.

L'ÉGLISP: et la féodalité. 289

nous aimons mieux: renvoyer nos lecteurs à son livre.

Une tache quelque peu longue, mais aussi facile qu'intéressante, serait de compléter cette énumération, en interrogeant les divers ouvrages qui traitent des origines agricoles de chaiiue pays. On y verrait partout les moines initiant les populations aux méthodes et aux industries les plus profitables; acclimatant, sous un ciel rigoureux, les fruits utiles , les graines les plus productives ; important sans cesse, dans les contrées colonisées par eux, soit des animaux de meilleure race, soit des plantes nouvelles et ignorées jusqu'à eux ; introduisant ici l'élève des bestiaux et des chevaux, là celle des abeilles, ailleurs la fabrication de la bière })arle houblon ; en Suède, le commerce des grains ; en Bourgogne, la fécondation artificielle du poisson^; en Irlande, les pêcheries de saumon ' ; dans le Parmesan, les fromageries" ; enfin favorisant la culture de la vigne \ et plantant

nouvelles

industries

introduites

par les

moines.

1. Un moine de Moûtier-Saint-Jean, Dom Pinchon, imagina de frconder artificiellement les œufs de truites par un procédé décrit dans un maïuiscrit daté de 1 420 et publié par M. le baron de Montgaudry, la Pisciculture, p. 1012.

2. Les moines de Cork. Digby, Mores catholici,t. X, p. 488. r». P. AvGELo FuMAGALLi, AnticliUà fjOngobardlche-Mllanesi,

4. Le célèbre vignoble du Clos-Vougeot doit son existence aux moines de Cîteaux ; celui de Johannisbcrg, aux moines de Fulda; coux de la Bergstrasse ont été créés par l'abbaye de Lorsch ; ceux très-eslimés encore de Weilheim et Bissingen, par Saint-Pierre de la Forèt-Noire. — Il y a mille exemple*? pareils.

MOINKS n'oc. . VI. 19

irnédicfiiis.

290 L'ÉGLISK ET L.V FÉODALITÉ.

les vignobles les plus estimés dans la Bourgogne*, sur le Rhin, en Auvergne, en Angleterre, et dans une foule d'autres pays d'où la vigne a disparu depuis \

Dans leur double sollicitude pour le progrès du travail et le bien-être du peuple placé sous leur tutelle, les moines établissaient, d'un côté, des déboucliés indispensables au commerce et à l'industrie qui s'essayaient, en quelque sorte, en ce temps-là; et, de l'autre, ils effectuaient de Fabriques vastos travaux d'utilité publique, que nulle autre parTes puissauce que la leur n'était en position d'entreprendre. Les foires et les marchés les plus fréquentés ont eu le plus souvent pour origine les pèlerinages qui réunissaient les fidèles de diverses contrées à la porte des monastères'. L'industrie

1. Les Bénédictins de la Voûte firent venir des vignes de Beaune pour en planter les bords de l'Allier ; ceux de Pébrac couvrirent d'arbres à fruits, importés du Yivarais, les vallées voisines de leur monastère. La basse Auvergne doit aux religieux de Mozat la multiplication du noyer, arbre si précieux pour elle. La Chaise-Dieu tut un grand centre d'échanges et de reproductions agricoles, à cause des nombreuses possessions de l'abbaye, répandues dans diverses provinces et dont les produits venaient nécessairement y aboutir. Branche, V Auvergne au moijen âge, p. 4G3-464.

2. Les moines de Croyland l'avaient introduite jusque dans les marais de l'île d'Ely. Matth. Paris. — Voir, pour de curieux détails sur les nombreux monastères qui cultivaient la vigne dans le nord de la France, le savant mémoire du docteur Kuster, sur les Changements opérés dans le clhnat de In France, inséré dans le Correspondant , t. X, p. 439 et suiv., 1845, et depuis imprimé à part.

3. On peut en voir une énumération curieuse dans Branche, op. cit., p. 503.

dos toiles et des draps a ét(' partout perfcctionnce par les moines*. A Saint-Klorent lez Saumur, an dixième siècle, ils créaient une manufacture de tapisseries très-florissante. Dans la Normandie, ce sont eux (pii introduisirent les procédés à l'aide desquels les peaux étaient préparées pour la tannerie, et Ton sait que cette industrie fait encore la richesse de Saint-Pierre sur Dives". En Lombardie, la fabrique des draps et celle d-js soieries, dont Tune nourrissait, au douzième siècle, soixante mille âmes, et l'autre quarante mille, avaient été toutes deux créées par l'ordre bénédictin des Humiliés, dont saint Bernard s'était fait le propagateur". En Poméranie eten Prusse, les Cisterciens furent les premiers à introduire le tissage des draps. Ce sont quelques monastères de filles qui ont doté la Belgique de ces fameuses fabriques de dentelles qui, sous les noms de Malines, Valenciennes, Bruxelles, etc., ont tant contribrté à enrichir ce pays *.

Mais les services que les moines rendaient à la société, par les grands travaux qui se liaient à leurs exploitations agricoles, étaient bien autrement étendus et universels. Après avoir défriché les forêts partout où elles mettaient obstacle aux progrès de la culture et de la population, les Bénédictins veil-

l.GôRUES, Ilistor. polit. BlàLler, t. XVII, p. 482. '2. L. DE Glanvillk, préface à la nouvelle édition de V Histoire des miracles par l'abbé Ilaymon.

ô. Cf.svhk Caxtu, Milano e il suo terrilorio, 1844, t. I, p. 2'», 4. \'ei\u<e\es, Mcinoire sur la conslilulion belge, p. 114.

Travaux publics

accomplis par

lèront plus que personne à la conservation de ces mêmes forêts dont la disparition graduelle entraîne des conséquences si fâcheuses pour le climat et la fertilité du sol. Us plantaient des arbres là où le besoin s'en faisait sentir. Dans le régime des eaux, même prévoyance, même sollicitude laborieuse. De tous côtés on admirait leurs efforts pour creuser des viviers , former des étangs, distribuer les eaux vives \ endiguer les rivages de la mer, rectifier le cours des rivières , empêcher les inondations, contenir les alluvions, entretenir des bacs sur les courants les plus rapides, et construire des ponts dont la solidité , la hardiesse et l'élévation étonnent encore aujourd'hui les regards \

Quelques écrivains d'outre-Manche font honneur aux moines de l'invention du drainage. Un propriétaire avait acheté un potager dépendant autrefois d'un domaine monastique. Frappé de l'extrême fertilité de ce jardin, l'Anglais l'agrandit notablement , Mais, comme la portion de terre nouvellement

1. « Les moines des abbayes de Saint-Laurent et de Saint-ilarlin furent les premiers à recueillir et à faire arriver dans Paris les eaux des sources qui se perdoicnt, soit aux Prés Sainl-Gervais, soit à Belleville. » Horace Say, Éludes sm' l'administration de Paris.

2. C'est un moine d'Einsiedeln qui a construit le premier pont si hardi connu sous le nom de Pont-du-Dia])le. Chronique d'Ensied., c. 27. Voir l'cnumération des ponts construits par les moines sur les rivières de l'Auvergne, dans niiAxciiE, VAuvercjne au moyen âge, p. 470. On sait qu'un ordre spécial, dit des Frères Pontifes, fut institué par un berger, saint Benezet, constructeur du célèbre pont d'Avignon, en 1177. Act. SS. Bolla^d., die 14 april., p. '2G0.

acquise 110 donnait puiiil de prudiiils cuiiiparables à ceux de rancieniie, le sol fut fouillé, et l'on y découvrit tout un système de canaux et de tuyaux appliqués au drainage. Le fait est-il exact? 11 est du moins aflirmé par les hommes les plus dignes de foi. Quoi ({ii'il en soit, les moines ne cessèrent (le travailler avec une invincible persévérance à Tassainissement et à la fertilité de la terre, en desséchant les marais, en créant de vastes pâturages par des irrigations. C'est aux Cisterciens amenés par saint Bernard aux environs de Milan, que la Lombardie doit le système d'irrigal ion qui en a fait le pays le plus fertile de l'Europe ^ ils ne se contentaient pas de couper les marais par «les canaux d'assainissement et par d'indestructibles chaussées, qui leur attiraient les bénédictions du peuple chrétien'; ils allaient eux-mêmes y fixer

1 . Voir le traité spécial du P. Fumagalli, suir Irrigazione de' prati j/ronwssa cd cstcsa dci monaci di Chiarivalle, au t. II de Antichità LoïKjob.-MiUui., p. 155. — I monaci Cistercieiisi aveano fra noi dilalalo i prati perenne regolandone le acque iii modo si ai'tificioso, clie oyni anno si facea triplice ricolto di fieno, oltre restarvi la paslura pcr le beslie. Cantu, Milano e il siio iertitorio, p. 25. Cf. LavEZAUi, Elcmcnii d Afjricullurn, Milano, I78i; Gulgoiue, £-..sa4 ««■/'«- (jricullure en Europe; l'abbé Siloih, Discours sur Vallianccde la religion et de l'agricullare, Aix, I84i.

2. L'abLc Egelric, devenu évoque de Durham au temps d'Edouard le Conlésseur, lit traverser le grand marais de Depyng par une roule solide, construite avec des poutres et du sable; ouvrage immense, qu'on nomma, d'après lui, Elriclierodc, et qui fit bénir son nom par tous les Saxons du centre de l'Angleterre. ht;LLi>ii. Cuoyla.m), p. Gi, éd. Gale.

leur demeure, afin d'être moins distraits de leurs travaux. Bientôt, <^race a leur industrie et à la injyiiiioiis bienfaisante influence du bon exemple, les maré- .u>sp<'ciuMiieiiis. cages inaccessibles et pestiférés devenaient des centres de vie et de population. En France, Claimarais, près Saint-Omer, porte dans son nom même la preuve d'une telle origine; en Angleterre, d'illustres abbayes furent fondées dans des emplacements semblables : ainsi Glastonbury, Groyland, Ramscy\ Tliorney, Ely- surtout, devenu ville épiscopale. Plus d'une fois, dans les pages qui vont suivre, nous aurons occasion de revenir sur ces grandes exploi tations monastiques : nous ne résistons pas au désir de placer, dès ici, sous les yeux des lecteurs, le tableau qu'un vieil historien a tracé de l'un de ces séjours marécageux du centre de l'Angleterre, de l'abbaye de Thorney % fondée par saint Éthelwold et dont Guillaume de Malmesbury parle ainsi : « C'est une image du paradis, où sem-

i. Ilabeo [c'est loducAilwin, fondateur, qui parle)... fundumqueiiidam... palustri uligine circumseptum... Ab liominuni l'requenlia alienus etsolifariaî coui-cius est traiiquillilatii;... Vidons vir sanctus locum mariscorum paludilius undiquc cinctuni... etc. Vif. S. Oswald., in AcT. SS. 0. B., stcc. V, p. 739. Cf. Eadmeu, in Aiigl. Sacra ^ t. II, p. 199.

2. Est qusedam regio faniosa... pakidibus et aquis in modum insulsc circuindata, unde et a copia anguillaruni quai in eisdem paludibus capiuntur, Elige nomen acccpit {Ecl veut dire anguille, en anglais). Act. SS. 0. 13., ^xc. V, c. 25, p. 615.

5. ThoDwie propter condensilaleni dunioruni vocala. At vero Elliowoldus vêpres extirpari, spinas sarciri jussil... Glilleim Malmesb., (/e Gest. j^oîïtif., p. 109, éd. Savilc.

« bleiit déjà se refléter la douceur et la pureté des « cieux. Au sein des marais s'élèvent en foule des « arbres, qui paraissent vouloir lancer jusqu'aux « étoiles leurs tiges droites et unies: l'œil enchanté « se promène sur un océan de verdoyants herbages; « le pied qui parcourt ces spacieuses prairies ne ren- « contre d'obstacle nulle part. Pas la moindre parce celle de terre inculte. Ici, le sol se cache sous des « arbres fruitiers; là, il se couvre de vignes qui « tantôt rampent sur le sol, tantôt se dressent sur « des paisseaux. La nature et l'art luttent à qui « l'emportera, et l'un su])plée à tout ce que l'autre a « oublié de produire. Que dire de la beauté dis « édifices? Qui ne s'étonnerait de voir de vastes « constructions s'élever au milieu des marais sur « d'inébranlables fondation^? 0 douce et profonde « solitude, vous avez été donnée aux moines par « Dieu, afin que leur vie mortelle les rapprochât « chaque jour davantage du ciel * ! »

Si donc, comme on le leur a reproché avec tant Fondations

. . . . , , au inilion

d injustice et d'ingratitude, les moines avaient «ics

partout les terres les plus fécondes, les prairies les plus riches, les vergers les plus productifs, c'était

1. ...Para(Ji>i biimihicniiii, quod aniœnitate jain cœlos ipsos imaginetur, in ipsis paludihus arhorum ferax, quœ cnodi proccrifate luctautur ad sidéra, soquorea planities lierbarum viridantibus comis oculo$ advocat, currentibus per campum iiuUus offensioni datur locus... Solitude inpens ad quictcm data monacbis, ut co tenacius haîrrant superis. f|uocastigatius mortalcs œnspicantur. Gun.i.. Mauusb., ubi supra.

iiijr(M'a;;es.

le fruil de leur travail, c'était surtout la conséquence et des services qu'ils avaient rendus à tous les peuples chrétiens, et des bienfaits dont ils avaient comblé, pendant dix siècles, les classes indigentes et ouvrières. L'utilité générale était toujours le but de leurs entreprises, et cliacune de leurs spéculations était un bienfait public. De là leur richesse, la plus légitime par son origine, la plus honorable par son emploi, qui fut jamais ; de là cette bénédiction visible de Dieu sur des possessions où se réalisaient si manifestement les paroles du roi-prophète : « Tu as visité notre terre, et tu l'as « enivrée. Le fleuve de Dieu y coule à pleins bords : « tu leur as préparé une nourriture comme toi seul ((. pouvais la leur donner. Tu as inondé leurs riva- « ges de ta fécondité; tu as multiplié leurs semence ces. Les moissons germeront avec joie sous ta « rosée. Tout le cours de l'année sera couronné de « ta bénédiction. Tes champs seront remplis de ri- « chesses. Les déserts deviendront de gras pâturage ges. Les montagnes seront revêtues d'abondance. « Les troupeaux se couvriront de toisons, et les « vallées regorgeront de froment. Et, alors, leur « voix criera vers toi, et chantera l'hymne de tes « louanges \ »

1. Visitastitcrram, et incbriasli eam: muLiplicasti locupletare eam. Flumen Dei repletum est aquis : parasti cibum illorum, quoniam ita est prseparatio ejus. Rivos ejus incbria, multiplica genimina ejus : in slillicidiis ejus lœlabitiir germinans. Benedices coronœ annibenignitatis tuœ : et campi tui rcplebuntur ubertale. riiiguesceut speciosa

deserti, et exultatione colles accingentur. Induti sunt arietes ovium, et valles abundaLunt Irumeiilo ; claniabunl, etenim liymnum dicent.

Ps. LXIV.

1. Voir entre autres, pour l'Allemagne, l'ouvrage de Fabricius, intitulé UcOer den Wcrlh dcr gcistiiclicn Slaalcn and H (jicrungcn in D^iiUschlcmd, ïvanciovt, 1797; et, pour la péninsule bispanique, les remarquables aveux de lord Caernarvon, dans son Voyage en Portugal et en Galice, Londres, 1859, p. 219, 220, 395, etc. Ces deux auteurs sont protestants. Voyez aussi les voyages de Beckiord et dcMurl)liy en Portugal. J'ajouterai que mes propres observations sur ces deux malheureux pays, quoique trop rapides, m'ont inspiré absolument la même conviction que celle de tous ces voyageurs, sur l'excellente (lualité de la culture, et fcur le bonheur des habitants dans les terres appartenant aux monastères que le vandalisme moderne vient de supprimer. Les exploitations actuelles des trappistes en l'rancc, objet de tant d'obstacles et de jalousie, lournissent la même démonstration.

Ilariliosso

Grâce à la constante et austère économie des moines, leurs exploitations offraient le modèle des travaux les plus hardis et les plus prospères; on y admirait l'union parfaite de la grandeur et de la ,m,.i.'nco prudence. Jusqu'au dernier jour de l'existence des monastères, et d'un bout de l'Europe à l'autre, on a constaté la supériorité de leur administration et des produits de leurs domaines sur ceux de la propriété laïque : juste et éclatante récompense de leur admirable activité, il faut bien l'avouer ; noble hommage que n'onl pu leur refuser ceux-là même qui ont contribué à leur ruine et qui se sont enrichis de leurs dépouilles ^ !

Il est un autre hommage, une autre justice que leur doivent les catholiques : c'est de reconnaître qu'ils ont donné au monde chrétien la plus grande

et la plus salutaire leçon, en ennoblissant le travail manuel, exclusivement réservé aux esclaves dans le

Le

travail in.iiuiel

est omiohli

i.i piinv.fttc inonde romain dégénéré. Cette leçon , les moines

SOlllilg.ie. 'ti^llUt^ lUiUUIH Ml^^l

l'ont donnée, d'abord, en consacrant à l'agriculture l'énergie et l'intelligente activité d'hommes libres, revêtus le plus souvent de la double autorité du sacerdoce et de la noblesse héréditaire ; puis, en associant, sous le froc bénédictin, les fils de rois, les princes et les seigneurs aux plus rudes labeurs des paysans et des serfs.

Rappelons-nous que l'honneur rendu à la pauvreté a toujours été l'une des règles de l'institut bénédictin, et l'amour des pauvres l'une de ses principales sollicitudes. Pour les enfants de saini Benoît, l'aumône était le premier devoir de la richesse ; une armée de pauvres soulagés par leurs mains formait le plus bel ornement de leurs domaines. « Peu nous importe, » disait un abbé du onzième siècle \ « que nos églises se « dressent vers le ciel, que les chapiteaux de leurs « colonnes soient ciselés et dorés, que nos parche- « mins soient teints de pourpre, que l'or soit fondu « dans les caractères de nos manuscrits, et que leurs « reliures soient revêtues de pierres précieuses, si « nous n'avons que peu ou point de souci des « membres du Christ, et si le Christ lui-même est « là qui meurt nu devant nos portes'. »

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